Le CEA et Orano ont annoncé le 24 septembre 2026 avoir validé la fabrication d’aimants permanents de grade N45UH sur leur ligne pilote de Grenoble, un an après son inauguration le 19 septembre 2025.
Ces aimants néodyme-fer-bore figurent parmi les plus puissants disponibles sur le marché mondial, et selon le communiqué, « seuls quelques acteurs » maîtrisent aujourd’hui l’ensemble des savoir-faire nécessaires à leur production. L’enjeu est industriel autant que politique : la Chine assure 94 % de la production mondiale d’aimants de terres rares, selon l’Agence internationale de l’énergie dans son relevé de 2024. Ces composants se trouvent dans les moteurs électriques, les éoliennes, la robotique et les équipements de défense.
Ce que la ligne pilote de Grenoble a réellement validé
La plateforme, exploitée conjointement par Orano et le CEA sur le site grenoblois de l’Isère, a produit de façon fiable des aimants de grade N45UH. Le CEA parle d’un niveau de maturité atteint par le procédé, et non d’une production en série : il s’agit d’une ligne pilote, dimensionnée pour démontrer et qualifier un procédé.
Le résultat porte donc moins sur des volumes que sur la maîtrise d’une chaîne complète. Guillaume Dureau, directeur des activités Projets et Ingénierie Innovation, R&D et Nouvelles Activités d’Orano, décrit « une technologie intégrée couvrant l’ensemble des étapes de production des aimants permanents NdFeB », et positionne désormais le groupe comme fournisseur de technologies et de savoir-faire.
N45UH, ce que ce grade veut dire
Les aimants néodyme-fer-bore offrent les niveaux d’énergie magnétique les plus élevés disponibles à l’échelle industrielle. Ils se distinguent des aimants ferrites, les plus répandus, et des aimants samarium-cobalt, réputés pour leur tenue aux hautes températures.
Le grade N45UH appartient à la catégorie haute performance. Le CEA donne les chiffres : une rémanence de 1,34 tesla et une coercivité de 1 915 kA/m à 20 degrés Celsius. Traduit simplement, l’aimant combine une forte puissance et une bonne résistance à la désaimantation quand la température monte, ce qu’exigent un moteur de voiture électrique ou un actionneur embarqué.
Pourquoi cette dépendance pèse sur l’industrie française
Un aimant de ce type n’est pas un composant anodin. Le CEA cite la mobilité électrique, les énergies bas carbone, l’industrie de haute technologie, la robotique et la défense, pour des pièces comme les moteurs, les générateurs, les actionneurs et les capteurs magnétiques.
Avec 94 % de la production mondiale concentrée en Chine selon l’Agence internationale de l’énergie, chaque tension commerciale se transmet directement aux chaînes d’approvisionnement européennes. C’est précisément ce que vise le Plan national de résilience « Terres rares et aimants permanents », cité par le CEA, et que cette validation doit contribuer à accélérer.
Valeo, Paprec, Orano : la filière française se constitue
Le projet s’appuie sur deux consortiums. Magnolia, créé en 2022, est français et réunit cinq acteurs : Orano comme coordonnateur, le CEA Liten, Valeo, Paprec et Daimantel. Son objectif est d’amorcer une filière de recyclage et de fabrication à partir d’aimants frittés usagés.
Magellan, créé en 2024, élargit l’approche à l’échelle européenne avec quatorze acteurs de huit pays, toujours coordonnés par Orano. La présence de Valeo n’est pas un détail : l’équipementier français fournit des moteurs électriques, et c’est en bout de chaîne que la question de l’aimant se pose concrètement.
Du pilote à l’usine, ce qui manque encore
Le communiqué ne mentionne ni capacité de production annuelle, ni calendrier d’industrialisation, ni site d’usine. Orano et le CEA indiquent poursuivre leurs travaux pour optimiser le procédé et accélérer l’intégration de matières premières secondaires issues du recyclage.
Philippe Stohr, directeur des énergies du CEA, parle d’une ambition « sur le point de se concrétiser » et d’un « atout stratégique majeur pour la France et pour l’Europe ». La formule dit l’état d’avancement : la démonstration est faite, la montée en puissance reste à financer et à construire. Le projet a été lauréat du plan France Relance et du programme européen Horizon Europe.
Le recyclage comme deuxième étage
La suite annoncée tient en une idée : fabriquer ces aimants à partir de matières recyclées plutôt que de minerai importé. Les deux consortiums travaillent sur des technologies de fabrication à partir de métaux critiques recyclés, et le CEA évoque une intégration « à terme » de matières premières issues de l’économie circulaire.
C’est sans doute là que se jouera la souveraineté réelle. Maîtriser le procédé de fabrication sans sécuriser l’accès à la matière première déplacerait la dépendance d’un cran, du produit fini vers le minerai. Les prochains jalons du Plan national de résilience diront si la filière suit ce chemin.
Sources :
- CEA, Le CEA et Orano valident la fabrication d’aimants de haute performance sur leur pilote, communiqué du 24 septembre 2026
- Agence internationale de l’énergie, Rare Earth Elements, résumé



