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L’industrie française promet de fabriquer jusqu’à 100 munitions téléguidées par jour, mais l’État n’en commande que quelques centaines, soit à peine quelques jours de production

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La direction générale de l’armement a passé une deuxième commande de munitions téléopérées MX-10 Damocles auprès de KNDS France et de Delair.

L’industriel l’a annoncée le 13 octobre : quelques centaines d’exemplaires, à livrer d’ici un an. Le contrat initial, notifié en juillet 2024, portait sur 460 munitions. Deux ans plus tard, la filière française assure pouvoir en produire jusqu’à cent par jour. Le rapprochement des deux chiffres dit tout du décalage entre la capacité industrielle et la commande.

Ce que la DGA vient de commander

La commande prend la forme de l’activation d’une tranche optionnelle du marché de 2024. Ni le montant ni le nombre exact d’exemplaires ne sont communiqués, le fabricant s’en tenant à la formule « quelques centaines ».

Cette discrétion est la règle dans le domaine. Elle a toutefois une conséquence concrète : sans volume ni calendrier détaillé, il est impossible de dire si cette deuxième tranche vise à constituer un stock de guerre ou simplement à entretenir une chaîne de production en attendant mieux.

Ce qu’est une munition téléopérée MX-10

Le MX-10 est un engin volant à usage unique, piloté à distance, qui tourne au-dessus d’une zone jusqu’à l’identification d’une cible avant de fondre dessus. Sa portée annoncée est d’au moins 10 kilomètres et son endurance de 40 minutes, pour une charge à fragmentation à effets contrôlés de 550 grammes.

La mise en œuvre est annoncée en moins de cinq minutes, et l’engin emporte une boule optronique qui transmet des images jusqu’à l’impact. Deux points comptent davantage que les performances brutes : l’opérateur voit ce qu’il frappe au moment où il le frappe, et le constructeur revendique une résistance au brouillage électronique, c’est-à-dire la capacité à continuer de recevoir ses ordres dans un environnement saturé.

Deux militaires debout à côté d'un tube de lancement hexagonal dont on voit la gueule, au bord d'un terrain côtier
Des militaires auprès du tube de lancement d’une munition rôdeuse, ici un modèle américain lors d’un exercice en Europe. L’engin est tiré depuis un conteneur, sans piste ni catapulte. — Photo : U.S. Army photo by Spc. Andrew Clark / Wikimedia Commons, Public domain

Du programme Colibri à la série

Le projet est né du programme Colibri, lancé par l’Agence de l’innovation de défense en mai 2022, quelques mois après le début de l’invasion de l’Ukraine. Les premières livraisons sont intervenues en décembre 2025, et les premiers exemplaires ont été remis au service interarmées des munitions en janvier 2026.

Conçu pour percer les défenses antimissiles, le nouveau missile de la dissuasion française a été tiré depuis un sous-marin au large du Finistère

Trois ans et demi entre le lancement d’un programme d’innovation et la remise des premières munitions est un délai honorable pour un ministère, mais il reste long pour une catégorie d’armement dont l’intérêt tient précisément à la vitesse d’adaptation. C’est tout le dilemme de ces engins : ils exigent les cadences du civil et les garanties du militaire.

Un équipementier automobile dans la chaîne

Pour tenir les cadences, KNDS France et Delair se sont associés à Schaeffler, un fabricant de roulements et de composants mécaniques qui dispose d’une usine en France. Le PDG de Delair, Bastien Mancini, a résumé l’intérêt de ce choix auprès de l’AFP : « Schaeffler a un savoir-faire pour faire de la grande série », qui permettrait de multiplier par dix les cadences.

L’objectif affiché passe ainsi de dix à cent exemplaires par jour. Le détail industriel est plus parlant que l’annonce elle-même : la montée en cadence d’une munition ne vient pas de l’armurier, mais de l’industrie de série, celle qui sait produire des pièces identiques par millions. C’est la même logique qui conduit les groupes de défense à recruter dans l’automobile plutôt que dans l’aéronautique.

Une frégate grise vue de haut navigue en eau calme, plateforme hélicoptère visible à l'arrière, côte boisée au fond
La frégate multi-missions Normandie à la mer. Une frégate française a employé au moins une de ces munitions lors d’un déploiement en mer Rouge, sans que le ministère précise laquelle. — Photo : Marine nationale / Wikimedia Commons, Licence Ouverte

Déjà employée depuis une frégate

L’armée de terre et la Marine nationale en sont toutes deux dotées. Une frégate en a employé au moins une lors d’un déploiement en mer Rouge, sans que le ministère en dise davantage.

L’emploi naval n’allait pas de soi pour un engin conçu pour le combat terrestre. Il illustre ce que ces munitions changent concrètement : un bâtiment dispose d’un moyen de frapper une embarcation ou un objectif côtier à une dizaine de kilomètres, avec une image jusqu’à l’impact, sans engager un hélicoptère ni un missile.

Ce que la commande ne dit pas

Au-delà du montant, trois informations manquent : le volume exact, l’identité des premiers clients export annoncés par l’industriel, et la cible de parc visée par les armées. Or c’est ce dernier chiffre qui dirait si la France se dote d’une capacité d’emploi courant ou d’une capacité de démonstration.

L’arithmétique invite à la prudence. Si la chaîne atteint réellement cent munitions par jour, quelques centaines d’exemplaires représentent quelques jours de production. La performance industrielle annoncée et le volume commandé ne racontent pas la même histoire, et c’est la commande publique, pas l’outil, qui fixe le rythme.

Sources

  • KNDS N.V., Nouvelle commande pour KNDS et Delair par les forces françaises

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