Le chantier de l’usine de dessalement d’Ironi Bé est officiellement lancé à Mayotte. Budget : près de 95 millions d’euros, pour 10 000 m³ d’eau produits chaque jour d’ici 2027.
Les coupures d’eau font partie du quotidien mahorais depuis des années. Le 101e département français souffre d’une pénurie structurelle que les retenues collinaires et le réseau existant ne suffisent plus à compenser. La réponse choisie par les pouvoirs publics : le dessalement industriel, à grande échelle, sur le site d’Ironi Bé, dans la commune de Dembéni.
Le chantier a démarré après l’arrêté préfectoral du 3 juillet 2025, qui a officiellement autorisé la construction. Une étape administrative longtemps attendue, dans un territoire où la complexité bureaucratique ralentit régulièrement les projets d’infrastructure.
Un financement à 95 millions d’euros, État et collectivités
Le coût total de l’opération s’établit à 94 591 338 euros. L’État prend en charge un peu plus de 21 millions d’euros, soit environ 22 % du budget global. Le reste est financé par d’autres acteurs publics, sans que les sources disponibles détaillent la répartition exacte entre collectivités territoriales et opérateurs. [2]
| Poste | Montant |
|---|---|
| Coût total du projet | 94 591 338 € |
| Part de l’État | Environ 21 millions € |
| Capacité de production visée | 10 000 m³/jour |
| Livraison prévue | 2026-2027 |
Source : Le Journal de Mayotte
À titre de comparaison, le titre de l’article source évoquait 54,3 millions d’euros : les données de financement publiées par Le Journal de Mayotte portent le montant global à près de 95 millions, ce qui en fait l’un des investissements en infrastructure hydraulique les plus importants jamais engagés dans l’archipel.
10 000 m³ par jour pour desserrer l’étau hydrique
La production cible de 10 000 mètres cubes d’eau potable par jour représente un apport massif pour un territoire dont la population est évaluée à plusieurs centaines de milliers d’habitants, avec une forte concentration dans la zone nord de Grande-Terre. L’usine d’Ironi Bé sera la deuxième unité de dessalement de l’île : une première installation existe déjà , mais sa capacité reste insuffisante face à la demande. [1]
Le procédé retenu est celui de l’osmose inverse, technologie dominante dans les projets de dessalement en eau de mer. L’eau est pompée depuis le lagon, filtrée sous haute pression à travers des membranes semi-perméables, puis reminéralisée avant distribution. Le résultat : une eau conforme aux normes sanitaires, indépendante des aléas pluviométriques.
C’est précisément cette indépendance qui motive le choix politique. Mayotte subit des épisodes de sécheresse de plus en plus fréquents. Les retenues collinaires, qui alimentent l’essentiel du réseau, se retrouvent régulièrement à des niveaux critiques. Le dessalement rompt ce lien avec la pluviométrie, au prix d’une consommation énergétique élevée.
Ironi Bé : souveraineté hydrique ou pari risqué ?
Des associations en justice contre le projet
Le chantier ne fait pas l’unanimité. Plusieurs associations environnementales mahoraises ont saisi le tribunal pour contester l’arrêté préfectoral d’autorisation. Elles qualifient le projet d’« écocide », pointant l’impact potentiel sur le lagon et les écosystèmes marins environnants. [5]
Les inquiétudes portent principalement sur le rejet des saumures, les eaux hypersalées produites en grande quantité lors du processus de dessalement. Ces rejets, s’ils ne sont pas traités et dispersés dans des conditions strictement contrôlées, peuvent dégrader la biodiversité locale. Le lagon de Mayotte, classé parmi les plus riches de l’océan Indien, constitue à ce titre un enjeu de protection particulièrement sensible. [4]
La Préfecture a accordé l’autorisation malgré ces oppositions, estimant que l’urgence hydrique prime. Le recours juridique des associations n’a pas suspendu les travaux, qui se poursuivent.
Un modèle à dupliquer ou une réponse d’urgence ?
La question qui se pose désormais dépasse Ironi Bé. Si l’usine atteint ses objectifs de production en 2027, Mayotte disposera d’une capacité de dessalement portée à un niveau inédit pour le département. Mais la pression démographique et la vétusté du réseau de distribution restent des facteurs de risque structurels : produire l’eau ne suffit pas si les canalisations perdent une part significative du volume avant qu’il n’atteigne le robinet.
La complexité technique du chantier, soulignée par Le Journal de Mayotte, constitue l’autre variable. Les délais de mise en service pourraient glisser au-delà de 2027 si les contraintes logistiques propres à un territoire insulaire éloigné pèsent sur le calendrier. L’acheminement des équipements, la disponibilité de la main-d’Å“uvre spécialisée et les aléas climatiques sont autant de facteurs que les opérateurs devront gérer en temps réel.
À 94,6 millions d’euros, Ironi Bé représente un pari sur la souveraineté hydrique de Mayotte. Sa réussite conditionne, au moins en partie, la capacité du département à absorber une croissance démographique que les infrastructures actuelles ne peuvent plus accompagner seules.
Dessalement à Mayotte : les chiffres clés d'Ironi Bé
- Le chantier d'Ironi Bé a été autorisé par arrêté préfectoral le 3 juillet 2025.
- L'usine doit produire 10 000 m³ d'eau potable par jour d'ici 2026-2027.
- Le coût total atteint 94 591 338 euros, dont environ 21 millions apportés par l'État.
- Des associations environnementales ont saisi la justice, dénonçant un 'projet écocide'.
- C'est la deuxième unité de dessalement construite à Mayotte, la première restant insuffisante.
Sources
4 sources · 4 faits sourcés
