Terre-Neuve-et-Labrador fait face à un déclin démographique chez ses jeunes francophones. Le festival Fêtons le Festival, tenu à La Grand’Terre du 31 juillet au 2 août, a rassemblé résidents, touristes et élus autour de la question: comment préserver la langue française dans une région confrontée à l’exode rural?
Quelque 70 élèves au total fréquentaient les deux écoles francophones de la péninsule de Port-au-Port au cours de la dernière année scolaire – une diminution d’environ 30 élèves comparée à l’année scolaire 2021-2022. L’École Notre-Dame-du-Cap, à Cap Saint-Georges, accueillait une vingtaine d’élèves jusqu’à la 8e année, tandis que l’École Sainte-Anne, à La Grand’Terre, en recevait une cinquantaine de la maternelle à la 12e année.
Le départ des jeunes vers d’autres provinces
Tristan Claveau, président de Franco-Jeunes et diplômé de l’École Sainte-Anne, illustre ce phénomène. Il entame en septembre un baccalauréat en sciences politiques à l’Université de Moncton plutôt qu’à l’Université Memorial, dont le campus le plus proche se trouve à Corner Brook. Il explique que s’il avait visé un diplôme en ingénierie, il aurait disposé de « plus d’opportunités » s’il avait fréquenté l’école anglophone de la région. Comme de nombreux élèves francophones, il a choisi une université francophone hors de la province.
Claveau plaide pour des mesures concrètes dans les écoles: « Il nous faut plus d’infrastructures dans les écoles francophones. »
Tourisme et immersion culturelle
Tony Wakeham, premier ministre de Terre-Neuve-et-Labrador, présent au festival pour rencontrer les électeurs de sa circonscription de Stephenville – Port-au-Port, propose une stratégie axée sur l’attraction touristique. Il énonce: « Promotion, promotion, promotion ». Il compare la boucle routière de 125 km qui entoure la péninsule – baptisée Route des ancêtres français – au potentiel du Irish Loop, situé sur la péninsule d’Avalon.
Les chiffres soutiennent cette approche. Selon un rapport sur les indicateurs clés de performance du tourisme pour la saison 2025 publié en avril dernier, les recettes liées à l’hébergement dans l’ouest de Terre-Neuve ont augmenté de 20 % comparé à la saison touristique de 2024. Robert Cormier, qui a aidé à fonder le premier organisme francophone de la province en 1971, Les Terre-Neuviens français, observe que les touristes semblent plus nombreux cette année depuis que Marine Atlantique a réduit de moitié le prix de ses billets.
Reste que cette dynamique touristique s’estompe avec les saisons: bon nombre d’attractions et d’événements ferment leurs portes pour l’hiver.

L’immersion comme levier communautaire
Robert Félix, agent culturel de Chez les Français de l’Anse-à-Canards et membre du duo des Frères Félix qui animaient le festival, adopte une tactique différente. Il affirme que les résidents qu’il accueille « n’ont pas de choix » que d’être confrontés à la langue française lors des soirées Bingo et de la ligue de fléchettes. Même les unilingues anglophones n’ont « aucune autre option pour se socialiser ou se divertir au sein de la communauté ». Quand une équipe se nomme uniquement en anglais, Félix la traduit en français.
Le festival lui-même a proposé trois jours d’activités: un spectacle magique avec des chiens animé par l’artiste québécois Yan Beauregard le 31 juillet, suivi de DJ Halfman qui a fait danser les festivaliers jusqu’au petit matin, et deux jours d’animations bilingues sur le terrain situé derrière l’École Sainte-Anne.

