Vladimir Poutine menace de saisir des navires occidentaux en réponse aux arraisonnements européens visant la flotte fantôme russe, qualifiant ces opérations de piraterie.
À bord du croiseur lance-missiles Varyag, au large de l’île de Sakhaline, Vladimir Poutine a franchi un nouveau seuil rhétorique ce 12 août. Le président russe a prévenu que Moscou riposterait de manière symétrique si les pays européens poursuivaient les saisies de navires pétroliers soupçonnés d’appartenir à la flotte fantôme utilisée pour contourner les sanctions occidentales. Une déclaration qui intervient après plusieurs opérations françaises, suédoises et britanniques contre ces bâtiments naviguant sous faux pavillons.
Le ton est monté d’un cran. Poutine estime que les autorités de certains pays envisagent de saisir des navires russes et de vendre leur cargaison : il parle de piraterie et de banditisme. Si ces mesures se concrétisent, prévient-il, la Russie répondra là où elle le jugera nécessaire, y compris dans la zone de responsabilité de la flotte du Pacifique. Le ministère russe de la Défense a déjà reçu des instructions en ce sens.
Cette menace s’inscrit dans un contexte de pression croissante sur les exportations russes d’hydrocarbures. Depuis l’offensive russe en Ukraine, Moscou s’est doté d’une flotte fantôme composée de centaines de pétroliers vieillissants, souvent mal assurés, naviguant sous pavillons de complaisance pour échapper aux plafonnements de prix imposés par le G7. Ces navires représentent une source de revenus vitale pour financer l’effort de guerre russe.
Cinq pétroliers arraisonnés par la Marine nationale
La France a intercepté cinq pétroliers depuis 2025. Le Boracay en septembre 2025, le Grinch en janvier, le Deyna en mars, le Tagor fin mai, et enfin le Deliver le 23 juin en Méditerranée centrale[1]. À chaque fois, la Marine nationale s’appuie sur l’article 110 de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer, qui autorise l’arraisonnement en cas de suspicion de fraude au pavillon. Les navires ont pu repartir après le paiement d’une amende par leur propriétaire, mais l’effet dissuasif s’accumule.
Les coûts pour les armateurs deviennent rédhibitoires. Immobilisation des navires, amendes pour faux pavillon, retards de livraison : la multiplication de ces opérations perturbe les modèles économiques de cette flotte parallèle. La France ne cache pas son objectif : rendre ces routes maritimes trop risquées et trop coûteuses pour que Moscou maintienne le système en l’état.
650 navires sous sanctions européennes

L’Union européenne a franchi un cap fin juillet en approuvant son 20e paquet de sanctions. Sous l’impulsion de Paris et de quelques capitales alliées, Bruxelles a placé plus de 650 navires de la flotte fantôme sur liste noire, ainsi que leurs écosystèmes logistiques et financiers[3]. Ces nouvelles mesures ouvrent la voie à la vente du pétrole ou des marchandises saisis sur ces bâtiments, une escalade que Poutine dénonce frontalement.
Les opérations navales EUNAVFOR Irini en Méditerranée centrale et EUNAVFOR Atalanta dans l’océan Indien ont reçu mandat d’arraisonner tout pétrolier suspect. La Marina Militare italienne a ainsi intercepté deux navires, l’un le 20 juillet, l’autre le 2 août, pour des vérifications. La pression s’étend également à la Manche : en juin, le M/V Smyrtos a été intercepté par la Royal Navy après s’être risqué dans les eaux britanniques.
Pourquoi Poutine menace de riposter en mer
La Suède remet un cargo à Kiev
Stockholm a décidé la semaine dernière de remettre à l’Ukraine le cargo Caffa, arraisonné le 6 mars alors qu’il se dirigeait vers Saint-Pétersbourg[1]. Selon Kiev, le navire transportait du blé ukrainien volé dans les territoires occupés. La justice suédoise a rejeté le recours déposé par la société Caffa Shipping Ltd, ouvrant la voie à ce transfert inédit. C’est le premier cas de remise d’un navire directement aux autorités ukrainiennes, une mesure qui franchit un nouveau palier symbolique.
Cette décision illustre le durcissement progressif des instruments européens. Les États membres peuvent désormais interdire le droit de passage en eaux territoriales aux pétroliers qui naviguent sans système d’identification automatique activé, qui transportent du pétrole vendu au-dessus du plafond imposé par le G7, ou qui présentent un risque environnemental. Mais l’application de ces règles reste inégale selon les pays riverains de la Baltique, de la mer du Nord ou de la Méditerranée.
Une guerre hybride en mer

La flotte fantôme russe constitue un élément central de la guerre hybride menée par Moscou. Au-delà du contournement des sanctions, ces navires mal entretenus représentent un danger pour la sécurité maritime et environnementale. Plusieurs d’entre eux naviguent sans assurance valide, avec des équipages peu formés et des coques vieillissantes. Le risque de marée noire en Baltique ou en Méditerranée est réel, et les capitales européennes le savent.
La Grande-Bretagne a prévenu en mars qu’elle arraisonnerait tout navire suspect transitant par ses eaux, forçant les armateurs à emprunter des routes plus longues et financièrement plus coûteuses. La multiplication de ces annonces vise à rendre le modèle économique de la flotte fantôme insoutenable. Mais Moscou n’a pas les moyens d’escorter chaque pétrolier : d’où la menace de Poutine, qui joue sur l’effet dissuasif plutôt que sur une capacité opérationnelle réelle.
Escalade dans le Pacifique
La déclaration de Poutine intervient en marge d’exercices navals dans l’Extrême-Orient russe, une semaine avant des manœuvres militaires conjointes entre les États-Unis et la Corée du Sud, destinées à simuler une éventuelle attaque de la Corée du Nord[2]. Le président russe a choisi de s’exprimer depuis le Varyag, croiseur lance-missiles symbolique, pour souligner que Moscou pourrait agir dans toutes les zones où opère sa marine.
Reste que la capacité de la Russie à mener des représailles navales à grande échelle est limitée. La flotte russe du Pacifique, comme les autres flottes, souffre d’un vieillissement de ses bâtiments et d’une réduction de ses moyens depuis la fin de la guerre froide. Les menaces de Poutine relèvent avant tout de la communication stratégique, destinée à dissuader les Européens de poursuivre leur pression sur la flotte fantôme.
Mais l’effet est déjà tangible. Les armateurs de cette flotte parallèle doivent désormais intégrer le risque d’arraisonnement dans leurs calculs économiques. Et pour la Russie, chaque navire immobilisé, chaque amende payée, chaque cargaison saisie réduit d’autant les revenus pétroliers qui financent l’effort de guerre en Ukraine.
Flotte fantôme russe : les arraisonnements en chiffres
- Vladimir Poutine menace de saisir des navires occidentaux partout dans le monde en réponse aux arraisonnements européens
- La France a intercepté cinq pétroliers de la flotte fantôme russe depuis septembre 2025, tous relâchés après paiement d’amendes
- L’UE a placé plus de 650 navires sous sanctions fin juillet, avec possibilité de vendre les cargaisons saisies
- La Suède remet à l’Ukraine le cargo Caffa, arraisonné le 6 mars et transportant du blé ukrainien volé
- Poutine qualifie ces opérations de piraterie et promet des représailles symétriques, y compris dans le Pacifique
- La Grande-Bretagne et l’Italie ont également arraisonné des navires suspects en Manche et en Méditerranée
Sources
3 sources · 4 faits vérifiés

