Un Rafale indien abattu lors de l’opération Sindoor en mai 2025 : Pékin s’est saisi de l’épisode pour mener une offensive informationnelle contre l’avion de Dassault auprès de ses acheteurs.
Le fait militaire est désormais établi, au moins partiellement. Lors des affrontements de mai 2025 entre l’Inde et le Pakistan, un Rafale de l’armée de l’air indienne a été abattu. C’est la première destruction au combat d’un appareil que la France exporte depuis des années comme référence de son industrie de défense. Mais l’histoire ne s’arrête pas là : ce qui s’est passé dans les semaines suivantes, sur le plan de la communication stratégique, intéresse autant les états-majors que les directeurs commerciaux de Dassault.
La Chine a vu dans cet épisode une opportunité. Ses appareils J-10 et ses missiles ont contribué à abattre au moins un Rafale, dans le cadre d’une chaîne de frappe intégrée opérée par le Pakistan. Pékin l’a fait savoir, amplifié, et transformé en argument commercial.
L’opération Sindoor, point de départ d’une guerre de récit
Dans la nuit du 7 au 8 mai 2025, l’Inde a lancé l’opération Sindoor, une série de frappes aériennes contre des positions au Pakistan et au Cachemire pakistanais, en réponse à l’attentat du 22 avril 2025 à Pahalgam qui avait tué 26 personnes. Les jours qui ont suivi ont vu les deux pays s’accuser mutuellement de pertes, dans un contexte de guerre informationnelle intense.
Le Pakistan a revendiqué l’abattage de cinq appareils indiens, dont trois Rafale. L’Inde n’a pas répondu publiquement à ces chiffres. Le général Jérôme Bellanger, chef de l’armée de l’air française, a pour sa part publiquement contesté ces déclarations, indiquant que les éléments disponibles pointaient vers trois pertes indiennes au total : un Rafale, un Sukhoi russe et un Mirage 2000.[2]
La configuration militaire était asymétrique dans ses origines. L’Inde mêle matériels russes et français dans sa flotte, avec des MiG et des Rafale côté chasseurs. Le Pakistan, lui, s’appuie massivement sur la Chine : selon l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm, plus de 80 % de ses importations d’armement proviennent de Pékin.[1] Son armée de l’air aligne des J-10 et des J-17, ce dernier coproduit avec la Chine, aux côtés de Mirage 3 d’ancienne génération.
Ce n’est pas la confrontation Rafale contre J-10 qui a retenu l’attention des analystes en premier lieu. C’est la chaîne de commandement qui a permis l’abattage. Michael Dahm, chercheur au Mitchell Institute for Aerospace Studies, résume l’enjeu : la performance de la « kill chain », c’est-à -dire la capacité du Pakistan à intégrer ses capteurs, ses systèmes de commandement d’origine chinoise et ses missiles pour cibler un appareil adverse, pourrait s’avérer plus révélatrice que les caractéristiques propres des avions engagés.[5]
Pékin monte au créneau contre le Rafale

Marc Julienne, chercheur à l’Institut français des relations internationales, pointe la dimension industrielle du conflit : « Le Rafale en question aurait été abattu par un J-10, donc un avion de fabrication chinoise, et plus précisément par un missile de fabrication chinoise également. Il y a une dimension industrielle beaucoup plus large qui oppose non plus l’Inde et le Pakistan, mais plutôt la Chine face à l’industrie de défense française et européenne. »[3]
La campagne chinoise n’a pas été aléatoire. D’après defense.info, elle a ciblé en priorité les pays déjà clients du Rafale ou en négociation pour de futurs achats. L’Indonésie, qui a commandé 42 appareils et envisage des acquisitions supplémentaires, a été un objectif particulier de cette opération de communication.[2]
Pour Pékin, la perte d’un Rafale en combat réel constituait une opportunité que quinze ans de salons aéronautiques n’auraient pas pu offrir. Comme le formule Marc Julienne : « Ce qui, pour l’Inde et la France, relevait d’un épisode tactique limité a été retravaillé par la Chine comme une preuve narrative de la vulnérabilité du chasseur français. » La nuance entre un avion abattu dans des conditions opérationnelles spécifiques et un appareil structurellement vulnérable importe peu dans la communication à destination des acheteurs potentiels.
| Pays | Appareils | Origine |
|---|---|---|
| Inde | Rafale, Sukhoi, Mirage 2000 | France, Russie |
| Pakistan | J-10, J-17, Mirage 3 | Chine (80 %+ des imports), France (ancienne génération) |
Source : Sud Ouest
Pourquoi l'abattage du Rafale devient un enjeu export
La chaîne de frappe sino-pakistanaise, vrai sujet stratégique
Au-delà du récit, il y a un fait technique que les armées occidentales ne peuvent pas ignorer. Le Pakistan a réussi à construire une chaîne de commandement et de ciblage intégrant des systèmes d’origine chinoise, capable de détecter, de suivre et d’engager un Rafale en combat aérien. C’est précisément le type d’architecture que les États-Unis cherchent à développer pour leurs propres forces avec le concept CJADC2, la coordination tous domaines interarmées.
Que le Rafale ait été touché par un missile air-air tiré d’un J-10 ou par un autre vecteur reste à préciser. Aucun détail sur la position de l’appareil au moment de l’impact n’a été rendu public. Des agences de presse pakistanaises ont diffusé des images de débris présentés comme les restes d’un Rafale indien sur le territoire pakistanais, sans que cela ait pu être formellement vérifié de source indépendante.
Ce qui est acquis, c’est que l’incident a modifié le paysage commercial du Rafale. La France exporte l’appareil vers huit pays. Les campagnes de promotion chinoises s’adressent désormais directement à ces marchés, avec un argument concret : un J-10 pakistanais équipé de missiles chinois a abattu un Rafale en conditions réelles. Le contre-argument français porte sur les circonstances opérationnelles, la mission assignée aux pilotes indiens et l’intégration globale des systèmes, pas seulement les performances intrinsèques de l’avion. C’est un débat que Dassault et la Direction générale de l’armement devront continuer à porter sur chaque marché export dans les mois qui viennent.
Rafale au combat : les faits de l'opération Sindoor
- Un Rafale indien a été abattu lors de l'opération Sindoor en mai 2025, première destruction au combat de cet appareil.
- Le Pakistan attribue l'abattage à un J-10 équipé d'un missile de fabrication chinoise.
- Islamabad revendique cinq appareils indiens détruits ; la France ne reconnaît que trois pertes.
- Plus de 80 % de l'armement pakistanais est d'origine chinoise selon le SIPRI.
- La Chine a ciblé en priorité l'Indonésie, cliente de 42 Rafale, dans sa campagne de communication.
- L'intégration de la chaîne de frappe sino-pakistanaise est jugée aussi significative que les performances individuelles des appareils.
Sources
4 sources · 5 faits sourcés
