Saft, filiale de TotalEnergies, équipera les sous-marins Scorpène et Barracuda de Naval Group en batteries lithium-ion, remplaçant la technologie plomb-acide. L’usine de Poitiers assemblera les systèmes.
Le site de Poitiers emploie 600 personnes. Il vient de décrocher, avec ses homologues de Bordeaux et d’Angoulême, un contrat qui engage Saft auprès de Naval Group pour plusieurs années. Le spécialiste mondial des batteries avancées fournira les systèmes lithium-ion destinés à équiper les deux familles de sous-marins conventionnels exportés par le groupe français : les Scorpène et les Barracuda dans leur version réduite.
Le montant du contrat et le nombre d’unités concernées restent classés. Naval Group ne dévoile pas ses carnets de commandes pour les programmes sensibles. Mais pour Saft, qui travaille depuis plus de vingt ans avec le chantier naval, l’accord marque un passage de relais technologique. Les sous-marins conventionnels de 60 à 80 mètres, embarquant de 33 à 43 marins, fonctionnaient jusqu’ici avec des batteries plomb-acide. Une formule éprouvée, mais lourde et peu performante face aux exigences actuelles.
Recharge rapide, autonomie augmentée
Richard Hague, responsable des ventes chez Saft à Poitiers, résume l’enjeu : « Le sous-marin doit remonter à la surface pour recharger sa batterie. Avec notre système, la recharge est plus rapide, la batterie est plus puissante et prend moins de place. Le sous-marin va pouvoir rester sous l’eau plus longtemps, c’est un gage de sécurité, la priorité numéro une à bord. »
L’autonomie en plongée détermine la discrétion opérationnelle d’un bâtiment conventionnel. Plus il remonte souvent, plus il s’expose à la détection. Les batteries lithium-ion de Saft promettent une densité énergétique nettement supérieure, donc des phases de snorkeling moins fréquentes et plus courtes. Elles réduisent aussi l’encombrement à bord, libérant du volume ou du poids pour d’autres équipements[1].
Les cellules sont développées et fabriquées en interne par Saft. L’industriel contrôle toute la chaîne, de l’électrochimie à l’assemblage final. Ce dernier aura lieu dans la Vienne, avant livraison aux chantiers de Naval Group. La sécurité du système est également mise en avant : le lithium-ion, correctement géré, expose moins au risque d’explosion que certaines technologies antérieures[2].
Deux programmes, un même saut technologique

Les Scorpène et les Barracuda conventionnels constituent les deux piliers de l’offre export de Naval Group en matière de sous-marins. Le Scorpène, conçu à l’origine avec le chantier espagnol Navantia, a été vendu à l’Inde, au Brésil, au Chili et à la Malaisie. Le Barracuda, dans sa variante nucléaire, équipe la Marine nationale française ; sa version conventionnelle réduite cible les pays partenaires qui ne souhaitent pas ou ne peuvent pas acquérir de propulsion atomique.
Naval Group ne construit de sous-marins nucléaires que pour la France, conformément aux engagements internationaux du pays. Mais sur le segment conventionnel, la concurrence est rude. Les chantiers allemands, suédois, japonais et, de plus en plus, chinois, proposent des solutions à propulsion anaérobie (AIP) ou hybride. L’adoption du lithium-ion par Naval Group vise à maintenir une avance technologique sur ce marché.
Cédric Duclos, directeur général de Saft, qualifie le contrat de confirmation : « Ce contrat confirme que les technologies de batteries avancées sont désormais un facteur déterminant des performances des sous-marins. Nos systèmes Li-ion établissent une nouvelle référence en matière de densité énergétique, de sécurité et de fiabilité, positionnant Saft au cœur des programmes navals de défense de nouvelle génération[3]. »
Pierre Éric Pommellet, président-directeur général de Naval Group, souligne l’apport opérationnel : « L’intégration de la technologie Li-ion de Saft à bord des familles de sous-marins Barracuda et Scorpène représente une réelle valeur ajoutée, nous permettant d’améliorer encore les performances opérationnelles en mer[4]. »
Pourquoi Saft remplace le plomb-acide par le lithium-ion
Souveraineté européenne et carnet spatial
Pour Saft, l’accord s’inscrit dans une stratégie de renforcement au sein des programmes de défense européens. Le groupe revendique un savoir-faire de plus de cent ans dans les applications critiques. Ses batteries équipent aussi le spatial : plus de 400 satellites en orbite tournent avec des cellules sorties de ses usines.
La notion de souveraineté technologique traverse les déclarations officielles. Duclos y insiste : « C’est aussi une avancée concrète en faveur de la souveraineté technologique européenne[5]. » Dans un contexte où les chaînes d’approvisionnement en batteries dépendent largement de l’Asie, la maîtrise européenne de technologies avancées pour des applications militaires prend une importance croissante.
Le carnet de commandes de Saft reste étoffé, tant dans le naval que dans l’aérospatial. L’entreprise, filiale de TotalEnergies, ne communique pas de prévisions chiffrées, mais se dit confiante sur les perspectives à moyen terme. L’assemblage à Poitiers des batteries pour Naval Group devrait monter en cadence dans les prochaines années, au rythme des commandes de sous-marins passées par les clients export du chantier français.
Batteries lithium-ion pour sous-marins : les faits
- Saft équipera les Scorpène et Barracuda de batteries lithium-ion, remplaçant le plomb-acide
- L'assemblage aura lieu à Poitiers (600 salariés), avec Bordeaux et Angoulême
- Naval Group collabore avec Saft depuis plus de vingt ans
- Le contrat est classé secret défense : montant et nombre d'unités non communiqués
- Les batteries augmentent l'autonomie en plongée et réduisent l'encombrement à bord
- Plus de 400 satellites utilisent déjà des batteries Saft en orbite
Sources
5 sources · 5 faits vérifiés

