Thales vient de décrocher un contrat-cadre majeur avec Rheinmetall pour équiper les forces allemandes de systèmes optroniques de nouvelle génération, avec premières livraisons en 2027.
Le groupe français fournira plusieurs milliers d’unités dans le cadre du programme de modernisation « Infanterist der Zukunft, Erweitertes System » (IdZ-ES), piloté par Rheinmetall. La commande porte essentiellement sur des systèmes de vision nocturne de dernière génération, complétés par les visées XTRAIM, déjà éprouvées au combat. Le montant n’a pas été communiqué, mais Thales qualifie l’accord de « majeur ».
Le calendrier prévoit un démarrage des livraisons en 2027, suivi d’une montée en cadence rapide : objectif, plusieurs centaines d’unités par mois. Thales assurera également les services de support en Allemagne, gage de proximité avec le client final. Pour y parvenir, le groupe annonce un investissement de plusieurs millions d’euros sur le territoire allemand afin d’étendre ses capacités de production et de soutien technique pour ses équipements optroniques, destinés aussi bien aux soldats qu’aux véhicules.
Un système de vision nocturne inédit pour la Bundeswehr
La nouveauté réside dans le déploiement, pour la première fois par les forces armées allemandes, d’un système de vision nocturne combinant image intensifiée et imagerie thermique[2]. Cette architecture hybride, enrichie de fonctions de réalité augmentée, vise à améliorer la conscience de situation tactique des fantassins et à accélérer la prise de décision en toutes conditions de visibilité.
« Thales est honoré de contribuer, aux côtés de Rheinmetall, à la protection et à l’efficacité opérationnelle des soldats allemands grâce à ses solutions éprouvées au combat », a déclaré Christoph Ruffner, directeur général de Thales Allemagne. Il précise que ces systèmes « ouvrent la voie à de futures opportunités de modernisation au sein du programme IdZ-ES » et qu’ils amélioreront « les capacités de combat de jour comme de nuit, soutiendront une prise de décision plus rapide et renforceront la connectivité des systèmes portés par les soldats »[2].
| Système | Quantité indicative | Premières livraisons |
|---|---|---|
| Systèmes de vision nocturne nouvelle génération | Plusieurs milliers (majorité de la commande) | 2027 |
| Visées XTRAIM | Milliers d’unités (complément) | 2027 |
| Montée en cadence | Plusieurs centaines d’unités/mois | Après 2027 |
Source : Thales Group
XTRAIM, un système déjà rodé sur les théâtres d’opération
Les visées XTRAIM ne sont pas des inconnues : depuis 2024, environ 20 000 unités ont été vendues à des armées de premier plan dans le monde[2]. Ces systèmes permettent un engagement rapide et précis des cibles dans toutes les conditions de visibilité, et leur disponibilité immédiate a joué dans la décision de Rheinmetall. Leur intégration au sein du programme IdZ-ES illustre la volonté allemande de s’appuyer sur des solutions déjà validées au combat, tout en préparant le terrain pour des équipements encore plus connectés.
Le programme IdZ-ES s’inscrit dans la logique du « soldat augmenté », concept qui intègre réalité augmentée, connectivité accrue et partage d’informations en temps réel. Thales positionne ses nouveaux systèmes de vision comme les briques de base de cette architecture future, capable d’afficher des données tactiques directement dans le viseur du soldat.
Pourquoi ce contrat compte pour Thales
Un contexte de réarmement européen favorable
Ce contrat intervient dans un contexte de réarmement massif de l’Allemagne. Le pays a débloqué des centaines de milliards d’euros pour moderniser la Bundeswehr, avec un budget défense qui atteindra 167,8 milliards d’euros en 2029, contre 66,8 milliards en 2024, soit une hausse de 150 % en cinq ans. En 2026, le ministère allemand de la Défense dispose de 82,7 milliards d’euros en budget « normal », auxquels s’ajoutent 25,5 milliards prélevés sur le Fonds spécial de la Bundeswehr : au total, 108,2 milliards sont consacrés à la modernisation et au renforcement des forces armées.
Pour Thales, ce contrat optronique vient compenser partiellement l’arrêt du programme de frégates F126, pour lequel le groupe avait été retenu par le chantier néerlandais Damen Schelde Naval Shipbuilding (DSNS) afin de fournir radars, capteurs, systèmes de gestion de combat et de conduite de tir, ainsi que l’intégration de la plateforme de combat[3]. Le groupe a annoncé une charge exceptionnelle d’environ 450 millions d’euros au premier semestre 2026 suite à cette résiliation, sans impact toutefois sur l’EBIT ajusté ni sur le résultat net ajusté. L’impact sur l’activité devrait rester limité, à environ 0,5 % du chiffre d’affaires en 2026 puis à moins de 1 % par an les années suivantes. Mieux : compte tenu de la rentabilité inférieure à la moyenne du groupe sur ce contrat, son arrêt devrait même avoir un effet légèrement positif sur la marge d’EBIT ajusté[3].
Thales face à la concurrence allemande

Sur le marché européen de la défense, Thales affronte une concurrence allemande revigorée. Rheinmetall, avec un chiffre d’affaires de 9,6 milliards d’euros (TTM) et 32 251 employés, est devenu le fournisseur stratégique de la Bundeswehr. Sa capitalisation boursière s’élève à 55,8 milliards d’euros, malgré une correction de 23,4 % depuis mars 2026. Le groupe allemand affiche une marge opérationnelle record de 17,13 %, un ratio dette/capitaux propres de 0,40 et un rendement du dividende de 0,94 %[5]. Analysts projettent une croissance du BPA de 47 % et visent un cours cible moyen de 1 909,57 euros, soit un potentiel de hausse de 57 %.
Thales, de son côté, peut s’appuyer sur une gamme complète de systèmes optroniques et sur une expérience opérationnelle reconnue. Le groupe a par ailleurs décroché récemment un contrat de 1,6 milliard de livres sterling au Royaume-Uni pour la fourniture de missiles destinés à l’Ukraine, signe que le réarmement européen ouvre des opportunités multiples.
À l’annonce du contrat avec Rheinmetall, l’action Thales a progressé de 1 % à Paris, tandis que Rheinmetall s’adjugeait plus de 2 % à Francfort, signe de l’accueil favorable des investisseurs[1]. Les deux groupes sont également partenaires dans le projet de char de combat principal du futur (MGCS), aux côtés de KNDS, programme dont la société de projet a signé son pacte d’actionnaires en janvier 2025[4]. Cette coopération illustre les nouveaux équilibres industriels qui se dessinent en Europe : alliances croisées, partages de programmes, investissements locaux pour coller aux attentes des États clients.
Contrat Thales-Rheinmetall : les chiffres à retenir
- Thales fournira plusieurs milliers de systèmes optroniques à l'armée allemande via Rheinmetall, dans le cadre du programme IdZ-ES
- Les livraisons démarreront en 2027, avec montée en cadence à plusieurs centaines d'unités par mois
- Le groupe investit plusieurs millions d'euros en Allemagne pour étendre production et support
- Le nouveau système de vision nocturne combine image intensifiée, imagerie thermique et réalité augmentée
- Environ 20 000 visées XTRAIM ont été vendues depuis 2024 à des armées mondiales
- L'action Thales a gagné 1 % à Paris à l'annonce, Rheinmetall +2 % à Francfort
Sources
5 sources · 8 faits vérifiés

