59 000 entreprises artisanales en Bourgogne-Franche-Comté en 2024. C’est 21% de plus qu’en 2019, pendant que la population de la région, elle, a légèrement reculé. Le baromètre ISM-MAAF, qui passe au crible le tissu artisanal français, classe la région première de France en proportion d’artisans par rapport à son nombre d’habitants. Une densité qui ne doit rien au hasard : elle tient au territoire, à ses savoir-faire, à son maillage de villes moyennes et de communes rurales où les plombiers, les boulangers, les réparateurs automobiles et les menuisiers forment l’armature du quotidien.
Derrière ces chiffres, une réalité assez neuve : l’artisanat ne recule pas, même là où les gens partent. Le nombre d’entreprises progresse dans tous les départements de la région, y compris ceux qui perdent des habitants. Catherine Elie, directrice des études à l’Institut Supérieur des Métiers, le dit clairement : « Le nombre d’artisans progresse partout, y compris dans des départements qui perdent des habitants, où l’artisanat joue un rôle d’amortisseur économique et de maintien des services à la population. »
Le Jura en tête : 24 artisans pour 1 000 habitants
Le Jura affiche la densité la plus élevée de la région : 24 entreprises artisanales pour 1 000 habitants. Derrière, la Haute-Saône, la Saône-et-Loire et l’Yonne comptent 22 artisans pour 1 000 habitants. La Côte d’Or et la Nièvre en affichent 21, le Doubs 19. Entre 2019 et 2023, tous les départements ont vu leur nombre d’artisans grimper : Côte d’Or en tête avec 23% de progression, le Doubs juste derrière à 22%. La Saône-et-Loire et le Jura enregistrent environ 20%, légèrement moins que la Haute-Saône, l’Yonne ou le Territoire de Belfort, qui oscillent entre 21 et 22%.
Cette dynamique se lit partout, dans les grandes villes comme dans les villages. Les communes rurales et les villes moyennes affichent 22% de croissance, les grandes villes 20%, les petites villes 18%. Les métiers se répartissent dans tous les secteurs : 40% dans le bâtiment, 35% dans les services, 18% dans l’artisanat de fabrication, 7% dans l’alimentation.
Les travaux de maison et la beauté progressent, la boucherie recule
Les services du quotidien tiennent bon. Les métiers du bâtiment, plomberie, menuiserie, électricité, maçonnerie, sont présents dans 43% des communes de la région, contre 40% en 2019. La réparation automobile passe de 37% à 43% des communes équipées. La progression la plus spectaculaire concerne les instituts de beauté et les ongleries : 28% des communes en sont pourvues, contre 18% cinq ans plus tôt, soit un bond de 10 points.
Côté alimentaire, le tableau est moins rose. Le nombre de communes disposant d’une boulangerie-pâtisserie stagne à 25%. La boucherie-charcuterie recule légèrement : 11% des communes couvertes en 2024, contre 12% en 2019. Un point de moins, qui compte, surtout dans les villages où la boucherie est souvent le dernier commerce.
L’emploi artisanal progresse moins vite qu’ailleurs
L’artisanat emploie 74 750 salariés dans les TPE de moins de 20 salariés au 31 décembre 2024[1]. Une progression de 1%, quatre fois inférieure à la moyenne nationale, qui est de 5%. Le poids de l’emploi artisanal varie selon les départements, de 9% en Côte d’Or à 14% dans le Jura. C’est le point qui accroche dans le bilan : les entreprises se créent, mais les embauches ne suivent pas au même rythme.
Catherine Elie le rappelle dans le baromètre : tous les signaux ne sont pas au vert. Les activités artisanales contribuent à la vitalité économique locale, au maintien de l’emploi de proximité, mais elles ne peuvent progresser qu’avec un tissu industriel dynamique, garantissant la croissance économique et démographique des territoires. Or, comme le soulignaient récemment plusieurs bilans économiques, l’industrie régionale a traversé une année 2025 difficile[2], et les perspectives pour 2026 restent incertaines[3]. Les relais de croissance nationaux, aéronautique ou naval, sont peu présents en Bourgogne-Franche-Comté. Seul l’agroalimentaire, 16% des effectifs industriels, affiche encore une progression d’activité.
Quasi-totalité de l’Auvergne-Rhône-Alpes en vigilance : orages et vent ce jeudi
En janvier 2026, les créations d’entreprises repartent : 3 411 unités créées dans la région, soit 13,9% de plus qu’en janvier 2025[4]. Les activités de soutien aux entreprises bondissent de 60,5%, l’information et la communication de 52,8%. Les chiffres du premier mois de l’année ne disent pas tout, mais ils indiquent une tendance : l’artisanat continue de recruter, de se diversifier, de répondre à des besoins locaux que personne d’autre ne couvre. Dans les territoires où l’usine ferme ou l’administration se retire, il reste souvent un plombier, un électricien, un coiffeur. Pas de quoi faire une révolution, mais de quoi tenir debout.
Sources
4 sources · 4 faits vérifiés

