À la veille de son dernier défilé du 14-Juillet, Emmanuel Macron a prononcé son dixième et dernier discours aux armées. Dix ans après une prise de fonction houleuse, le président peut revendiquer d’avoir doublé le budget militaire.
La relation avait mal commencé. Le 12 juillet 2017, le général Pierre de Villiers, alors chef d’état-major des armées, s’était emporté devant la commission de la Défense de l’Assemblée nationale contre les coupes budgétaires envisagées. « Je ne me laisserai pas baiser comme ça ! », avait-il lâché. Le président lui avait sèchement répondu : il était le chef des armées et n’avait aucune leçon à recevoir. Cinq jours plus tard, le général démissionnait.
L’épisode a longtemps éclipsé le contenu de ce premier discours. Avec le recul, le texte apparaît pourtant prémonitoire. Cinq ans avant l’invasion de l’Ukraine, le président évoquait déjà la réaffirmation des politiques de puissance, la souveraineté et la nécessité d’une défense européenne.
De 32 à 64 milliards en une décennie
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Au-delà des mots, l’engagement budgétaire a été tenu. En 2017, Emmanuel Macron promettait de porter l’effort de défense français à 2 % du PIB en 2025. Objectif atteint : la France consacre désormais 2,05 % de son PIB à sa défense, au sens des critères de l’OTAN[1]. Le budget des armées passe de 32 milliards d’euros en 2017 à près de 64 milliards prévus en 2027[4]. Une trajectoire respectée, financée par un effort supplémentaire de 36 milliards d’euros sur la période 2026-2030[3].
| Année | Budget (milliards €) |
|---|---|
| 2017 | 32 |
| 2026 | 57,3 |
| 2027 | 64 |
Source : La Tribune
Cette hausse finance trois priorités. D’abord, l’augmentation des stocks de munitions et le renforcement de la préparation opérationnelle. Ensuite, des moyens supplémentaires pour garantir la souveraineté : alerte avancée, espace, feu dans la très grande profondeur, défense sol-air. Enfin, le rehaussement de la dissuasion nucléaire, en cohérence avec le virage stratégique annoncé en mars, avec la mise en place de la dissuasion avancée[4].
La modernisation des équipements figure parmi les chantiers structurants. Le lancement du futur porte-avions de nouvelle génération, attendu à l’horizon 2038, et la montée en puissance des effectifs illustrent cette trajectoire. Deux milliards d’euros de l’enveloppe supplémentaire seront consacrés au projet de service national[3].
Un 14-Juillet tourné vers l’Europe

Le défilé du 14-Juillet illustre cette nouvelle donne. L’Élysée promet une édition « historique » : davantage de blindés, davantage d’aéronefs et une participation européenne sans précédent. Des avions allemands, britanniques, polonais, italiens, espagnols, scandinaves et croates survoleront les Champs-Élysées. Près de 500 militaires de la Coalition des volontaires défileront devant une trentaine de chefs d’État et de gouvernement réunis à Paris. Le thème retenu, « le réarmement stratégique de la France et le réveil stratégique de l’Europe », résume l’ambition affichée.
Le président l’a rappelé dans son discours : « Avant même que le Sahel ne sombre dans le chaos, avant même que le Proche et Moyen-Orient ne s’enflamment, avant même que la guerre n’arrive sur le sol européen, nous avions amorcé notre réarmement[5]. » La France a anticipé les turbulences et prôné l’autonomie stratégique de la France et de l’Europe avant l’offensive russe en Ukraine.
Autonomie européenne : pourquoi l'industrie de défense peine à décoller
Les limites du projet européen
L’affichage ne masque pas les faiblesses. Une part importante de la hausse des dépenses militaires sur le continent continue d’alimenter les industriels américains plutôt que de renforcer une base industrielle européenne. L’achat récent de missiles Tomahawk par l’Allemagne en est une illustration. Malgré les discours sur l’autonomie stratégique, l’Europe peine à construire une filière de défense réellement intégrée.
Le président lui-même a déploré, lors de son dernier discours, que « nous ne produisions pas assez vite et pas assez fort[2] ». Les engagements budgétaires ont été tenus, mais la question de la capacité industrielle reste ouverte. L’actualisation de la loi de programmation militaire, qui doit être votée avant le 14 juillet par le Parlement, portera l’effort financier total à 400 milliards d’euros entre 2024 et 2030, auxquels s’ajoutent les 36 milliards supplémentaires[5].
Au moment où Emmanuel Macron entre dans la dernière année de son second quinquennat, le renforcement des armées figure parmi les chapitres les plus solides de son bilan. La promesse de doubler le budget a été tenue. L’émergence d’une Europe pleinement autonome sur le plan militaire demeure, elle, un objectif plus qu’un acquis. C’est là que se jouera, au-delà des défilés et des symboles, le véritable héritage stratégique de cette décennie.
Budget des armées : les chiffres du doublement sous Macron
- Le budget des armées passe de 32 milliards d'euros en 2017 à 64 milliards prévus en 2027
- La France consacre 2,05 % de son PIB à sa défense, dépassant l'objectif OTAN de 2 %
- 36 milliards d'euros supplémentaires sur la période 2026-2030, dont 2 milliards pour le service national
- Le futur porte-avions de nouvelle génération est attendu à l'horizon 2038
- Le défilé du 14-Juillet 2026 rassemble une trentaine de chefs d'État et de gouvernement européens
- Une part importante des dépenses européennes de défense alimente encore les industriels américains
Sources
5 sources · 8 faits vérifiés

