Airbus enregistre 2,2 milliards d’euros de bénéfice net au premier semestre 2026, porté par l’accélération des livraisons d’avions commerciaux et la fin de la pénurie de moteurs Pratt & Whitney.
Le géant de Toulouse vient de publier des résultats qui marquent un tournant après deux ans de turbulences. Le bénéfice net bondit de 47 %, atteignant 2,2 milliards d’euros sur les six premiers mois de l’année. Le chiffre d’affaires progresse de 12 %, à 33,2 milliards d’euros, dont 6,3 milliards dans la défense.
Cette remontée tient surtout à la reprise des livraisons d’avions commerciaux au deuxième trimestre. Entre avril et juin, le rythme de sortie des chaînes d’assemblage s’est nettement redressé par rapport au début d’année. Le premier trimestre avait été freiné par la pénurie de moteurs de l’américain Pratt & Whitney, qui paralysait une partie des appareils prêts à sortir d’usine.
Au cours d’une conférence de presse téléphonique, Guillaume Faury, directeur général d’Airbus, a tranché : « Nous continuons d’être engagés dans un différend concernant le nombre de moteurs qu’ils ont promis en 2025 de fournir pour 2026 et 2027, mais nous avons désormais stabilisé avec eux ce nombre de moteurs. Ce n’est plus un sujet pour 2026. » Il anticipe même « une situation bien plus normalisée avec Pratt & Whitney » au-delà de fin 2027.
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| Indicateur | Montant (S1 2026) | Évolution |
|---|---|---|
| Bénéfice net | 2,2 milliards € | +47 % |
| Chiffre d’affaires total | 33,2 milliards € | +12 % |
| Chiffre d’affaires défense | 6,3 milliards € | +6 % |
| Bénéfice net T2 seul | 1,7 milliard € | +126 % |
| Chiffre d’affaires T2 seul | 20,5 milliards € | +28 % |
Source : AFP / Orange Actu
351 appareils livrés au premier semestre, record de 870 visé cette année
Le 8 juillet, Airbus a annoncé avoir livré 351 appareils au premier semestre, soit 15 % de plus que l’année précédente[1]. Ce chiffre renforce la confiance de Guillaume Faury : « Cela renforce notre confiance dans nos performances futures. »
Les livraisons d’avions concentrent toujours l’attention des analystes. Les compagnies aériennes acquittent la majeure partie du prix d’achat au moment de la réception de l’appareil, ce qui fait du calendrier de livraison un indicateur direct de la santé financière de l’avionneur.
Pour 2026, Airbus vise 870 livraisons annuelles. Ce serait un nouveau record, dépassant les 863 appareils livrés en 2019. Mais ce cap dépend des capacités de ses motoristes. Par le passé, l’avionneur avait déjà raté ses objectifs à cause de retards de CFM, la coentreprise de Safran et GE Aerospace, dont les moteurs Leap équipent environ 60 % des A320neo.
Le mois de juin a vu l’inauguration d’une seconde chaîne d’assemblage pour l’A320 dans l’usine de Blagnac, à côté de Toulouse. C’est l’avion monocouloir le mieux vendu du catalogue. Airbus, qui emploie près de 170 000 personnes, assemble désormais des avions sur huit autres chaînes dans le monde, en Allemagne, en Chine et aux États-Unis.
Crise moteurs GTF : une sortie progressive attendue d’ici fin 2027

La pénurie de moteurs Pratt & Whitney a marqué les deux dernières années. Elle touchait surtout les A320neo et les A221, équipés de turbofans GTF (geared turbofan) de la série PW1000G. Ces moteurs ont souffert de problèmes de fiabilité répétés : usure prématurée de composants métalliques, fissures, corrosion. Des centaines d’appareils neufs ou quasi neufs sont restés cloués au sol, attendant des inspections ou des pièces de rechange.
Les ateliers de maintenance ont été submergés. Les compagnies aériennes se sont retrouvées en compétition non plus pour des avions ou des créneaux horaires, mais pour des slots d’inspection moteur[2]. Certaines ont dépouillé des appareils neufs de leurs moteurs pour en équiper d’autres avions en service, créant des « gliders », des avions sans propulsion dont la valeur marchande était devenue inférieure à celle de leurs moteurs.
