AviationLe futur radar du Rafale français devra voir plus loin et mieux...

Le futur radar du Rafale français devra voir plus loin et mieux identifier les avions furtifs, sans prendre un centimètre de plus dans le nez de l’appareil

Date:

La direction générale de l’armement a notifié cet été plusieurs contrats à Dassault Aviation, MBDA, Safran et Thales, en anticipation du lancement en réalisation du standard F5 du Rafale, prévu fin 2026.

Ces marchés portent sur cinq équipements, du radar au moteur. Ils sécurisent une rénovation à mi-vie dont la qualification n’est attendue qu’à l’horizon 2033.

Ce qu’est un standard, et pourquoi le F5 compte

Le Rafale est modernisé par paliers successifs plutôt que remplacé. Chaque standard ajoute des capacités à une cellule inchangée, ce qui permet d’étaler l’effort et de maintenir l’avion attractif à l’export.

Le F5 est présenté comme une rénovation à mi-vie, et non comme une évolution incrémentale. Il porte deux enjeux que les précédents n’avaient pas : le renouvellement de la composante nucléaire aéroportée, avec l’intégration du missile ASN4G, et la capacité d’entrer en premier sur un théâtre défendu.

Le chef de l’armée de terre reconnaît une logistique « dans un état assez faible », au moment où la France veut commander des divisions alliées de l’OTAN d’ici 2030

Entrer en premier est une expression de métier. Elle désigne la capacité à opérer dès le premier jour dans un espace aérien encore tenu par les défenses adverses, avant que celles-ci aient été réduites. C’est l’exigence la plus lourde pour un avion de combat, parce qu’elle mobilise à la fois la discrétion, la guerre électronique, la connectivité et l’allonge.

Un radar nouvelle génération

Le RBE2-XG, commandé à Thales, succède au radar à antenne active actuellement en service. La DGA annonce une forte augmentation de puissance, donc de portée de détection, et une meilleure identification des cibles à très faible surface équivalente radar, c’est-à-dire des appareils conçus pour être discrets.

Ses capacités de calcul sont renforcées pour accueillir davantage d’intelligence artificielle, et ses capteurs doivent pouvoir travailler entre eux sans intervention du pilote. Le point le moins visible est peut-être le plus contraignant : à encombrement identique à celui du radar actuel, puisqu’il faut tenir dans le même nez.

Un avion de combat biplace train sorti au ras d'une piste, maisons et arbres en arrière-plan
Un Rafale biplace train sorti, à basse hauteur. Le radar RBE2-XG devra tenir dans le même volume de nez que le radar actuel, contrainte qui pèse sur sa conception. Photo : Hermann Keist / Wikimedia Commons, Public domain

Une liaison de données pensée pour les zones brouillées

Le deuxième contrat Thales porte sur l’IVDL, pour liaison de données entre véhicules. Il s’agit d’une forme d’onde haut débit, discrète et résistante au brouillage, issue de plusieurs années d’études amont financées par la DGA.

L’objectif est précis : permettre au Rafale de pénétrer dans des zones où les brouilleurs sont répandus tout en continuant à dialoguer avec les autres aéronefs. Une liaison qui tombe au mauvais moment transforme une patrouille en avions isolés, et c’est exactement ce que cherchent les défenses adverses.

Vingt pour cent de poussée en plus

Safran Aircraft Engines a reçu un marché de conception préliminaire pour le M88 T-REX, évolution du moteur M88-2. La poussée maximale doit passer de 7,5 à 9 tonnes, soit une augmentation de 20 %, en conservant l’architecture modulaire et la faible consommation du moteur actuel.

La modularité n’est pas un détail d’ingénieur. Elle permet de remplacer un module sans déposer l’ensemble, donc de réduire l’immobilisation d’un avion en maintenance. Sur une flotte dont la disponibilité est scrutée chaque année au Parlement, ce paramètre pèse autant que la poussée.

Un réacteur d'avion présenté en coupe sur un socle, visiteurs et stand du constructeur derrière
Un moteur M88 présenté en coupe sur le stand du constructeur. Le M88 T-REX doit porter la poussée maximale de 7,5 à 9 tonnes en conservant l’architecture modulaire du moteur actuel. Photo : Julian Herzog (Website) / Wikimedia Commons, CC BY 4.0

Autoprotection et centrale inertielle

La suite d’autoprotection SPECTRA, commandée à Thales et à MBDA France, passe au tout numérique. Le ministère justifie cette refonte par la densification du spectre électromagnétique et la complexification des formes d’onde attendues à l’horizon 2035.

Le cinquième contrat, notifié à Dassault Aviation, porte sur une centrale inertielle à gyroscope hémisphérique résonnant à très faible dérive. C’est la brique qui permet à un avion de savoir où il se trouve quand le signal satellitaire est brouillé, sujet devenu central depuis que le brouillage du positionnement est devenu une pratique courante.

Ce que l’annonce ne dit pas

Aucun montant n’est communiqué, ni pour l’ensemble des contrats, ni pour chacun d’eux. La date du lancement en réalisation reste donnée à la maille du trimestre, « fin 2026 », et celle de la qualification à l’horizon 2033, sans jalon intermédiaire.

L’écart de calendrier mérite d’être relevé. Plusieurs équipements sont dimensionnés pour répondre aux menaces de 2035, mais le standard ne sera qualifié qu’en 2033, puis mis en service d’abord dans l’armée de l’Air et de l’Espace, ensuite dans la Marine nationale. Pour un programme qui soutient plus de 7 000 emplois directs et indirects, plus de 400 entreprises et un carnet export de 299 appareils neufs et 24 appareils d’occasion commandés par huit pays, chaque trimestre de décalage se compte en commandes.

Source principale :

  • Direction générale de l’armement, « La DGA commande des premiers travaux en amont du prochain lancement en réalisation du standard F5 du Rafale », 10 septembre 2026
    https://www.defense.gouv.fr/dga/actualites/dga-commande-premiers-travaux-amont-du-prochain-lancement-realisation-du-standard-f5-du-rafale
    Détaille les cinq équipements commandés, leurs titulaires et les performances annoncées du radar et du moteur.

Sur le meme sujet

Derniers articles