En Corée du Sud, plusieurs start-ups proposent de recréer l’image et la voix de proches décédés dans de courtes vidéos personnalisées grâce à l’intelligence artificielle générative.
La start-up Vaice livre en trois jours une vidéo de trois à quatre minutes du défunt, pour environ 370 euros. Le procédé repose sur quelques extraits audio de la voix, au moins une dizaine de secondes, issus d’un répondeur téléphonique ou d’un message WhatsApp conservé. Une fois la voix calée, l’entreprise ajoute des images fournies par la famille : quelques photos ou une vidéo prise au smartphone, montrant la personne dans ses vêtements habituels, dans un lieu familier comme son salon ou son jardin. La famille rédige elle-même le texte du message qu’elle souhaite faire dire au défunt. L’IA générative reconstitue alors une vidéo très naturelle, avec les intonations exactes de la voix, l’accent et les micro-expressions du visage.
Ces vidéos de « restitution numérique » sont utilisées lors des funérailles, où le défunt adresse un mot réconfortant à chacun ou remercie les présents. Mais les familles les commandent aussi pour des événements marquants : mariages, remises de diplômes. Certains se fabriquent des vidéos très personnelles où ils font dire à leurs parents des mots qu’ils auraient aimé entendre de leur vivant, comme « je t’aime » ou « je suis très fier de toi ».
DeepBrain AI et les avatars conversationnels
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DeepBrain AI, spécialiste de la création d’images et de voix par IA générative, a développé un service baptisé « re;memory ». L’entreprise, qui avait créé un avatar du candidat conservateur lors de la dernière élection présidentielle sud-coréenne, élu avant d’être destitué —, propose deux options. Si un proche se sait condamné, il vient dans les studios de l’entreprise, parle plusieurs minutes face caméra, bouge. Le studio enregistre tout pour créer un avatar complet qui imite la voix et les mouvements de tête de la personne. La famille peut ensuite louer une salle pendant trente minutes pour discuter avec cette copie lors d’un anniversaire ou d’une fête familiale[2].
Vaice refuse pour l’instant d’utiliser sa technologie pour permettre aux proches de dialoguer en direct avec l’avatar de la personne décédée, invoquant des problèmes éthiques. Une autre société coréenne propose un service de dialogue, mais il exige que la personne ait préparé des heures de messages de son vivant, pour qu’ils puissent être utilisés sous forme de dialogue artificiel après son décès.
Pourquoi cette pratique soulève des questions éthiques
Un vide juridique et des risques psychologiques
La pratique se développe rapidement, sans que la législation sud-coréenne ne l’encadre. Choung Wan, professeur émérite à la faculté de droit de l’université Kyung Hee à Séoul, estime qu’une législation est nécessaire pour régir l’usage de l’image et de la voix des personnes décédées, notamment en interdisant la création d’une version IA d’un défunt si celui-ci s’y était opposé de son vivant. Il pointe aussi les risques psychologiques posés par les projets de « griefbots » ou « deathbots », des IA conversationnelles capables de simuler des échanges avec un proche disparu, déjà en développement dans certaines start-ups. Selon lui, ces dispositifs pourraient nuire au processus normal de deuil et maintenir les familles dans une forme de déni[3].
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La Corée du Sud se distingue par son adoption rapide de l’IA dans de nombreux domaines. Le pays est un leader mondial dans la production de brevets d’IA et un contributeur important à la recherche sur l’IA, selon un rapport du Centre pour la sécurité et les technologies émergentes de l’université de Georgetown. Il s’agit également d’un important fabricant de semi-conducteurs, nécessaires au développement de l’IA. En 2021, 2,76 milliards de dollars ont été investis dans des entreprises sud-coréennes privées spécialisées dans l’IA[5].
Des chercheurs de l’Université de Cambridge ont appelé à encadrer cette pratique et à imposer notamment l’autorisation du défunt avant son décès[4]. Le débat reste ouvert : entre le réconfort apporté aux familles et les risques de manipulation ou de deuil pathologique, les autorités sud-coréennes n’ont pas encore tranché.
Avatars de défunts en Corée du Sud : ce qu'il faut retenir
- Vaice crée une vidéo de défunt en trois jours pour 370 euros
- DeepBrain AI propose des avatars conversationnels accessibles en salle louée
- Aucune législation sud-coréenne n'encadre encore l'usage de l'image des défunts
- Les chercheurs de Cambridge réclament l'autorisation du défunt de son vivant
- 2,76 milliards de dollars investis dans l'IA sud-coréenne en 2021
Sources
4 sources · 4 faits vérifiés

