Les incendies qui ravagent la Gironde depuis le 22 juillet ont stoppé la production du Rafale. L’usine de Mérignac est à l’arrêt, 46 milliards d’euros de commandes en suspens.
Le lundi 27 juillet 2026, Dassault Aviation a fermé son site d’assemblage final de Mérignac, près de Bordeaux. Les flammes qui ont déjà consumé 42 000 hectares à l’ouest de la ville ont forcé l’évacuation de 23 communes et conduit l’avionneur à transférer « un certain nombre d’équipements sensibles » vers la base aérienne 106, en coopération avec la direction générale de l’armement et la préfecture. Les salariés des sites de Mérignac et de Martignas-sur-Jalle restent chez eux, sauf les équipes chargées de la protection des installations et des transferts de matériels.
Aucune date de reprise n’a été communiquée par l’entreprise ni par la DGA. L’incendie, parti de Saumos, au nord du bassin d’Arcachon, a blessé 88 pompiers et détruit 240 habitations au 27 juillet au soir. Près de 220 000 personnes ont été évacuées préventivement.
Mérignac, unique chaîne d’assemblage final du Rafale
L’usine de Mérignac occupe une place centrale dans la production du Rafale : elle abrite l’assemblage final et les essais en vol de l’avion de combat, ainsi que la ligne des jets d’affaires Falcon[1]. Chaque Rafale commandé dans le monde sort de cette unique chaîne. Martignas-sur-Jalle, également concernée par les mesures d’évacuation, produit les aérostructures. Le centre logistique de Cestas a lui aussi été vidé d’une partie de ses équipements.
L’arrêt de Mérignac bloque les livraisons, pas seulement la cadence : le site est le dernier maillon d’une chaîne qui débute par la fabrication de composants et de sous-ensembles à Seclin, puis à Cergy, usine ouverte en septembre 2025. Toute pause à Mérignac interrompt les transferts aux clients.
46,6 milliards d’euros de commandes en attente

Le carnet de Dassault Aviation comptait 220 Rafale en attente au début de l’année 2026, pour un montant total de 46,6 milliards d’euros. L’entreprise avait livré 26 appareils en 2025 et visait 28 en 2026, en route vers une cadence de quatre Rafale par mois en 2028, puis cinq en 2030[1]. Cette montée en puissance reste bridée par les tensions d’approvisionnement : Dassault a reconnu que le rythme de trois appareils par mois demeure hors d’atteinte à cause des contraintes de la chaîne logistique.
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| Année | Livraisons | Objectif |
|---|---|---|
| 2025 | 26 | 25 |
| 2026 | — | 28 |
| 2028 | — | 48 (4/mois) |
| 2030 | — | 60 (5/mois) |
Source : BuzzArena
L’interruption intervient au pire moment : la montée en cadence devait permettre d’absorber les contrats export signés ces trois dernières années. Chaque jour d’arrêt repousse les livraisons et dégrade la position de l’avionneur face à ses concurrents, en particulier le F-35 américain qui continue de produire malgré les tensions géopolitiques.
Pourquoi l'arrêt de Mérignac fragilise la filière Rafale
Risque industriel étendu à l’ensemble de la filière aéronautique
L’impact du feu ne se limite pas à Dassault. Airbus Atlantic a évacué son usine de Salaunes le 24 juillet sur ordre des autorités, alors que le front du feu se trouvait à quatre kilomètres[3]. Le site fabrique des panneaux de fuselage pour l’A220 et des composants structurels de l’A350. Safran a basculé une partie de ses effectifs de Mérignac en télétravail. Plusieurs installations classées Seveso (pétrochimie, énergie, chimie) ont activé leurs procédures d’urgence ou sont placées sous surveillance renforcée.
Le ministre de l’Économie, Roland Lescure, a déclaré que plus de 13 000 entreprises de Gironde étaient affectées par les incendies[5], beaucoup ayant suspendu leur activité ou évacué leurs locaux. Les zones industrielles de Cestas, Saint-Jean-d’Illac, Saint-Médard-en-Jalles, Martignas-sur-Jalle et Mérignac concentrent des installations d’ArianeGroup, Airbus Atlantic, Thales et Safran. Aucune catastrophe industrielle majeure n’a été signalée, mais l’alerte demeure maximale.
L’aéroport de Bordeaux opérationnel, l’A400M engagé

L’aéroport de Bordeaux-Mérignac, qui partage ses pistes avec la base aérienne 106, restait pleinement opérationnel le 26 juillet, avec priorité donnée aux vols au départ. Les hôtels situés à proximité immédiate ont été évacués par arrêté préfectoral[3]. La France a engagé un Airbus A400M équipé d’un kit expérimental de largage de retardant le 25 juillet, première mission opérationnelle de lutte contre les feux pour cet appareil.
Les autorités n’ont pas communiqué d’estimation sur la durée de l’arrêt de Mérignac. La préfecture de Gironde rapportait, au 27 juillet au soir, un périmètre de 42 000 hectares brûlés. Le feu était parti cinq jours plus tôt près de Saumos, au nord du bassin d’Arcachon.
Un contexte de montée en puissance contrariée
La suspension de Mérignac s’inscrit dans une séquence déjà tendue pour Dassault Aviation. La chaîne logistique mondiale peine à suivre le rythme de commandes civiles et militaires depuis 2024. Les retards sur les livraisons d’équipements avioniques, les pénuries de composants électroniques et les difficultés de recrutement ont conduit l’entreprise à revoir ses objectifs de cadence à plusieurs reprises.
Les contrats export du Rafale (notamment avec l’Indonésie, l’Égypte, les Émirats arabes unis et la Grèce) comportent des clauses de pénalités en cas de retard. L’arrêt de production, même de courte durée, risque de générer des renégociations et d’affaiblir la crédibilité du calendrier industriel français face aux concurrents américains et européens.
Aucune communication officielle de Dassault Aviation n’a été diffusée depuis le 27 juillet. L’entreprise a indiqué travailler « en coopération étroite » avec la DGA et les autorités préfectorales, sans détailler les volumes d’équipements transférés ni les mesures de protection mises en œuvre sur les sites évacués[4].
Incendies de Gironde : ce qu'il faut retenir
- Le site de Mérignac abrite l'unique chaîne d'assemblage final du Rafale dans le monde
- Dassault a transféré des équipements sensibles vers la base aérienne 106, sans préciser lesquels
- L'incendie a démarré le 22 juillet 2026 près de Saumos, au nord du bassin d'Arcachon
- Le carnet de commandes Rafale atteint 46,6 milliards d'euros pour 220 appareils
- Airbus Atlantic a évacué son usine de Salaunes, qui produit des panneaux A220 et des pièces A350
- Aucune date de reprise de production n'a été annoncée par Dassault ni par la DGA
Sources
4 sources · 6 faits vérifiés

