Le Canada riposte aux tarifs américains : Ottawa annonce des surtaxes douanières de 15 à 50 % sur 27,6 milliards de dollars d’importations en provenance des États-Unis, applicables dès le 8 septembre.
Dans les allées d’un supermarché québécois, Julien Gourvenec, Franco-Canadien, scrute l’origine des pommes. Celles du Québec, pas celles des États-Unis. Un geste devenu réflexe depuis que la guerre commerciale entre Ottawa et Washington s’est envenimée. « Je veux prendre les québécoises, c’est certain », affirme-t-il devant le rayon. Le choix de ce consommateur reflète une fracture plus large : celle qui oppose désormais deux économies imbriquées depuis des décennies, et que l’offensive douanière de Donald Trump a brutalement remise en cause.
Mark Carney, Premier ministre canadien élu sur la promesse de tenir tête à Trump, a claqué la porte des négociations après des mois de discussions infructueuses. La pomme de discorde : l’étiquetage bilingue des produits, obligatoire au Canada en anglais et en français. L’administration Trump refuse de s’y conformer. Pour Julien Gourvenec, la logique est pourtant simple : « J’estime que c’est relativement normal de se conformer aux lois de là où on s’établit. » Mais Washington n’a pas cédé. Et Mark Carney ne mâche pas ses mots : « On fait la guerre quand on est attaqué et là, on est attaqué. »
Les États-Unis ont immédiatement répliqué en imposant de nouveaux droits de douane de 50 % sur un large éventail de produits canadiens, avec une entrée en vigueur dès le 19 août[2]. Ciment, bois d’œuvre, crosses de hockey sur glace : la liste couvre de nombreux secteurs, de l’électronique aux matériaux de construction, en passant par les vêtements et les produits agricoles. Ces tarifs s’appliquent même aux marchandises conformes à l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM), et aucune date d’expiration n’est prévue. Lundi, Donald Trump a encore durci le ton en annonçant une hausse des taxes sur le secteur automobile canadien, qui passeront de 25 % à 50 % au 1er janvier prochain.
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Ottawa riposte au dollar près
Le Canada a répondu le 25 août en annonçant des contre-mesures tarifaires qui entreront en vigueur à 0 h 01 le 8 septembre[1]. Les droits de douane, fixés entre 15 % et 50 % selon les produits, cibleront 27,6 milliards de dollars d’importations américaines. L’acier, les produits laitiers, le matériel agricole, l’industrie du papier, l’électronique et les appareils électroménagers sont dans le viseur. Ottawa a précisé que ces surtaxes correspondront « au dollar près » à celles imposées par Washington, en miroir des mesures américaines prises au titre des articles 338 et 232[5].
| Secteur visé | Taux de surtaxe |
|---|---|
| Acier | 15 % à 50 % |
| Produits laitiers | 15 % à 50 % |
| Matériel agricole | 15 % à 50 % |
| Industrie du papier | 15 % à 50 % |
| Électronique | 15 % à 50 % |
| Appareils électroménagers | 15 % à 50 % |
Source : Ministère des Finances Canada
Le gouvernement canadien a également débloqué 4,6 milliards d’euros pour soutenir les secteurs les plus durement frappés par cette escalade commerciale. Ces mesures visent à amortir le choc pour les entreprises canadiennes, dans un pays où 70 % des importations proviennent des États-Unis. Une dépendance structurelle qui rend la riposte à la fois nécessaire et douloureuse.
Résistance économique et symboles détournés

Dans un magasin de billard près de Montréal, Ben Girard, gérant, a tranché : plus aucun produit américain au catalogue. « Pour moi, l’important, c’est d’encourager le Québec, le Canada, puis de faire en sorte que nos emplois ici, qu’on puisse les garder chez nous », explique-t-il. Une posture de résistance économique que partagent de nombreux commerçants et consommateurs, mais dont la viabilité reste incertaine dans une économie aussi intégrée à son voisin du Sud.
Combien de temps cette ligne tiendra-t-elle ? La question se pose avec acuité à quelques semaines des élections de mi-mandat américaines. Au sein même du camp républicain, des élus commencent à exprimer leurs inquiétudes face à l’impact de cette guerre commerciale sur le portefeuille des ménages américains. Les tarifs imposés par Trump renchérissent le coût de nombreux biens de consommation courante, et la facture pourrait peser lourd dans les urnes.
Pendant ce temps, Donald Trump multiplie les provocations symboliques. Lundi, il a annoncé rebaptiser le lac Ontario, qui sépare les deux pays, en « lac Amérique ». « Le lac Ontario, c’est fini. Maintenant, c’est le lac Amérique », a-t-il déclaré par décret présidentiel. Un geste perçu au Canada comme une nouvelle attaque, cette fois contre l’identité géographique et culturelle du pays. L’affront a suscité l’indignation à Ottawa et alimenté davantage la rupture entre deux alliés traditionnels qui semblaient, jusqu’à récemment, indissociables.
Pourquoi le Canada tient tête à Trump malgré sa dépendance
Une économie canadienne fragilisée en pleine reprise
L’économie canadienne sortait tout juste d’une contraction qui durait depuis la fin 2025[3]. La reprise amorcée au début de 2026 se trouve désormais entravée par cette nouvelle vague de tensions commerciales. Les secteurs de l’automobile, de l’acier et de l’agroalimentaire, déjà affaiblis par la conjoncture, subissent de plein fouet les conséquences de l’escalade tarifaire. Les investissements se figent, les carnets de commandes se vident, et les licenciements se multiplient dans les régions les plus exposées.
Face à cette offensive, Mark Carney ne recule pas. En imposant des contre-mesures ciblées et proportionnées, le gouvernement canadien affirme sa souveraineté économique et refuse de plier sous la pression. Mais la stratégie comporte des risques. En l’absence de compromis rapide, le bras de fer pourrait s’enliser et fragiliser davantage une économie déjà sous tension. Les prochaines semaines diront si Ottawa parvient à tenir la ligne ou si la dépendance structurelle aux importations américaines finira par forcer un retour à la table des négociations.
Pour l’heure, les consommateurs canadiens comme Julien Gourvenec continuent de scruter les étiquettes, et les commerçants comme Ben Girard de réorganiser leurs approvisionnements. Un quotidien transformé par une guerre commerciale qui, loin des discours officiels, se joue désormais dans les rayons des supermarchés et les vitrines des petits commerces.
Guerre commerciale Canada–États-Unis : les chiffres de la riposte
- Le Canada impose dès le 8 septembre des droits de douane de 15 à 50 % sur 27,6 milliards de dollars d'importations américaines
- Les États-Unis ont appliqué dès le 19 août des tarifs de 50 % sur de nombreux produits canadiens, y compris ceux conformes à l'ACEUM
- Ottawa a débloqué 4,6 milliards d'euros pour soutenir les secteurs les plus touchés par la guerre commerciale
- Donald Trump a annoncé une hausse des taxes automobiles canadiennes de 25 % à 50 % au 1er janvier 2027
- L'économie canadienne dépend à 70 % des importations américaines, rendant la riposte risquée mais nécessaire
- Le Premier ministre Mark Carney a rompu les négociations après le refus américain d'étiqueter les produits en français
Sources
4 sources · 4 faits vérifiés

