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Réindustrialisation française : le solde net d’ouvertures d’usines s’effondre à +19 en 2025

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Un solde qui s’effondre : de +88 à +19 en un an

Le chiffre est brutal. En 2025, le solde net d’ouvertures et d’extensions de sites industriels en France s’est établi à +19, contre +88 un an plus tôt, selon le baromètre semestriel publié par le ministère de l’Économie en mars 2026. La Tribune relevait alors que « la tendance au ralentissement se poursuit de façon marquée », formule de Bercy lui-même. Le nombre d’ouvertures reste stable, précise le ministère, mais les fermetures s’accélèrent en parallèle.

Ce coup de frein ne surgit pas de nulle part. Il s’inscrit dans un contexte international dégradé que Bercy détaille : montée des surcapacités industrielles en Asie, droits de douane américains, prix de l’énergie persistamment élevés. Autant de variables que les sites français ne maîtrisent pas depuis Paris.

Ce que les chiffres de Bercy ne montrent pas directement, c’est la tendance de fond. C’est l’Institut Montaigne qui la formule le plus clairement, dans une note rédigée par Olivier LLuansi, auteur en 2025 d’un rapport au gouvernement sur la réindustrialisation à horizon 2035. Son diagnostic : après un rebond post-Covid, largement conjoncturel, la dynamique s’est retournée. La France a rouvert des usines entre 2021 et 2023, mais en ferme désormais davantage qu’elle n’en crée. La désindustrialisation n’a pas été enrayée ; elle a simplement marqué une pause.

Moins de 10 % du PIB : l’écart avec l’Europe se creuse

Image : Freepik

Le fait que l’industrie manufacturière pèse moins de 10 % du PIB français n’est pas nouveau. Ce qui l’est davantage, c’est la persistance de cet écart malgré cinq ans de politique volontariste et des milliards engagés via France 2030. La valeur ajoutée manufacturière recule, note LLuansi, et l’écart avec les voisins européens reste abyssal : environ 15 % du PIB en moyenne dans l’Union, près de 20 % en Allemagne ou dans le nord de l’Italie.

Part de l’industrie manufacturière dans le PIB : France vs Europe
Pays / zone Part du PIB industriel
France Moins de 10 %
Moyenne Union européenne Environ 15 %
Allemagne / nord Italie Près de 20 %

Source : Challenges / Institut Montaigne, note Olivier LLuansi

La France produit aujourd’hui seulement 36 % des biens manufacturés qu’elle consomme, selon une analyse publiée par Futuribles début 2026. L’économiste Christian Saint-Étienne va plus loin : « La France est à la dérive. » Entre 20 % et 25 % de l’alimentation française est également importée. La dépendance aux chaînes d’approvisionnement étrangères, documentée depuis des années, n’a pas reculé. Elle s’est enkystée.

Les destructions nettes d’emplois industriels enregistrées en 2025 viennent confirmer ce tableau. Ce n’est pas une anomalie statistique : plusieurs filières traditionnelles ont encaissé des pertes nettes de sites, selon les données de La Tribune. Les transports ont perdu 14 sites, la chimie 8, l’industrie mécanique 8, la métallurgie 6.

Solde net de sites industriels par filière en 2025 (ouvertures moins fermetures)
Filière Solde net
Transports -14
Chimie -8
Industrie mécanique -8
Métallurgie -6

Source : La Tribune, 29 mars 2026

245 inaugurations en 2025, mais les fermetures comblent le gain

L’Observatoire Industrie de Bpifrance, dans sa quatrième édition publiée le 11 mars, recense 245 sites industriels inaugurés en 2025 en France, contre 195 en 2024. Un chiffre qui, sorti de son contexte, paraît encourageant. Replacé dans la dynamique globale, il l’est beaucoup moins : les fermetures se sont accélérées en parallèle, ramenant le solde net à ce +19 qui illustre l’essoufflement.

L’observatoire de Bpifrance souligne tout de même une « dynamique d’industrialisation particulièrement soutenue » à travers l’Hexagone. Il pointe surtout qui en est le moteur réel : non pas les grands groupes, mais les PME, les ETI et les start-up industrielles. Ces dernières ont doublé leurs inaugurations de sites depuis 2022. À titre de comparaison, les grands groupes n’ont ouvert que 42 sites sur la période analysée, contre 128 pour les petites structures.

Ce déséquilibre dit quelque chose d’important sur la structure de la réindustrialisation française. Elle progresse, mais par le bas, portée par des acteurs qui n’ont pas la masse critique pour compenser les fermetures des sites de grande taille dans les filières en tension.

