Un chiffre, une directive du ministère de la Justice, et des conséquences immédiates dans les deux tribunaux de l’île. À La Réunion, 1 050 procédures pour violences sexuelles sur mineurs ont été réexaminées depuis l’affaire Lyhanna, qui avait révélé des dysfonctionnements graves dans le traitement des plaintes. Résultat de cette relecture : huit personnes placées en détention provisoire dans le ressort du tribunal de Saint-Pierre, dix informations judiciaires ouvertes, et un système judiciaire sous pression qui tente d’accélérer la cadence.
Le ministre de la Justice avait demandé à tous les procureurs de France de reprendre l’ensemble des dossiers en stock. À La Réunion, cela représentait 1 392 affaires au total. Sur ce stock, 1 050 ont été passées au crible, soit 75 % des procédures en cours dans les deux juridictions de Saint-Denis et Saint-Pierre. Les magistrats avaient jusqu’au 15 juillet pour boucler ce travail colossal. La conférence de presse organisée le 22 juillet à la cour d’appel de Saint-Denis a confirmé les chiffres déjà publiés quelques jours plus tôt.
Dans le Sud, le parquet de Saint-Pierre a réexaminé 349 procédures. Dix informations judiciaires ont été ouvertes, huit personnes ont été écrouées. À Saint-Denis, 249 dossiers ont été relus. Les plaintes provenaient de deux canaux : 718 déposées auprès de la police nationale, 607 auprès de la gendarmerie. L’objectif de cette revue exhaustive, selon le ministère, était de repérer les situations d’urgence, d’identifier les victimes encore mineures, de détecter les auteurs à risque de récidive.
280 nouvelles saisines au premier semestre 2026
Les chiffres ne baissent pas. Au premier semestre de cette année, 280 nouveaux procès-verbaux ont été ouverts pour viols ou agressions sexuelles sur mineurs[1]. Cela représente 46 nouvelles saisines par mois, un volume qui alimente un stock déjà lourd. Le délai de traitement moyen d’une procédure tournait autour de sept mois et demi avant l’affaire Lyhanna. Il est redescendu à six mois depuis, mais l’enjeu reste de maintenir le flux, de sortir les dossiers avant qu’ils ne s’enlisent.
La question est simple : comment traiter plus vite, avec les mêmes moyens, un afflux constant de nouvelles plaintes ? Le général commandant la gendarmerie à La Réunion l’a rappelé lors de la conférence de presse : la responsabilité partagée, c’est d’assurer une information complète entre les services. Le nombre de procédures n’équivaut ni au nombre de faits constatés, ni au nombre de victimes. Une affaire peut concerner plusieurs enfants, un même mis en cause peut faire l’objet de plusieurs plaintes.
Harmonisation des pratiques et manque d’experts
Le suivi des enquêtes devrait être amélioré. Un point sera désormais fait tous les trois mois sur les dossiers les plus sensibles. Les pratiques entre Saint-Denis et Saint-Pierre devront être harmonisées, les délais réduits. Deux problèmes structurels sont pointés : le renvoi de certaines procédures d’audition des mineurs, et surtout le manque criant d’experts médicaux et psychologiques pour réaliser les examens.
Un groupe de travail réunissant les deux parquets va être mis en place. Il devra plancher sur le renforcement des effectifs, l’organisation des greffes, la formation des magistrats et un meilleur accompagnement des victimes. L’objectif : accélérer le traitement de ces affaires sans sacrifier la qualité de la prise en charge.
Au niveau national, la revue des plaintes a conduit à l’ouverture de 1 350 informations judiciaires, soit une hausse de 309 %, et à 675 incarcérations, soit + 173 %. Tout cela dans un contexte de surpopulation carcérale chronique. À La Réunion comme ailleurs, la justice tente de rattraper le temps perdu. Reste à savoir si les moyens suivront.
Sources
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