Friedrich Merz devait annoncer mercredi à l’ouverture du salon ILA de Berlin la fin officielle du SCAF, programme phare de la défense européenne bloqué depuis des années par un litige industriel entre Dassault Aviation et Airbus.
C’est acté. Le chancelier allemand et Emmanuel Macron se sont entendus pour ne plus poursuivre la construction d’un avion de combat commun, ont indiqué des sources gouvernementales allemandes citées par Reuters et l’AFP. L’annonce devait tomber mercredi lors de l’inauguration du salon aéronautique de Berlin, devant les caméras et les acteurs mêmes du programme.
Dassault Aviation et Airbus n’auront pas trouvé d’accord. Le litige porte sur la gouvernance du pilier numéro un du projet, le New Generation Fighter (NGF), c’est-à -dire l’avion de combat proprement dit. Airbus, via ses filiales allemande et espagnole, refusait de se retrouver en position de sous-traitant de Dassault, qui détient la maîtrise d’Å“uvre. Le patron d’Airbus Defence and Space, Michael Schoellhorn, avait écrit directement à Macron pour lui signifier que “l’avenir du NGF est aujourd’hui difficile à envisager, la confiance s’est évanouie. Pour nous Airbus mais aussi pour l’Allemagne et l’Espagne.”
Un programme bloqué en phase 1B depuis des années
Malgré la volonté affichée de l’Élysée de maintenir le SCAF à tout prix, le programme était resté immobilisé à la phase 1B, celle du développement technologique préliminaire, sans jamais franchir le cap vers la phase 2 qui aurait dû conduire à la construction d’un démonstrateur. Dix ans de négociations, de médiations et de canaux parallèles n’ont rien débloqué. Selon Les Echos, toutes les voies diplomatiques ont été épuisées depuis le coup d’envoi donné par Macron et Angela Merkel.
Le programme emporte avec lui des retombées industrielles estimées à 100 milliards d’euros d’ici 2040. Il devait remplacer à terme le Rafale côté français et l’Eurofighter côté allemand et espagnol.
Ni Dassault ni Airbus ne commentent, les marchés ont tranché
Contacté par l’Agefi-Dow Jones, Airbus a refusé de commenter. Dassault Aviation n’était pas disponible pour réagir dans l’immédiat. Les marchés, eux, ont rendu leur verdict le 8 juin : l’action Dassault Aviation a terminé en légère hausse de 0,2 % à 298,40 euros, tandis qu’Airbus a cédé 1,1 % à 176,96 euros selon l’Agefi-Dow Jones.
Aucun plan B, le Rafale F5 en ligne de mire
La question qui se pose désormais pour la France est celle de l’après. Selon La Tribune, “il n’y a pas de plan B”. Si le SCAF tombe, c’est le Rafale F5, avec son drone associé, qui devient par défaut l’horizon du combat aérien français pour les prochaines décennies. Quant aux pistes alternatives évoquées ces derniers mois, un rapprochement avec l’Inde ou d’autres partenaires, elles restent à l’état de spéculations, sans cadre ni calendrier concret.
Le SCAF aura duré le temps d’une ambition franco-allemande sur le papier. L’ILA de Berlin, salon qui célèbre l’industrie aéronautique européenne, servira cette semaine de cadre à son enterrement officiel.