LES ENJEUX
Solde industriel en chute libre
Le solde net d’ouvertures de sites industriels s’effondre à +19 en 2025, contre +88 l’année précédente. Les fermetures s’accélèrent dans les transports, la chimie et la métallurgie.
Retard structurel sur l’Europe
Avec moins de 10 % du PIB, la part industrielle française reste très en dessous de la moyenne européenne (15 %) et de l’Allemagne (près de 20 %). L’écart ne se réduit pas.
PME et start-up portent la dynamique
Les petites structures ont ouvert 128 sites industriels contre 42 pour les grands groupes en 2025. Elles ont doublé leurs inaugurations depuis 2022, selon l’Observatoire Bpifrance.
Souveraineté manufacturière fragile
La France produit seulement 36 % des biens manufacturés consommés sur son territoire. La dépendance aux chaînes d’approvisionnement étrangères reste structurelle malgré France 2030.
Contrainte budgétaire et dette publique
Avec une croissance autour de 0,8 % en 2025 et une dette publique croissante, la France dispose de marges de manÅ“uvre réduites pour financer une réindustrialisation d’ampleur avant 2027.

France 2030, crédit d’impôt industrie verte : les dispositifs tiennent, mais suffisent-ils ?

L’exécutif maintient le cap sur les instruments publics. Bercy met en avant environ 150 projets d’usines « en cours de création » ou annoncés, soutenus par le crédit d’impôt pour l’industrie verte, l’appel à projets « Première usine » et le plan France 2030. Ces dispositifs ont incontestablement animé la dynamique de 2021 à 2023. Leur impact à partir de 2024 est plus difficile à lire.

Le problème est structurel autant que conjoncturel. D’un côté, l’économiste Louis Gallois, cité par Futuribles, alerte sur « le bulldozer industriel chinois, contenu aux États-Unis par les droits de douane », qu’il qualifie de « menace systémique pour l’industrie européenne ». De l’autre, la France entre en 2026 avec une croissance modeste : le PIB a progressé de 1,1 % en 2024, et d’environ 0,8 % en 2025 selon les estimations de KBRA rapportées par Yahoo Finance / Euronews. La demande intérieure reste faible, l’investissement bridé par les effets retardés de la hausse des taux.

La dette publique pèse sur les marges de manÅ“uvre. Les agences de notation et les banques avertissent que la consolidation budgétaire est devenue « une caractéristique structurelle » du paysage économique français, avec un blocage législatif qui complique toute réforme d’ampleur à l’approche de la présidentielle de 2027. Le programme RRF et France 2030 apporteront un soutien, reconnaît l’analyse de Yahoo Finance / Euronews, « mais l’impact global pourrait rester limité sans réformes plus larges ».

Une note positive dans ce tableau : l’inflation a chuté nettement, à 0,9 % en glissement annuel fin 2025, bien en dessous de la cible de la BCE et sous la moyenne de la zone euro. Ce reflux, fruit d’ajustements sur les prix de l’énergie régulée et d’une dynamique salariale contenue, desserre légèrement l’étau sur le pouvoir d’achat des ménages. Mais les ménages restent prudents : le taux d’épargne demeure élevé, freinant la consommation.

L’essentiel — les faits verifies
  • Le solde net d’ouvertures d’usines est tombé à +19 en 2025, contre +88 en 2024 selon Bercy.
  • L’industrie française pèse moins de 10 % du PIB, contre près de 20 % en Allemagne.
  • La France ne produit que 36 % des biens manufacturés qu’elle consomme.
  • 245 sites industriels ont été inaugurés en 2025, portés principalement par des PME et start-up, pas les grands groupes (42 ouvertures contre 128).
  • La croissance du PIB français est estimée à 0,8 % en 2025, après 1,1 % en 2024.
  • L’inflation a chuté à 0,9 % fin 2025, en dessous de la cible BCE.

Souveraineté industrielle : la note de Montaigne comme signal d’alarme

La question qui irrigue tous ces chiffres est celle de la souveraineté. Produire 36 % des biens manufacturés consommés en France, c’est dépendre à 64 % de l’étranger pour son tissu industriel quotidien. Les chaînes d’approvisionnement ont montré leur fragilité lors des crises successives depuis 2020. La relocalisation, pourtant présentée comme une priorité, peine à se traduire en masse critique.

Futuribles formule une piste : mobiliser l’épargne des ménages français vers le financement des entreprises innovantes, tout en veillant à ne pas brider la consommation ni l’investissement des entreprises via des politiques d’austérité mal calibrées. C’est la tension permanente entre assainissement des finances publiques et maintien des conditions de la réindustrialisation.

Olivier LLuansi, dans sa note pour l’Institut Montaigne, ne conclut pas à une réindustrialisation impossible. Il constate que les outils existent, que la volonté politique a été affichée, mais que les résultats tangibles restent en deçà des ambitions. 150 projets d’usines annoncés, 245 sites inaugurés en 2025, et pourtant un solde net de +19 : l’écart entre le discours et la réalité productive n’a pas disparu. Il s’est juste rendu moins visible.

Antoine Rives
Antoine Rives
Antoine couvre l'économie et la vie des entreprises. Résultats, investissements, emploi, Choose France : il remet les chiffres en perspective et distingue la communication du fait économique. Du CAC 40 à la PME, il cherche l'info derrière le communiqué.

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