Vendredi 10 juillet, l’Assemblée de la Polynésie française a rejeté une seconde fois le collectif budgétaire du gouvernement Brotherson. Vingt-et-une voix contre, dix-sept pour, dix-huit abstentions. Un échec qui s’ajoute à un premier rejet, et qui installe le territoire dans un bras de fer institutionnel dont personne ne voit la sortie. À Papeete, dans les couloirs du Palais de l’Assemblée, la question n’est plus de savoir si le blocage va s’arrêter, mais combien de temps il va durer.
Au cœur du différend : le report des crédits de paiement de 2025 sur la gestion 2026. Un texte technique, un enjeu politique explosif. Face au refus répété des élus, le président Moetai Brotherson a engagé l’article 156-1 du statut d’autonomie, un outil juridique qui lui permet de forcer l’adoption du collectif sans passer par un vote. La mesure débloque temporairement la situation, mais elle ne règle rien sur le fond. Si aucune motion de renvoi n’est déposée dans les prochains jours pour contrer cette décision, le dysfonctionnement entre gouvernement et Assemblée risque de se prolonger jusqu’aux prochaines élections, prévues en 2028.
Sauf si l’on décide de ne pas attendre jusque-là.
L’option d’un renouvellement de l’Assemblée avant 2028
Pour sortir de cette impasse, une procédure existe : l’article 157-1 du statut d’autonomie. Cette disposition exceptionnelle permet au gouvernement, avec l’accord du président de la République, de demander un renouvellement anticipé de l’Assemblée. Pas une dissolution brutale, mais un scrutin organisé dans les trois mois, pendant que l’Assemblée continue de siéger. Une façon de trancher le conflit sans vide juridique ni expédition des affaires courantes[1].
Alain Moyrand, juriste spécialiste en droit public, le résume ainsi : dans un régime parlementaire comme celui de la Polynésie française, quand la crise politique s’installe, on demande aux électeurs de trancher. Soit ils reconduisent la majorité du président, soit ils la désavouent et donnent les clés à d’autres partis. C’est le principe même du parlementarisme : quand les institutions se bloquent, c’est le peuple qui arbitre.
Mais l’expert prévient aussi : si le blocage se durcit, si plus aucun texte ne passe et que la continuité des services publics est mise en péril, alors le chef de l’État serait conduit à procéder à la dissolution pure et simple de l’Assemblée. Un scénario plus violent, synonyme d’interruption du mandat en cours et de paralysie administrative.
Papeete dans l’attente d’une motion de renvoi
Pour l’instant, ni l’article 157-1 ni la dissolution n’ont été évoqués par Moetai Brotherson. Le président attend. Une possible motion de renvoi pourrait être déposée dans les jours à venir pour contester l’usage de l’article 156-1. Si elle passe, le conflit repart de plus belle. Si elle échoue, le gouvernement garde la main, mais sans majorité claire pour gouverner.
Le territoire est pris dans un paradoxe : le budget 2026, adopté en urgence le mois dernier par 38 voix pour et 12 abstentions après seulement un jour de débat, avait pourtant semblé passer sans encombre. Le gouvernement parlait alors de « continuité », de réponse aux « besoins réels » de la population. Mais ce collectif budgétaire, portant sur le report des crédits 2025, n’a pas bénéficié du même consensus. L’opposition n’a pas déposé d’amendement, mais elle a refusé de voter le texte[1].
Résultat : la Polynésie française entre dans la seconde moitié de l’année 2026 avec un gouvernement en place, une Assemblée hostile, et un calendrier politique suspendu à une décision qui n’a pas encore été prise. Les élections municipales sont prévues pour les 15 et 22 mars 2026, dans toutes les communes de l’archipel. Mais c’est bien l’Assemblée territoriale, et son renouvellement éventuel, qui cristallise toutes les tensions.
À Papeete, dans les mairies des Tuamotu ou des Marquises, personne ne sait encore si l’on votera deux fois cette année, ou une seule. Ce qui est certain, c’est que la crise institutionnelle n’est plus un accident de parcours : elle est devenue le cadre dans lequel le territoire fonctionne, ou tente de fonctionner.
Sources
1 source · 2 faits vérifiés

