Renault et Thales ont dévoilé à Eurosatory 2026 le 4 Troop, un SUV civil hybride transformé en poste de commandement mobile pour drones, pendant que la production de munitions téléopérées s’organise dans les usines françaises du groupe.
Le 15 juin à Paris-Nord Villepinte, les deux groupes ont roulé sous les projecteurs du salon de défense Eurosatory avec un prototype qui détonne : un Renault Rafale, SUV coupé pensé pour le marché grand public, converti en véhicule tactique capable de coordonner des drones aériens et terrestres sur le champ de bataille. Officiellement désigné VCMR (Véhicule Civil Multi-Rôles), il répond selon les deux partenaires aux «nouvelles exigences opérationnelles des forces terrestres».
L’alliance entre une architecture électronique automobile et un système de mission militaire donne au 4 Troop sa singularité. Renault apporte la plateforme et l’ingénierie de production ; Thales empile sa suite de commandement et contrôle pour les systèmes non-habités. Résultat : un 4×4 hybride rechargeable capable de se déplacer silencieusement en zone sensible, de disparaître sur les capteurs thermiques et acoustiques adverses, et d’alimenter en énergie l’équipement spécialisé embarqué via une fonction Vehicle-to-Load.
Un chassis civil au coeur du champ de bataille numérique
Le choix de l’hybride rechargeable n’est pas anodin. Un véhicule qui sert de noeud de commandement pour des drones en vol se retrouve précisément dans la zone de frappe des systèmes anti-drones adverses. Réduire sa signature thermique et sonore en mode électrique pur, c’est allonger son espérance de vie opérationnelle. C’est la leçon que la guerre en Ukraine a rendue brutalement lisible pour tous les états-majors européens.
Renault précise que la technologie Thales intégrée au 4 Troop pourrait être adaptée à d’autres modèles de sa gamme, sans se limiter au Rafale. La plateforme est décrite par les deux groupes comme «mass-producible et rapidement déployable», deux qualités que les armées de l’OTAN ont érigées en priorité absolue depuis 2022. La cible principale annoncée est l’armée française, avec des trajectoires d’export et de coopération OTAN.
Toutatis : de 100 unités par an à 1 000 par mois

Le 4 Troop n’est que la face visible d’un engagement industriel plus large. Renault et Thales ont confirmé en parallèle la production en série du drone Toutatis, une munition téléopérée à longue portée (loitering munition) développée par Thales.[5] L’enjeu de montée en puissance est spectaculaire : Thales fabrique actuellement environ 100 unités de ce drone par an. L’objectif affiché avec Renault est d’atteindre 1 000 unités par mois dès l’an prochain.
Pour franchir ce cap, le modèle de fabrication change de fond en comble. La production jusqu’ici reposait sur l’impression 3D, méthode adaptée aux petites séries mais incompatible avec la cadence industrielle visée. Le passage au moulage par injection plastique à grande échelle, combiné à une réduction de 40 % du nombre de pièces et d’éléments de fixation, doit permettre à la fois d’accélérer et de comprimer les coûts, selon le PDG de Renault François Provost.[5]
Le marché visé est principalement l’export. Les deux groupes ont précisé qu’il n’existe pas, à ce stade, de plans fermes pour des achats en volume significatif par la France elle-même, même si la DGA suit de près le programme.
| Indicateur | Situation actuelle | Objectif |
|---|---|---|
| Production annuelle Thales (seul) | ~100 unités/an | |
| Objectif avec Renault | 1 000 unités/mois | |
| Réduction du nombre de pièces | -40 % | |
| Mode de fabrication cible | Impression 3D | Moulage par injection plastique |
Source : Defense News
Pourquoi Renault change la donne pour les drones français
Le Mans et Cléon, nouvelles lignes de front industrielles
Un autre volet, distinct du partenariat Thales, précise l’ampleur de la reconversion industrielle de Renault. Le groupe collabore avec Turgis & Gaillard pour produire une munition téléopérée à longue portée dans ses usines du Mans et de Cléon, en Normandie, sur commande de la DGA.[3] La phase initiale porte sur une dizaine d’unités pour valider la chaîne, avant un contrat de dix ans estimé à près d’un milliard d’euros. La livraison des premiers drones est prévue à l’été 2026.
Au Mans, une partie de l’usine qui assemble aujourd’hui des châssis automobiles sera dédiée à cette production. À Cléon, ce sont les moteurs qui font l’objet d’adaptations spécifiques. Les deux sites restent synchronisés pour tenir la cadence. Les méthodes d’organisation issues de l’automobile, où chaque décision sur la chaîne se répercute immédiatement sur les coûts, sont directement appliquées à la ligne drone.
«Soyons clairs. Nous sommes en retard», a reconnu Emmanuel Macron lors de ses voeux aux Armées, pointant le retard français dans la massification de la production de drones consommables. La pression politique se traduit concrètement : le projet est financé majoritairement par des fonds publics, et la Présidence a demandé d’accélérer les essais.
Renault, nouveau maillon de la base industrielle de défense

Renault avait annoncé en février 2026 avoir été sollicité par le ministère des Armées pour renforcer la BITD (Base Industrielle et Technologique de Défense) française. L’accumulation des annonces depuis Eurosatory dessine une stratégie cohérente : utiliser les capacités de production automobile excédentaires, les méthodes lean et les volumes d’approvisionnement d’un grand industriel pour contourner les goulots d’étranglement qui pénalisent les défensiers purs.
L’analogie avec ce que la guerre en Ukraine a imposé aux industriels du secteur est explicite dans les communications des deux groupes. La production rapide y a montré son caractère décisif. Sur le marché des loitering munitions, le Toutatis se retrouve en compétition directe avec le Damoclès de KNDS-Delair et l’Akeron RCX 50 de MBDA. François Provost a qualifié le nouveau munition de «super competitive» en termes de coût, sans chiffre précis à l’appui. La montée à 1 000 unités mensuelles, si elle se confirme, placerait Renault-Thales parmi les producteurs les plus cadencés d’Europe occidentale dans cette catégorie.
Renault défense 2026 : les chiffres clés à retenir
- Le 4 Troop est basé sur le SUV Renault Rafale, adapté avec une suite de commandement Thales pour piloter des drones.
- Le véhicule est hybride rechargeable 4×4, capable de fonctionner en mode tout-électrique pour réduire sa signature acoustique et thermique.
- Thales produit actuellement ~100 drones Toutatis par an ; l'objectif avec Renault est de 1 000 unités par mois.
- La fabrication passe de l'impression 3D au moulage par injection plastique, avec 40 % de pièces en moins.
- Les usines Renault du Mans et de Cléon produiront aussi des munitions téléopérées avec Turgis & Gaillard, sur un contrat DGA estimé à ~1 milliard d'euros sur 10 ans.
- Les premières livraisons à la DGA sont attendues à l'été 2026.
Sources
2 sources · 3 faits sourcés
