L’armée de Terre poursuit le développement de ses capacités robotiques autour du programme Pendragon, du challenge MOBILEX et des expérimentations COHOMA. L’Agence de l’innovation de défense détaille les technologies étudiées et un objectif d’industrialisation à partir de 2028.
Dans une publication du 13 octobre 2026, l’Agence de l’innovation de défense (AID) présente les travaux engagés pour développer la robotique terrestre militaire. Les projets portent notamment sur la mobilité autonome, la coopération entre soldats et machines, le génie et la logistique. Plusieurs équipements sont déjà employés par l’armée de Terre, tandis que d’autres restent en phase d’expérimentation ou de développement technologique.
- Pendragon vise une unité robotique de combat avec industrialisation à partir de 2028.
- L’armée de Terre emploie déjà des robots comme MINIROGEN, SRGR, SMINEX et SDZ pour reconnaissance et déminage.
- MOBILEX et COHOMA travaillent sur l’autonomie en terrain complexe et la coopération homme-machine.
Pendragon vise une unité robotique de combat et une industrialisation à partir de 2028
Lancé en mars 2025, le projet Pendragon constitue l’un des principaux axes de développement de la robotisation terrestre française. Il est conduit conjointement par l’Agence ministérielle pour l’intelligence artificielle de défense (AMIAD) et le Commandement du combat futur (CCF) de l’armée de Terre, avec le soutien de la Direction générale de l’armement (DGA) et de l’AID.
Son objectif est de créer une unité robotique de combat (URC), avec une adoption rapide par les forces et une industrialisation envisagée à partir de 2028. Cette échéance correspond à un objectif de développement industriel, et non à une livraison annoncée de matériels.
Le projet associe les organismes du ministère des Armées engagés dans l’intelligence artificielle et la robotique. Il mobilise également des industriels et des organismes de recherche français. Le Hub Pendragon, créé en juin 2025, doit faciliter cette coopération.
Dans une présentation publiée le 17 avril 2026, l’armée de Terre précisait que Pendragon visait l’expérimentation d’une capacité réunissant une vingtaine de plateformes terrestres et aériennes capables de coopérer de manière autonome. Elle annonçait alors une première démonstration opérationnelle en 2026 et un déploiement initial en 2027.
une unité robotique de combat (URC), avec une adoption rapide par les forces et une industrialisation envisagée à partir de 2028
MINIROGEN, SRGR, SMINEX et SDZ : des capacités robotiques déjà développées pour les forces terrestres
L’AID distingue les capacités robotiques déjà développées avec la DGA et employées par l’armée de Terre des projets encore expérimentaux. Les premiers équipements concernent notamment la reconnaissance, le déminage et la dépollution.
Plusieurs systèmes illustrent cette évolution :
- MINIROGEN : un moyen robotisé de reconnaissance.
- SRGR : une plateforme robotisée destinée au renseignement.
- SMINEX : les systèmes mobiles d’intervention EOD et NEDEX, destinés aux interventions sur les engins explosifs.
- SDZ : un système de dépollution de zones.
- AUROCHS : un robot tactique polyvalent développé par l’Institut Saint-Louis et faisant l’objet d’expérimentations.
Les systèmes SMINEX et SDZ ont notamment été présentés lors du salon Eurosatory 2026. Leur développement s’inscrit dans la modernisation des moyens robotisés du génie.
Selon l’AID, les premières générations de robots étaient principalement téléopérées à courte distance. Les évolutions portent désormais sur l’intégration de capteurs, de moyens de communication et de fonctions d’assistance permettant d’accroître leurs capacités.
MOBILEX et COHOMA travaillent sur la mobilité autonome et la coopération homme-machine
La mobilité autonome en terrain complexe reste l’un des principaux défis techniques de la robotique terrestre. Contrairement aux environnements structurés, les terrains naturels présentent des obstacles difficiles à identifier et à franchir automatiquement.
L’AID cite notamment les fossés, les trous, les pentes, les dévers, les grillages et la végétation. La nature des sols et leur capacité à supporter le passage d’un véhicule constituent également des paramètres déterminants.
Les communications représentent une autre difficulté. Les reliefs et les zones boisées peuvent dégrader les liaisons nécessaires au pilotage et à la supervision des robots. Les travaux portent aussi sur leur fonctionnement sous la pluie, dans le brouillard, en présence de brouillage ou lorsque des capteurs sont défaillants.
Le challenge MOBILEX, coordonné par l’AID avec l’Agence nationale de la recherche, l’Agence de l’innovation des transports et le Centre national d’études spatiales, vise à améliorer l’autonomie individuelle des robots, particulièrement leurs capacités de déplacement.
Le challenge COHOMA, organisé par le Battle Lab Terre, porte pour sa part sur la coopération homme-machine et l’expérimentation de nouveaux concepts d’emploi.
Ces initiatives s’appuient sur les travaux de recherche conduits notamment dans les projets Furious et iMUGS. Leurs résultats contribuent aux développements de RAMBO T1 et du programme à effet majeur Robotisation du combat terrestre.
L’AID souligne que la téléopération reste actuellement la solution la plus robuste lorsque la maturité des fonctions autonomes est insuffisante. L’intégration d’assistances embarquées doit également permettre de réduire la charge de travail des opérateurs.
DROIDE et le programme de robotisation du combat terrestre structurent les développements
Les recherches sur l’autonomie s’inscrivent dans plusieurs dispositifs complémentaires. Le projet de technologie de défense DROIDE, pour Dispositif contractuel pour allier la robotique terrestre à l’innovation de défense, contribue à la maturation des technologies critiques.
Le programme à effet majeur consacré à la robotisation du combat terrestre vise, quant à lui, le développement de capacités robotisées destinées aux forces.
À terme, l’objectif présenté par l’AID est de disposer de systèmes terrestres interopérables et résilients, capables de fonctionner dans des environnements dégradés. Certaines fonctions pourraient atteindre un niveau d’autonomie permettant d’exécuter des tâches spécifiques sans intervention humaine directe.
Le ministère maintient toutefois le principe de responsabilité humaine dans les décisions et le contrôle des effets produits. Les niveaux d’autonomie doivent être adaptés aux besoins, aux contraintes techniques et au cadre juridique et éthique applicable.
Une journée consacrée aux projets robotiques du génie, de la cavalerie et de la logistique
Le 23 septembre 2026, l’AID a organisé une journée thématique consacrée à la robotique terrestre. Introduite par son directeur, Adrien Facon, elle a permis de présenter plusieurs projets ministériels et industriels.
Parmi les initiatives militaires figuraient le projet européen Collaborative Autonomous Robots (CARMA) de la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris, le projet de mine mobile sur plateforme robotique Heimdall du 2e régiment étranger de génie et le projet RIC2RIC du 501e régiment de chars de combat, consacré à un robot d’innovation et d’instruction pour la cavalerie.
Les présentations ont également porté sur Bipaide, un concept de caddie tout-terrain, ainsi que sur le robot Marianne, issu d’un makeathon de l’Agence européenne de défense.
La journée a réuni plusieurs entreprises, dont Ahive, VR Technologies, Heracles-Robotics, Ivyspec et Hive Robotics. Les ateliers ont notamment abordé la robotisation de plateformes existantes, l’évacuation des blessés et la protection des emprises militaires.
Les recherches universitaires étaient également représentées, avec des travaux consacrés à la composition de flottes robotiques et à la navigation visuelle autonome en l’absence de GPS et de communications.
Cette rencontre a permis à l’AID de rapprocher les projets des forces, les recherches académiques et les propositions industrielles, en complément des expérimentations MOBILEX, COHOMA et Pendragon.