Selon Pratt & Whitney, le nombre d’avions cloués au sol pour raisons GTF a déjà baissé d’environ 15 % par rapport à fin 2025. La production des ateliers de maintenance a augmenté de 23 % sur un an, et les délais de visite lourde ont été réduits de 20 %.
En avril 2026, le motoriste a franchi une étape clé : le nouveau GTF Advantage, version améliorée du moteur, a reçu sa certification EASA pour les A320neo et A321neo[3]. La production a commencé. L’entrée en service est prévue avant la fin de l’année, et Pratt & Whitney compte basculer toute sa production sur cette version d’ici la première moitié de 2028.
RTX, maison-mère de Pratt & Whitney, a injecté plus de 400 millions de dollars dans son outil industriel rien que sur les quatre premiers mois de 2026. Cela comprend 200 millions pour l’expansion de capacités de forgeage en Géorgie, 100 millions pour l’extension d’un site en Pologne, et plus de 100 millions répartis entre des ateliers de maintenance au Texas, en Floride et en Arkansas.
Pour l’A220, la situation s’est aussi améliorée. Airbus estime qu’entre 2 % et 3 % de la flotte mondiale reste affectée par la saga des moteurs, contre bien plus l’an dernier[4]. Tous les appareils cloués devraient revoler d’ici la fin de l’année. Les avions encore au sol ne le seraient plus pour des raisons de moteur, mais pour des maintenances lourdes programmées ou des stockages.
Les compagnies les plus touchées, comme SWISS International Air Lines, EgyptAir ou Air Austral, avaient dû immobiliser l’intégralité de leur flotte d’A220 à certains moments. Ces flottes reprennent progressivement du service. La maturité technique du moteur rejoint désormais celle de référence de la famille A320, et la fiabilité s’est stabilisée après une série de modifications de conception.
Pourquoi Airbus redémarre après deux ans de crise moteur
Un marché mondial en croissance continue, Boeing toujours en retard
Début juillet, Airbus a estimé que le trafic aérien mondial de passagers allait plus que doubler dans les vingt prochaines années. En 2025, 23 310 appareils de plus de 100 places étaient en service dans le monde. D’ici 2045, Airbus en prévoit 45 550. Près de 20 000 avions devraient être remplacés, et plus de 22 000 s’ajouter à la flotte actuelle, soit un total d’environ 42 000 avions à livrer.
Le marché se partage entre deux constructeurs. En 2025, ils en ont livré un peu moins de 1 400 : 793 pour Airbus, 600 pour Boeing. L’Américain accumule les retards de production, notamment sur le 737 MAX et le 787 Dreamliner, plombés par des problèmes de qualité et de certifications.
Au salon aéronautique de Farnborough, qui s’est achevé la semaine dernière au Royaume-Uni, Boeing s’est imposé face à Airbus en termes de commandes : 173 commandes fermes et options exercées pour l’Américain, contre 154 pour l’Européen. Mais ces chiffres ne disent pas tout : Airbus affiche un carnet de commandes qui dépasse les trois ans de production, tandis que Boeing peine à stabiliser ses chaînes d’assemblage.
Le flux de trésorerie disponible d’Airbus a été positif au deuxième trimestre, à 1,3 milliard d’euros. Sur l’ensemble du semestre, il reste négatif de 1,2 milliard, mais cette inversion au T2 témoigne de la normalisation progressive des cadences et de la chaîne de paiement.
Pour Airbus, 2026 s’annonce comme l’année du retour à un rythme industriel soutenu, libéré des contraintes moteur qui ont bridé la production depuis 2024. Reste à tenir la promesse des 870 livraisons, un cap qui passe par la fiabilité des motoristes et la fluidité de toute la supply chain.
Airbus 2026 : les chiffres du rebond
- Airbus affiche 2,2 milliards d'euros de bénéfice net au premier semestre 2026, en hausse de 47 %
- Guillaume Faury déclare que la pénurie de moteurs Pratt & Whitney « n'est plus un sujet en 2026 »
- L'avionneur a livré 351 appareils au S1, soit 15 % de plus qu'en 2025, et vise 870 livraisons cette année
- Le nouveau moteur GTF Advantage a reçu sa certification EASA en avril 2026
- Tous les A220 cloués au sol pour raisons moteur devraient revoler d'ici fin 2026
- Airbus prévoit 42 000 avions à livrer dans le monde d'ici 2045
Sources
4 sources · 4 faits vérifiés

