Paris décale la livraison de 20 Rafale de deux ans pour les produire directement au standard F5, aligné sur le missile nucléaire ASN4G qui équipera la dissuasion aéroportée en 2035.
Le projet d’actualisation de la Loi de programmation militaire 2024-2030 ne modifie pas le format de combat : 225 avions au total, dont 185 pour l’armée de l’Air et de l’Espace et 40 pour la Marine nationale. Le budget hors pensions grimpe à près de 80 milliards d’euros par an en 2030, le double du niveau constaté début 2024. L’effort porte sur les munitions, les drones, la défense sol-air et plusieurs programmes navals. Mais la flotte de chasse reste inchangée.
Les 36 milliards d’euros de ressources budgétaires supplémentaires prévus sur 2024-2030 visent d’abord à corriger les manques. Un plan de 8,5 milliards d’euros d’ici 2030 reconstitue les stocks de munitions et multiplie certaines lignes de production. Dans ce cadre, la 5e tranche de production du Rafale, notifiée à Dassault Aviation en décembre 2023, devait livrer 42 avions au standard F4 à partir de 2027. Parmi eux, 12 compensent les appareils cédés à la Croatie.
Vingt avions repoussés de 2031 à 2033 pour le standard F5
Le projet d’actualisation repousse désormais 20 de ces avions de 2031-2032 à 2033-2034. Ils sortiront directement au standard F5, encore en phase de levée de risque. Ce décalage répond à une contrainte précise : équiper les Forces aériennes stratégiques, composante aéroportée de la dissuasion nucléaire française, avant 2035[1].
Le Rafale F5 devra emporter le futur missile Air-Sol nucléaire de quatrième génération, dit ASN4G. La Direction générale de l’armement française a notifié MBDA, le 2 juin 2026, l’accord-cadre de développement de ce missile[1]. Il remplacera l’ASMPA modernisé autour de 2035 au sein des Forces aériennes stratégiques et de la Force aéronavale nucléaire.
Le calendrier se resserre : le standard F5 doit entrer en service vers 2030, avec au moins 47 Rafale dans cette configuration d’ici 2035 pour l’armée de l’Air et de l’Espace et la Marine nationale[3]. Le décalage de 20 avions permet de synchroniser la montée en puissance du missile et celle de la plateforme. Les rapporteurs parlementaires Jean-Louis Thiériot et Yannick Chenevard ont relié cette décision au renouvellement des capacités nucléaires[1].
Pas de commande supplémentaire : 286 Rafale, un cumul de livraisons

Le chiffre de 286 Rafale, apparu dans les documents budgétaires 2026, a semé la confusion. Il ne traduit aucun élargissement de la flotte. Emmanuel Chiva, directeur général de l’Armement, l’a précisé devant les parlementaires : ce chiffre comptabilise l’ensemble des Rafale produits ou livrés, y compris les exports vers la Grèce et la Croatie, ainsi que les remplacements d’appareils perdus en accidents[4].
Sébastien Lecornu, alors ministre des Armées, avait évoqué l’acquisition d’une trentaine d’appareils supplémentaires (vingt pour l’armée de l’Air et dix pour la Marine) afin de répondre à l’intensification des missions et à l’usure du matériel[2]. Cette perspective ne figure pas dans le budget 2026. Seuls deux avions seront commandés en 2026 pour remplacer les deux Rafale perdus lors d’une collision en vol en août 2024[2]. La cible opérationnelle demeure fixée à 225 Rafale.
L’armée de l’Air et de l’Espace exploite actuellement environ 100 Rafale, 67 Mirage 2000D dont 55 modernisés sous le programme RMV, et une trentaine de Mirage 2000-5F, dont certains seront transférés en Ukraine[1]. D’ici 2035, la flotte sera unifiée autour du seul Rafale.
