Le Canada impose des droits de douane de 15 à 50 % sur une série de produits américains à partir du 8 septembre, répliquant aux surtaxes de 50 % appliquées par Washington depuis le 19 août.
Les courses de Julien Gourvenec ont changé. Ce Franco-Canadien inspecte désormais chaque étiquette avant de remplir son caddie. Pommes américaines ou québécoises ? Son choix est fait. « Je vois qu’il y a des pommes qui viennent des US, puis des pommes qui sont produites au Québec. Je veux prendre les québécoises, c’est certain. » Une habitude qui illustre le climat dans lequel se trouve le pays depuis que Mark Carney, Premier ministre canadien, a claqué la porte des négociations avec les États-Unis vendredi dernier.
Le motif de la rupture : l’étiquetage bilingue. Au Canada, la loi impose que les produits affichent anglais et français, les deux langues officielles. L’administration Trump refuse de s’y plier. « J’estime que c’est relativement normal de se conformer aux lois de là où on s’établit », résume Gourvenec. Carney ne mâche pas ses mots : « On fait la guerre quand on est attaqué et là, on est attaqué. »
Acier, lait et électronique au menu des représailles
Quasi-totalité de l’Auvergne-Rhône-Alpes en vigilance : orages et vent ce jeudi
Le ministre canadien des Finances, François-Philippe Champagne, a détaillé mardi les contours de la riposte. Les surtaxes ciblent l’acier, les produits laitiers, le matériel agricole, l’industrie du papier, l’électronique et les appareils électroménagers[1]. Leur montant correspondra « au dollar près » à celui des droits de douane américains qui frappent le Canada depuis le 19 août. Washington avait déjà imposé 50 % de droits sur un large éventail de biens canadiens, des produits laitiers aux boissons alcoolisées en passant par les matériaux de construction et les vêtements.
| Date | Mesure | Taux |
|---|---|---|
| 19 août 2026 | Droits de douane américains sur produits canadiens | 50 % |
| 8 septembre 2026 | Surtaxes canadiennes sur produits américains | 15 à 50 % |
| 1er janvier 2027 | Hausse annoncée par Trump sur l’automobile et l’acier canadiens | 50 % |
Source : RTBF
Le président américain a encore durci le ton lundi en annonçant que les taxes douanières sur le secteur automobile et l’acier canadiens grimperaient à 50 % au 1er janvier prochain. La majorité de l’acier canadien entrant aux États-Unis supporte déjà ce taux, mais Washington avait laissé entendre qu’une baisse était envisageable en cas d’accord[2].
4,6 milliards d’euros pour amortir le choc

Pommard : un incendie dans un domaine viticole fait quatre blessés hospitalisés
Ottawa ne se contente pas de riposter tarifairement. Le gouvernement a débloqué 4,6 milliards d’euros pour soutenir les secteurs durement touchés. Une partie de l’enveloppe alimentera un « Fonds de diversification pour un Canada fort », destiné à aider les entreprises à trouver de nouveaux marchés à l’export. Champagne a qualifié la réponse de « mesurée, responsable, sérieuse, stratégique ». La ministre de l’Industrie, Mélanie Joly, y a ajouté l’adjectif « astucieuse ».
L’astuce, selon le gouvernement, réside dans le ciblage géographique. Les produits visés touchent des États considérés comme bastions républicains : appareils électroménagers en Caroline du Sud, jus d’orange en Floride. L’objectif est politique autant qu’économique, à quelques semaines des élections de mi-mandat aux États-Unis.
Pourquoi Ottawa joue gros face à Trump
Un rapport de forces déséquilibré
La posture de résistance trouve néanmoins vite ses limites. Le Canada dépend à 70 % des importations américaines. Ben Girard, gérant d’un magasin de billard près de Montréal, a choisi de ne plus acheter de produits aux États-Unis. « Pour moi, l’important, c’est d’encourager le Québec, le Canada, puis de faire en sorte que nos emplois ici, qu’on puisse les garder chez nous », explique-t-il. Mais combien de temps cette ligne peut-elle tenir face à la réalité des chaînes d’approvisionnement ?
Les États-Unis représentent de très loin le premier partenaire commercial du Canada. Mark Carney a accepté un pari risqué économiquement en rompant les discussions, face à ce qu’il juge être des conditions « injustes » imposées par Washington. Le ministre Champagne a indiqué mardi que le Canada était « uni dans sa réponse » face à ce « défi sans précédent ».
Trump rebaptise le lac Ontario « lac Amérique »
Donald Trump ne se contente pas de taxer. Il a annoncé rebaptiser le lac Ontario, qui sépare les deux pays. « Le lac Ontario, c’est fini. Maintenant, c’est le lac Amérique », a-t-il déclaré. Une provocation symbolique qui s’ajoute à la pression économique. Le coup de com’ vise à maintenir la tension, mais il fait aussi grincer des dents dans le camp républicain.
Certains élus américains s’inquiètent de l’impact sur le portefeuille des consommateurs, à quelques semaines seulement des élections de mi-mandat. Les surtaxes renchérissent le prix de nombreux biens importés, et cette réalité commence à peser dans les États où la vie quotidienne est directement affectée par la guerre commerciale.
Négociations à court terme, incertitude à long terme
Le gouvernement canadien prévoit d’intensifier les négociations avec les États-Unis dans les prochaines semaines. Ottawa reste ouvert au dialogue, mais ne reviendra pas sur ses exigences fondamentales, dont l’étiquetage bilingue. La ligne de crête est étroite : ne pas céder sur les principes tout en évitant une escalade qui isolerait encore davantage l’économie canadienne.
Les surtaxes entreront en vigueur le 8 septembre à 00 h 01. D’ici là, les entreprises s’adaptent, les consommateurs arbitrent, et les deux gouvernements testent la solidité de leurs bases politiques respectives. La guerre commerciale qui s’envenime entre Washington et Ottawa n’a pas de date d’expiration prévue, et chacun mesure désormais le coût réel de ce bras de fer.
Guerre commerciale Canada-États-Unis : les dates et les taux
- Les surtaxes canadiennes entreront en vigueur le 8 septembre à 00 h 01
- Elles ciblent l'acier, les produits laitiers, le matériel agricole, l'électronique et les appareils électroménagers
- Ottawa a débloqué 4,6 milliards d'euros pour soutenir les secteurs touchés
- Trump a annoncé rebaptiser le lac Ontario « lac Amérique »
- Le Canada dépend à 70 % des importations américaines
- Les États-Unis avaient imposé 50 % de droits de douane sur les produits canadiens le 19 août
Sources
2 sources · 2 faits vérifiés

