La deuxième édition du Salon Souveraineté Numérique ouvre ses portes à Paris les 30 juin et 1er juillet 2026, avec près de 100 exposants et un programme de 20 conférences axé sur le passage concret à l’acte.
Ce n’est plus un débat de principes. Le marché de la souveraineté numérique a changé de registre : les directions informatiques ne demandent plus si elles doivent réduire leur dépendance aux fournisseurs extra-européens, elles demandent comment, et à quelle vitesse. C’est le constat que traduit cette deuxième édition parisienne, dont la tonalité générale tranche avec celle de l’an dernier.
Le salon se tient à l’Espace Champerret, placé sous le parrainage d’Anne Le Hénanff, ministre déléguée chargée de l’intelligence artificielle et du numérique. Le public visé est strictement professionnel : DSI, RSSI, CTO, CDO, responsables achats et transformation, secteurs public et privé confondus.
Un programme structuré autour de huit axes stratégiques
Le programme s’organise en huit parcours thématiques : géopolitique et autonomie stratégique, régulation européenne, cloud de confiance, identité et données, IA souveraine, open source, secteur public et collectivités, écosystèmes et startups.[4] Chaque parcours traduit une fracture réelle du marché : les organisations qui ont posé des intentions il y a deux ans doivent aujourd’hui documenter des migrations et signer des contrats.
Les 30 ateliers pratiques constituent le cœur opérationnel du dispositif. Contrairement aux conférences, ils sont conçus pour que les participants repartent avec des réponses applicables à leurs propres contraintes de charge de données.[1] Un programme de rendez-vous d’affaires complète le tout, orienté vers la mise en relation directe entre acheteurs et fournisseurs.
Le nombre de conférences varie légèrement selon les sources : le site officiel annonce 20 sessions, le Blog du Modérateur en recense plus de 25 en intégrant keynotes et tables rondes.[2][4] Les intervenants sont pour l’essentiel des utilisateurs et des experts ayant déjà déployé des solutions souveraines, ce qui signale une volonté de retour d’expérience plutôt que de prospective théorique.
Près de 100 acteurs européens, de Nextcloud à Proton

L’espace d’exposition réunit près de 100 acteurs français et européens couvrant le cloud souverain, la cybersécurité, l’IA et l’open source.[4] Parmi les présents confirmés, Nextcloud occupera le stand F12 pour présenter ses solutions de collaboration auto-hébergée à destination du secteur public et des administrations.[3] Proton figure également parmi les sponsors visibles sur les supports de communication du salon.
La présence de ces acteurs illustre le repositionnement en cours. Nextcloud se présente comme la solution de cloud privé auto-hébergé la plus déployée dans les administrations européennes. Sa participation à Paris n’est pas anodine : le salon est l’un des rares événements où les décideurs publics français se trouvent au contact direct de fournisseurs alignés sur les exigences du SecNumCloud ou des critères équivalents.
Sopra Steria, via son directeur exécutif des relations institutionnelles et des partenariats stratégiques Grégory Wintrebert, résume l’enjeu collectif : «Dans un contexte géopolitique où la maîtrise technologique est devenue un impératif stratégique, la souveraineté européenne ne peut être une option.»[2] Caroline Chopinaud, directrice générale de Hub France IA, insiste sur la dimension IA : «Le Salon Souveraineté Numérique incarne cet espace d’échanges et de collaboration essentiel pour construire une IA souveraine totalement primordiale dans le contexte actuel.»
Pourquoi le marché souverain européen bascule en 2026
De l’intention au contrat : le tournant que reflète cette édition
La maturité du marché, selon l’analyse publiée par IT Social, tient à un déplacement structurel.[1] Les dirigeants reconnaissent désormais ouvertement leur dépendance aux hyperscalers américains et cherchent à la corriger. Ce mouvement de reconnaissance publique libère les directions informatiques qui hésitaient à s’engager dans des migrations perçues comme complexes ou politiquement délicates.
Le parallèle avec la posture américaine est explicitement convoqué par les organisateurs : les États-Unis appliquent eux-mêmes une logique de souveraineté numérique stricte sur leur propre territoire. Ce cadrage géopolitique légitime des politiques d’autonomie que certains acteurs européens hésitaient encore à revendiquer publiquement.
Pour les DSI présents, la question centrale de cette édition se formule de façon très concrète : parmi les alternatives présentées par les exposants, lesquelles satisfont le niveau de souveraineté requis par chaque catégorie de données traitées ? Ce n’est plus une interrogation philosophique sur la dépendance, c’est une grille d’évaluation contractuelle.
Un écosystème qui cherche à peser face aux hyperscalers

La concentration de 100 exposants sur deux jours à Paris constitue en soi une démonstration de force pour un écosystème fragmenté. AWS, Microsoft Azure et Google Cloud disposent de surfaces commerciales, de réseaux de partenaires et de budgets marketing sans commune mesure avec ceux des acteurs souverains européens. Le salon tente de compenser cette asymétrie en créant une densité de contacts qualifiés impossible à reproduire hors événement.
L’audience est exclusivement professionnelle, acheteurs publics et privés inclus. Ce format concentre en deux jours un flux de décideurs que les vendeurs souverains mettraient des mois à rencontrer individuellement. C’est précisément pour cette raison que des acteurs comme Nextcloud, dont la stratégie commerciale repose sur la confiance et la démonstration technique, privilégient ce type de rendez-vous.
Christian Dubourg, président d’EuropaNum, voit dans le salon «un évènement indispensable pour permettre aux acteurs européens de développer une dynamique souveraine nécessaire pour notre avenir».[2] La dynamique existe. La question qui court en filigrane tout au long des deux jours est de savoir si elle se traduit en volumes de contrats suffisants pour consolider des filières qui restent, pour beaucoup, encore fragiles face à la puissance de déploiement des géants américains.
Salon Souveraineté Numérique 2026 : les chiffres clés
- Le salon se tient les 30 juin et 1er juillet 2026 à l'Espace Champerret, Paris.
- Près de 100 exposants proposent des alternatives aux fournisseurs extra-européens.
- Le programme inclut 20 conférences, 30 ateliers pratiques et un dispositif de rendez-vous B2B.
- Anne Le Hénanff, ministre déléguée chargée de l'IA et du numérique, parraine l'événement.
- Nextcloud, Proton et Sopra Steria figurent parmi les acteurs présents.
- Huit parcours thématiques couvrent cloud, IA souveraine, open source et régulation européenne.
Sources
4 sources · 9 faits sourcés