Pourquoi Paris repousse 20 Rafale à 2033
Modernisation F4 et F5 : 1,5 milliard d’euros en 2026
Le ministère des Armées poursuit la modernisation du Rafale. Plus de 1,5 milliard d’euros seront consacrés au programme en 2026[2]. Le standard F4, introduit en 2026, apporte une connectivité renforcée, des capacités de combat en réseau et des capteurs améliorés. L’intégration de nouvelles capacités de neutralisation des défenses ennemies (SEAD) et l’extension de la connectivité mobilisent une partie des crédits. Les centres d’essais de la DGA reçoivent également des investissements techniques.
Le standard F5 entre formellement en phase de développement. Il vise à renforcer l’efficacité opérationnelle dans les missions de combat aérien avancé, d’opérations en réseau et de dissuasion nucléaire. L’appareil sera conçu pour collaborer avec un drone de combat non habité (UCAV), dérivé du démonstrateur nEUROn de Dassault. Ce drone agira comme équipier loyal (loyal wingman) du chasseur piloté[1].
Le 13 juillet 2026, Dassault Aviation et Harmattan Artificial Intelligence ont annoncé un vol d’essai au cours duquel un Rafale F4 a piloté un drone équipé de la charge utile de guerre électronique Namib. Cette démonstration rapproche le Rafale F4 des chasseurs de cinquième génération, comme le F-35, dans les environnements à déni d’accès[1].
| Force | Nombre d’avions |
|---|---|
| Armée de l’Air et de l’Espace | 185 |
| Marine nationale | 40 |
| Total | 225 |
Source : AeroTime
Infrastructures et coopération nucléaire européenne

Les documents budgétaires confirment la poursuite des investissements dans les infrastructures de Saint-Dizier, Mont-de-Marsan et Orange pour l’armée de l’Air et de l’Espace, ainsi qu’à Landivisiau pour la Marine nationale. Ces bases accueilleront notamment les installations nécessaires à un nouvel escadron de chasse[1].
En parallèle, la France engage une coopération nucléaire inédite avec l’Allemagne. Le 17 juillet 2026, un Rafale à capacité nucléaire a été accueilli pour la première fois sur la base allemande de Nörvenich, près de Cologne, à l’occasion du Conseil franco-allemand de défense et de sécurité[5]. La veille, des Rafale français avaient été ravitaillés en vol aux côtés d’Eurofighter allemands, dans un geste symbolique d’ouverture de la coopération stratégique nucléaire.
Cette coopération prévoit la participation de l’Allemagne à des exercices nucléaires français, dont la manœuvre Poker programmée en septembre. La souveraineté sur les armes et toute décision d’emploi des bombes restent à Paris, mais des tâches conventionnelles peuvent être assumées par Berlin et d’autres alliés dans le cadre d’une doctrine de dissuasion avancée[5]. Le président Macron voit l’Allemagne jouer un « rôle d’avant-garde » dans la dissuasion européenne.
Paris prévoit aussi la mise en place d’un système européen d’alerte précoce contre les attaques de missiles d’ici 2035. Cette révision du programme s’inscrit dans un contexte marqué par la guerre en Ukraine, la crise au Moyen-Orient et les doutes sur les garanties de sécurité américaines à long terme pour l’Europe[3].
Rafale 2026 : décalage, standard F5 et dissuasion nucléaire
- 20 Rafale de la 5e tranche repoussés de 2031-2032 à 2033-2034, au standard F5
- Accord-cadre ASN4G notifié à MBDA le 2 juin 2026, entrée en service prévue en 2035
- La flotte reste fixée à 225 avions : 185 pour l'armée de l'Air, 40 pour la Marine
- 286 Rafale mentionnés dans les documents budgétaires : chiffre cumulé incluant exports et remplacements
- Plus de 1,5 milliard d'euros consacrés à la modernisation Rafale F4 et F5 en 2026
- Premier accueil d'un Rafale à capacité nucléaire sur la base allemande de Nörvenich le 17 juillet 2026
Sources
5 sources · 15 faits vérifiés

