Dans deux semaines, le port de Longoni change de mains. Le 1er septembre 2026, c’est le Département qui prendra les commandes, à travers un établissement public qu’il vient de créer. Hier, mercredi 19 août, à Mamoudzou, les deux élues qui pilotent cette reprise ont affiché leur sérénité : oui, le Département est prêt.
La décision n’a rien de libre. Elle découle d’un jugement du tribunal administratif, qui a ordonné la résiliation anticipée de la délégation de service public confiée à la société Mayotte Channel Gateway (MCG), de la femme d’affaires Ida Nel. Cette délégation devait courir jusqu’à fin 2027, mais la justice a tranché en juin 2025, confirmé en appel en juin 2026 : manquements répétés, transmission incomplète de documents, déficit de contrôle. La cour administrative d’appel de Bordeaux a fixé une échéance claire : le 1er septembre 2026.
Longoni, ce n’est pas un équipement secondaire. Plus de 100 000 conteneurs transitent chaque année par ce port. Toute l’île dépend de lui pour son approvisionnement. Un trou d’air dans sa gestion, et c’est toute l’économie mahoraise qui vacille. Alors, quand le Département annonce qu’il va reprendre en main un outil aussi stratégique, les habitants scrutent : le fameux « conseil gère mal » va-t-il être à la hauteur cette fois ?
Zamimou Ahamadi et Mariame Saïd Kalam, respectivement vice-présidente du Département chargée des finances et conseillère de Sada-Chirongui, ont tenu conférence de presse après la troisième réunion du conseil d’administration de l’Établissement public du port de commerce de Mayotte (EPPCM), nouvelle appellation de l’organisme qui succède à MCG. Les deux femmes ont rappelé que l’Assemblée de Mayotte a délibéré et tranché : créer un établissement public à caractère industriel et commercial (EPIC), pour ne pas laisser le port à l’abandon et préparer, peut-être, la transformation future en grand port maritime sous autorité de l’État.
Une grille tarifaire déjà validée
Parmi les décisions actées lors du conseil d’administration du 19 août : la grille tarifaire, rendue publique dès le 4 août 2026[1]. Un signal envoyé aux entreprises et aux usagers du port : on est opérationnel, les prix sont fixés, les règles claires. L’objectif affiché par l’EPPCM, c’est d’« assurer la continuité du service portuaire, renforcer la permanence pour en faire un véritable levier de désenclavement, de développement économique et de maîtrise des coûts pour Mayotte », selon l’invitation adressée à la presse locale.
La formule sonne officielle, mais elle traduit une ambition réelle : que Longoni devienne un hub régional dans le canal du Mozambique, comme l’a déclaré le président Ben Issa Ousséni lors d’une visite à Sète en juillet 2025[3]. Le déplacement visait justement à étudier des modèles portuaires performants, dans une logique de coopération avec la Région Occitanie.
L’État en embuscade
Mais cette reprise en main par le Département n’est peut-être qu’une étape. L’horizon d’un transfert vers l’État, sous forme de grand port maritime, plane encore. Pour l’instant, aucun calendrier précis n’a été confirmé. La création de l’EPIC permet surtout d’éviter un vide de gestion, sans enfermer Mayotte dans un nouveau contrat rigide de délégation de service public[1]. Une solution de court terme, politique et directe, pour garder la main sur un outil dont dépend la souveraineté économique locale.
Reste une inconnue de taille : combien cette transition va-t-elle coûter ? Et quel sera le montant de l’indemnisation éventuelle de MCG[2] ? Ces questions n’ont pas été abordées lors de la conférence de presse d’hier. Pas plus que les moyens humains et techniques dont dispose réellement l’EPPCM pour faire tourner un port qui, jusqu’à présent, était exploité par un opérateur privé.
Le Département a deux semaines pour prouver qu’il peut tenir ses engagements. Pour les Mahorais, ce sera un test de crédibilité. Pour Longoni, c’est la stabilité de toute une économie qui se joue.
Sources
3 sources · 4 faits vérifiés

