Ce dimanche matin, sur le tarmac de Temae et devant la stèle aux disparus, les habitants de Moorea se sont réunis comme chaque 9 août. Dix-neuf ans que l’île sœur porte cette blessure. Dix-neuf ans qu’un vol de quelques minutes entre Moorea et Tahiti ne s’est jamais achevé. Le 9 août 2007, peu après son décollage de l’aéroport de Temae, un appareil d’Air Moorea plongeait en mer. À son bord : vingt personnes. Aucune n’a survécu.
Parmi les victimes, cinq membres du ministère polynésien de l’Environnement, deux hauts fonctionnaires de l’Union européenne, deux touristes australiens, cinq habitants de Moorea. Cinq corps n’ont jamais été retrouvés. Des familles attendent encore.
La commune de Moorea a organisé, en présence des proches, un dépôt de gerbe devant la stèle érigée en mémoire des vingt disparus. Un rendez-vous annuel, silencieux, nécessaire. Pour que l’archipel se souvienne de sa plus grande tragédie aérienne.
Un câble de commande rompu, des manquements dans l’entretien
La justice a tranché : c’est la rupture d’un câble de commande de l’appareil, juste après le décollage, qui a précipité l’avion dans l’océan[1]. Pas un incident mécanique isolé, mais la conséquence de multiples manquements dans l’entretien et le suivi des aéronefs de la compagnie domestique.
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Les câbles de commande de profondeur, en acier inoxydable, avaient été installés neufs en mars 2005. Retirés, vérifiés et réinstallés en octobre 2006 avant la livraison à Air Moorea, ils avaient accumulé 5 150 cycles de vol pour la compagnie, soit 841 heures de vol[4]. L’une des ruptures constatées après l’accident se situait dans une zone d’usure. Les fils extérieurs des six torons externes avaient cédé par usure, représentant 72 des 133 fils constituant le câble[4].
Lors de la remise de l’appareil à Air Moorea, la compagnie avait spécifié sur la documentation de suivi des pièces que la durée de vie des câbles de gouverne de direction et de profondeur était limitée à un an en raison de l’atmosphère saline[4]. La direction d’Air Moorea a reconnu lors de l’enquête que la documentation de l’avion était incomplète, notamment celle relative au suivi des pièces[4].
Des condamnations pour homicide involontaire
Air Moorea, filiale d’Air Tahiti spécialisée dans les liaisons ultra-courtes entre Tahiti et Moorea, a été dissoute. Ses anciens dirigeants ont été condamnés pour homicide involontaire[1]. Une reconnaissance judiciaire qui n’efface rien, mais qui nomme les responsabilités.
La procédure a connu de nombreux rebondissements : contre-expertises, changement du juge d’instruction, écartement puis réintégration des responsables de l’aviation civile dans l’ordonnance de renvoi[3]. Des pourvois en cassation ont rallongé les délais. Mais au bout du chemin judiciaire, une vérité : on ne meurt pas par accident quand on néglige l’entretien d’un avion.
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À Moorea, on dépose des fleurs, on se tait, on se souvient. Vingt noms gravés dans la pierre. Vingt vies que l’archipel n’oublie pas.
Sources
3 sources · 7 faits vérifiés

