Sébastien Lecornu est venu à Mamoudzou avec une promesse comptable et un discours de mobilisation. Jeudi 27 août, le Premier ministre a annoncé que l’État financerait désormais 60 % des chantiers en avance, contre 30 % jusqu’ici, pour sortir la reconstruction de Mayotte de l’enlisement. Un an et demi après le passage du cyclone Chido, l’archipel attend toujours que les promesses se transforment en bâtiments debout.
Devant un gymnase flambant neuf, aux côtés du maire de Mamoudzou Ambdilwahedou Soumaïla, le chef du gouvernement a fixé le cap : il faut arrêter de bavasser et se bouger, dit-il, pour voir sortir de terre d’autres équipements. La veille, devant l’Assemblée de Mayotte, il avait admis que la reconstruction prenait beaucoup trop de temps et créait un désespoir qu’il mesurait. Pour lever les blocages, il propose de revoir la gouvernance, d’associer davantage les maires, d’étoffer l’équipe préfectorale avec un nouveau sous-préfet.
Mais à la sortie du conseil départemental, la députée indépendante Estelle Youssouffa a laissé éclater sa colère. Elle dénonce la communication d’un gouvernement venu les mains vides et annonce qu’elle votera de nouveau la censure. L’accueil sur le terrain n’a pas été tendre non plus : mercredi, un petit cortège de manifestants réclamant une hausse des salaires a été dispersé par les forces de l’ordre, un syndicaliste placé en garde à vue. Le cabinet du Premier ministre a reçu jeudi matin l’intersyndicale, ainsi que les organisations patronales et associatives.
Un territoire qui pèse lourd dans la présidentielle
Sébastien Lecornu défend un gouvernement de mission qui n’est pas en campagne électorale. Mais l’archipel est devenu un passage obligé pour les candidats à la présidentielle du printemps prochain. Édouard Philippe est venu la semaine dernière. Marine Le Pen, qui a obtenu 59 % des suffrages au second tour en 2022, reste la favorite dans ce territoire de tradition musulmane. Le Premier ministre n’a pas échappé à la tension politique qui monte.
Mathilde Panot, cheffe de file des députés Insoumis, a accusé le gouvernement de vouloir jeter des gens à la mer en proposant de militariser la lutte contre l’immigration clandestine, autre enjeu majeur du département. Sébastien Lecornu a qualifié ces propos d’infamie sur le réseau social X, affirmant vouloir protéger les équipes de l’État sans se mêler de politique partisane.
Conditionnalité de l’aide au développement
Le Premier ministre, entouré de six ministres dont ceux de la Défense et de l’Intérieur, a annoncé que la France conditionnerait son aide publique au développement pour les Comores et plusieurs pays africains (Burundi, Tanzanie, République démocratique du Congo, Rwanda, Somalie et Kenya) à une meilleure collaboration dans la lutte contre les passeurs et à la capacité de reprendre les étrangers en situation irrégulière[2].
Il entend engager une militarisation de la lutte contre l’immigration irrégulière, venue majoritairement des Comores voisines mais aussi récemment des pays des Grands Lacs, avec un recours aux drones et à des ballons captifs pour surveiller les approches, ainsi que davantage de navires intercepteurs.
Le ministre de l’Intérieur Laurent Nunez a visité jeudi le camp de Tsoundzou 2, où vivent entre 1 500 et 2 000 demandeurs d’asile en provenance des pays africains des Grands Lacs, dans une grande précarité. Si le camp est démantelé, comme le réclament les élus mahorais, ils se remettront ailleurs, a affirmé le ministre, rappelant la volonté du gouvernement de réenclencher des procédures de reconduites avec les pays d’origine, qui devront être plus conciliants.
Industrialiser la reconstruction
Pour accélérer le rythme, Sébastien Lecornu a invité les maires à vite délivrer les permis et suggéré d’industrialiser la conception des bâtiments, en prenant le même modèle de collège par exemple. L’instabilité politique, avec notamment la censure du gouvernement de François Bayrou, venu à Mayotte juste après le passage de Chido, explique en partie ces difficultés, selon le Premier ministre.
L’intersyndicale CFDT, CGT, FO, CFE-CGC, FSU, Solidaires, Unsa et Snalc de ce département le plus pauvre de France avait appelé à des grèves et des manifestations lors de cette visite pour réclamer une hausse des salaires visant à compenser la cherté de la vie, et un alignement des droits des habitants ultramarins sur ceux de la métropole. Ce climat de tension sociale et politique accompagne chaque annonce gouvernementale dans un archipel qui attend des actes plus que des mots.
Sources
1 source · 1 fait vérifié

