Après deux mois et demi d’ateliers régionaux, la Bourgogne-Franche-Comté dévoile son plan pour gagner en autonomie alimentaire : plus de viande, plus de légumes et une nouvelle mission dédiée.
Le 3 juillet, à l’Institut Agro Dijon, la synthèse des conférences régionales sur la souveraineté alimentaire a été présentée devant une centaine d’acteurs. Violaine Démaret, préfète de la région Bourgogne-Franche-Comté et de la Côte-d’Or, Jérôme Durain, président du conseil régional, et Vincent Lavier, président de la chambre régionale d’agriculture, ont détaillé les objectifs à dix ans.
Le calendrier a démarré en décembre 2025, quand Annie Genevard, ministre de l’Agriculture, lançait une concertation nationale pour renforcer la capacité de production française. La déclinaison régionale a été actée le 16 avril dernier : plusieurs ateliers thématiques par filière (fruits et légumes, grandes cultures, ruminants, volailles, porcins) se sont tenus jusqu’en mai dans les départements. Résultat : une liste de chantiers concrets, du poulailler à la casserie d’Å“ufs.
Deux cents poulaillers neufs d’ici 2030
Premier axe : rattraper le déficit en viande blanche. La consommation de volaille a doublé en vingt ans, mais le taux d’importation avoisine 50 %. La région envisage donc la construction de 73 poulaillers pour les pondeuses et de 173 pour les volailles de chair, d’ici 2030 ou 2035. Vincent Lavier le résume : « Nous sommes très peu producteurs de viandes blanches, nous sommes très déficitaires par rapport à la consommation, qui a augmenté. Il ne faut pas continuer à importer de plus en plus de poulet […] alors que nous avons tout ce qu’il faut pour le faire dans de bonnes conditions chez nous. »
Autre volet : augmenter la production de viande bovine de 5 % d’ici 2035. L’objectif[1] vise à valoriser l’élevage de ruminants, filière historique du territoire.
Une casserie d’Å“ufs et de la farine en petits volumes
Les partenaires identifient aussi des maillons manquants dans les outils de transformation. Vincent Lavier cite « une casserie d’Å“ufs, pour valoriser tous les Å“ufs qui ne sont pas commercialisables en tant que tel », ainsi que la nécessité de « réensacher de la farine en petits volumes, car c’est quelque chose qui ne se fait plus en France ». Il évoque encore la valorisation de la filière porcine, il donne l’exemple des pieds de cochons, sous-produit peu exploité.
Pour les fruits et légumes, le chantier est plus lourd. « Là où nous avons ces challenges peut-être plus importants, c’est sur la production de fruits [il cite les pommes et les abricots] et de légumes », reconnaît le président de la chambre régionale.
Pourquoi la région peine à produire local
Ressource en eau, main-d’Å“uvre, financement : les freins
Tous ces projets se heurtent à plusieurs contraintes. Les partenaires mentionnent la ressource en eau, l’adaptation au changement climatique, la rentabilité et le manque de main-d’Å“uvre. « L’organisation demande du maillage, du réglage fin », souligne Jérôme Durain, qui ajoute : « et du financement. » La Région a, dans son budget 2026-2028, prévu une enveloppe de 150 millions d’euros pour l’agriculture[3], un levier jugé indispensable pour faire décoller les projets.
Violaine Démaret annonce la création d’une « mission régionale de souveraineté alimentaire », chargée de piloter cette feuille de route dans la durée.
L’enjeu du consommateur
La clé du succès, rappellent les trois intervenants, réside dans la demande locale. « Une des clés du succès sera le consommateur », martèle la préfète. « Avec l’Éducation nationale, comment travailler sur les consommateurs de demain, pour qu’ils soient conscients » de toute la chaîne, du champ à l’assiette.
Vincent Lavier complète : « Il faut aussi que le consommateur puisse retrouver une forme de pouvoir d’achat supplémentaire pour avoir accès à des produits qui coûteraient un petit peu plus cher. » L’équation est simple : sans achat local soutenu, les investissements dans les poulaillers ou les casseries resteront à perte. « Il y a un enjeu fort autour de cela. »
| Filière | Objectif à 2030-2035 |
|---|---|
| Viande bovine | +5 % de production |
| Poulaillers pondeuses | 73 nouveaux sites |
| Poulaillers volailles de chair | 173 nouveaux sites |
Source : Bien Public
Les groupes de travail sectoriels se poursuivent en mai. Une contribution régionale par filière doit alimenter la conférence de clôture nationale, prévue courant 2026[2]. L’après-midi du 16 avril avait déjà réuni près de 200 participants de l’ensemble de la filière agricole et alimentaire, des collectivités et du monde économique.
Souveraineté alimentaire en Bourgogne-Franche-Comté : les chiffres
- Conférences lancées en avril 2026, synthèse présentée le 3 juillet à l'Institut Agro Dijon
- Objectif : 73 poulaillers pondeuses + 173 volailles de chair d'ici 2030-2035
- Création d'une mission régionale de souveraineté alimentaire annoncée par la préfète
- Budget régional 2026-2028 : 150 millions d'euros pour l'agriculture
- Projet de casserie d'œufs pour valoriser les œufs non commercialisables
- Freins identifiés : ressource en eau, changement climatique, manque de main-d'œuvre, financement
Sources
3 sources · 3 faits sourcés
