Le contrat des trois sous-marins pour Buenos Aires, estimé à 2,2 milliards d’euros, oppose désormais Naval Group à l’allemand TKMS et à une option brésilienne de construction.
Depuis novembre 2017 et le naufrage de l’ARA San Juan, la marine argentine n’aligne plus un seul sous-marin opérationnel. L’ARA Santa Cruz, dont la modernisation a été stoppée faute de crédits, et l’ARA Salta, dont l’état ne permet plus de sortie, laissent Buenos Aires sans capacité de contrôle sous-marin sur une zone économique exclusive de plus d’un million de km². Récupérer des plateformes devient prioritaire, au risque de perdre définitivement les savoir-faire embarqués.
Naval Group semblait tenir l’affaire. Une lettre d’intention avait été signée entre Paris et Buenos Aires en octobre 2024 pour trois Scorpène Evolved. En novembre 2025, le président Javier Milei confirmait publiquement ce choix lors d’une visite en France. Pourtant, aucun contrat n’a été paraphé à ce jour. L’obstacle principal reste le financement : l’historique de défaut argentin complique l’accès aux crédits export classiques, même si la situation budgétaire s’est redressée ces derniers mois, retour de la croissance, baisse de l’inflation, résorption des déficits.
Berlin déploie 4,1 milliards de garanties pour TKMS
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L’allemand ThyssenKrupp Marine Systems n’a jamais décroché. En février 2025, le Bundestag autorisait l’entreprise à mobiliser des garanties publiques pour exporter trois sous-marins Type 209NG vers l’Argentine. Le montant maximal de la couverture étatique : 4,1 milliards d’euros[4], soit presque le double du budget prévu par Buenos Aires pour l’opération. Der Spiegel résumait l’intention : surpasser le rival français à coups de crédits accordés dans l’urgence.
En juillet 2026, Miguel Ángel López Borrego, PDG de Thyssenkrupp AG, s’est déplacé à Buenos Aires pour présenter le Type 209NG aux autorités argentines. L’argument financier, massif, a probablement occupé une large part des discussions. Si la marine argentine basculait vers cette solution, les premières livraisons interviendraient entre 2034 et 2035, à condition que le contrat soit conclu sous le mandat de Milei. Un délai long, mais qui offre une visibilité calendaire.
| Acteur | Montant / garantie | Type |
|---|---|---|
| Argentine (budget prévu) | 2,2 milliards € | Enveloppe d’achat |
| Allemagne (garantie État) | 4,1 milliards € | Couverture export TKMS |
Source : Zone Militaire
Le Brésil propose de construire à Itaguaí

Pendant ce temps, Brasília a formulé une proposition susceptible de modifier l’équation industrielle. Le 26 mai 2026, José Múcio Monteiro Filho, ministre brésilien de la Défense, s’est rendu en Argentine pour renouer le dialogue bilatéral. Il serait revenu avec l’engagement informel que les trois Scorpène destinés à Buenos Aires seraient construits au chantier d’Itaguaí Construções Navais, à Rio de Janeiro[3].
Ce site a déjà livré quatre Scorpène à la marine brésilienne, commandés en 2008 auprès de Naval Group. L’un d’eux, le Humaitá, a récemment participé aux manœuvres navales Fraterno XXXIX organisées en Argentine. L’argument brésilien repose sur une capacité industrielle éprouvée et sur une logique de coopération régionale. Reste que Naval Group détient 41 % de la joint-venture qui possède le chantier d’Itaguaí : toute décision de construction locale impliquerait nécessairement le constructeur français, même si le site de Cherbourg ne serait pas mobilisé.
Justement, Cherbourg est saturé. Le carnet de commandes de Naval Group comprend les quatre Walrus néerlandais, les programmes Barracuda pour la Marine nationale et les premiers travaux préparatoires au SNLE 3G. Les discussions entre Paris et Buenos Aires au sujet d’un accord sur les minerais critiques argentins auraient pu faciliter un montage financier, mais la capacité de production française à court terme reste limitée.
Enjeux stratégiques et industriels du contrat argentin
Aucun contrat signé, plusieurs calendriers en concurrence
Le marché est toujours en phase d’évaluation. Aucun document contractuel n’a été paraphé, malgré les annonces politiques répétées. Le projet argentin en est au stade de la planification budgétaire et de la comparaison des offres, avec un objectif affiché de signature avant 2028.
Naval Group reste favori sur le papier, mais la concurrence s’est structurée. TKMS dispose d’un levier financier sans équivalent, avec des garanties publiques qui dépassent de loin le budget argentin initial. Le Brésil, de son côté, offre une solution de proximité industrielle et régionale, tout en maintenant le lien avec Naval Group via la joint-venture d’Itaguaí. Pour Buenos Aires, le choix final dépendra autant des conditions de financement que de la capacité à livrer dans un délai acceptable.
La marine argentine, privée de capacité sous-marine depuis bientôt neuf ans, ne peut se permettre d’attendre indéfiniment. Chaque mois supplémentaire sans signature contractuelle accroît le risque de perdre les derniers équipages formés et de voir s’effondrer les compétences résiduelles en matière de guerre sous-marine. Le calendrier politique argentin, avec l’échéance du mandat de Milei, pèse également : un contrat signé sous cette administration garantirait une continuité budgétaire et stratégique.
Sous-marins argentins : les acteurs et montants en présence
- La marine argentine n'a plus aucun sous-marin opérationnel depuis le naufrage de l'ARA San Juan en novembre 2017
- Naval Group et Buenos Aires ont signé une lettre d'intention en octobre 2024 pour trois Scorpène Evolved, sans contrat définitif à ce jour
- Le Bundestag a autorisé en février 2025 des garanties publiques de 4,1 milliards d'euros pour soutenir l'offre TKMS
- Le Brésil propose de construire les sous-marins au chantier d'Itaguaí, où Naval Group détient 41 % de la joint-venture
- Le site de Naval Group à Cherbourg est occupé par la commande néerlandaise et les programmes Barracuda et SNLE 3G
Sources
2 sources · 2 faits vérifiés

