La start-up toulousaine Positive Aviation développe un ATR 72 amphibie écopeur capable d’embarquer 8 000 litres d’eau et vise une certification fin 2028.
Positive Aviation transforme un avion de transport régional en bombardier d’eau amphibie. Le FF72, version modifiée de l’ATR 72, peut remplir ses réservoirs en survolant un lac, sans retour au sol. La société toulousaine annonce pouvoir écoper 8 000 litres en quelques secondes. Le carnet de commandes atteint déjà 700 millions d’euros avec l’opérateur américain Bridger Aerospace, qui a signé dix commandes fermes et dix options.
Laurent Schmitt, ancien d’Airbus et président de Positive Aviation, pilote le projet depuis Blagnac. L’objectif : proposer une alternative aux Canadair et aux Dash 8, dont beaucoup arrivent en fin de vie. La sécurité civile française a émis une lettre d’intérêt pour exprimer son attention au projet. Des discussions avancées ont également été ouvertes avec des clients européens et nord-africains.
Le FF72 reste dans sa base un ATR 72, mais l’ajout de deux flotteurs de 18 mètres de long et de deux mètres de haut modifie son comportement en vol. Des dérives fixées à l’arrière doivent compenser l’instabilité aérodynamique créée par ces équipements. Au printemps 2027, l’avion amphibie terminera sa campagne d’essais par des tests d’écopage sur le lac de Biscarrosse, dans les Landes. Plusieurs prototypes d’écopes seront testés pour déterminer la meilleure dimension. Les essais de largage se dérouleront sur un démonstrateur au sol.
Une polyvalence face aux feux de forêt
L’amphibie toulousain mise sur sa capacité à remplir ses réservoirs sans atterrir. Le remplissage s’opère en quelques secondes, pendant un passage en rase-mottes au-dessus d’un plan d’eau. Cette rapidité tranche avec les procédures actuelles des Dash 8, qui doivent se poser sur une piste, faire le plein, observer les protocoles d’approche, redécoller puis rejoindre le lieu de l’incendie. Le FF72 supprime ces étapes intermédiaires.
Positive Aviation développe deux versions de son appareil. La première, en configuration écopeur, remplace le Canadair. La seconde, en version tanker, se recharge au sol et vise à prendre la relève des Dash 8 pour les largages de retardant. Cette double offre permet de couvrir l’ensemble des missions de lutte anti-incendie aérienne.
Le marché mondial des bombardiers d’eau est évalué à 10,6 milliards d’euros d’ici 2030, soit environ 300 appareils. La filière cherche à renouveler sa flotte, vieillissante. En France, la sécurité civile a déjà commandé deux nouveaux Canadair financés par l’Union européenne, attendus en 2028. Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a annoncé fin 2025 la commande prochaine de deux autres appareils.
| Caractéristique | Valeur |
|---|---|
| Capacité en eau | 8 000 litres |
| Longueur des flotteurs | 18 mètres |
| Hauteur des flotteurs | 2 mètres |
| Durée d’écopage | Quelques secondes |
| Certification visée | Fin 2028 |
Source : La Dépêche du Midi, La Gazette du Midi
Une phase industrielle après les tests de 2027
Les essais au lac de Biscarrosse au printemps 2027 marqueront une étape décisive. Positive Aviation devra valider le comportement de l’appareil sur l’eau, la fiabilité de l’écopage et la stabilité au largage. La société teste plusieurs dimensions d’écopes pour optimiser le remplissage. Les résultats de cette campagne conditionneront la demande de certification, espérée pour fin 2028.
Le projet entre dans sa phase industrielle. L’entreprise communique sur ses avancées concrètes et multiplie les contacts avec les clients potentiels. Elle sera présente dans les forums dédiés à la lutte anti-incendie et prévoit de présenter son modèle lors du prochain salon du Bourget[1]. Positive Aviation cible deux types d’acteurs : les autorités de protection civile qui exercent directement la mission, comme la sécurité civile française, et les opérateurs privés contractés dans certains pays pour assurer ce service.
La société n’est pas seule sur le créneau. Kepplair Evolution, autre start-up installée à Toulouse, développe également un bombardier d’eau à partir de l’ATR 72. Cette version, baptisée Kepplair 72, se recharge au sol en dix minutes entre l’atterrissage, le remplissage et le redécollage. L’appareil peut atterrir sur des pistes rudimentaires, ce qui offre un maillage territorial plus dense. Kepplair Evolution doit recevoir son premier ATR 72 le 10 juillet et prévoit des vols d’essais et de largage entre fin décembre 2026 et janvier 2027. L’entreprise a lancé une levée de fonds de trois millions d’euros pour équiper un avion et réaliser une démonstration, avec l’espoir d’une aide de Bpifrance. La mise en service est visée pour 2027.
Pourquoi Toulouse mise sur l'ATR 72 amphibie
Toulouse en pointe sur la relève du Canadair
La capitale occitane concentre les initiatives de renouvellement de la flotte anti-incendie. Deux jeunes pousses y développent en parallèle des solutions basées sur le même avion régional, l’ATR 72. Cette convergence s’explique par la disponibilité de l’appareil sur le marché de l’occasion, sa robustesse et sa capacité d’emport. L’écosystème aéronautique toulousain, riche en compétences et en infrastructures, favorise ce type de projets.
Positive Aviation et Kepplair Evolution adoptent des stratégies distinctes. La première mise sur l’amphibie écopeur pour reproduire les missions du Canadair. La seconde privilégie le remplissage au sol sur pistes rudimentaires pour gagner en flexibilité de déploiement. Les deux approches répondent à des contraintes opérationnelles différentes : l’écopage supprime le temps de transit vers un aérodrome, le tanker s’affranchit de la proximité d’un plan d’eau.
Le marché mondial offre un potentiel de 300 appareils d’ici 2030. Les opérateurs privés nord-américains constituent une cible importante. Bridger Aerospace, qui a commandé dix FF72 à Positive Aviation, illustre l’intérêt de ce segment. En Europe et en Afrique du Nord, les autorités de protection civile renouvellent progressivement leurs moyens aériens. La France elle-même cherche à moderniser sa flotte, après avoir célébré les cinquante ans de la sécurité civile en décembre 2025.
Laurent Schmitt estime que le carnet de commandes de Positive Aviation peut doubler. La société engage des discussions avancées avec plusieurs clients et mise sur la taille du marché pour accélérer sa croissance. La certification de fin 2028 conditionnera les premières livraisons et l’entrée en service opérationnel. D’ici là , les campagnes d’essais de 2027 devront prouver que l’ATR 72 amphibie tient ses promesses face aux flammes.
FF72 : les étapes du bombardier d'eau toulousain
- Positive Aviation transforme l'ATR 72 en bombardier d'eau amphibie écopeur de 8 000 litres
- Bridger Aerospace a commandé 10 FF72 fermes et 10 options, soit 700 M€ de carnet
- Certification visée fin 2028, après essais d'écopage à Biscarrosse au printemps 2027
- La sécurité civile française a émis une lettre d'intérêt pour le projet
- Deux start-up toulousaines développent en parallèle des bombardiers d'eau sur base ATR 72
- Le marché mondial représente 300 appareils d'ici 2030, soit 10,6 Mds€
Sources
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