La formation des premiers pilotes ukrainiens sur le Rafale de Dassault Aviation démarre en novembre en France, alors que Kiev s’est déjà engagée avec la Suède sur le Gripen de Saab, dont les premiers exemplaires d’occasion doivent arriver dès 2027 et les neufs à partir de 2030.
Depuis le début de la guerre, l’aviation ukrainienne tient avec des chasseurs soviétiques vieillissants, rejoints depuis 2024 par des F-16 et des Mirage 2000 fournis par les Européens. Pour la suite, Kiev a décidé de ne pas choisir : elle s’est engagée à la fois sur un chasseur suédois et sur un biréacteur français. Deux avions, deux pays, deux calendriers qui se croisent. Et quand on les pose côte à côte, l’ordre d’arrivée réserve une vraie surprise.
Une annonce glissée en pleine audition budgétaire
L’information est tombée le 8 octobre, devant la commission de la Défense de l’Assemblée nationale, réunie pour examiner le budget 2027 des armées. La ministre Catherine Vautrin y a annoncé que l’entraînement des premiers pilotes ukrainiens sur Rafale commencerait en novembre, sur le sol français, comme le prévoyait la déclaration franco-ukrainienne de juillet. Début octobre, le ministre délégué à l’Europe, Benjamin Haddad, affirmait déjà que le travail sur cette formation avait commencé.

Seize avions et des munitions produites sur place
Cette formation découle de la déclaration commune publiée le 14 juillet par les présidents français et ukrainien. Kiev y annonce la commande de seize Rafale et de leur armement, une première tranche sur les 100 appareils au plus envisagés dans une lettre d’intention de novembre 2025. Les quatre premiers ne seront transférés qu’à la fin de la formation des pilotes et des mécaniciens, et Emmanuel Macron espérait alors voir les premiers voler au-dessus de l’Ukraine en 2028 ou 2029. Le texte autorise aussi la fabrication sous licence en Ukraine des bombes AASM et des missiles SCALP avant la fin de l’année, et, avec Rome, celle des missiles Aster 30.
Le rival suédois a pris une longueur d’avance
Pendant ce temps, Stockholm a avancé ses pions. Dès octobre 2025, Kiev signait une lettre d’intention portant sur 100 à 150 Gripen. Le 28 mai dernier, la Suède a franchi une étape : elle offrira seize Gripen plus anciens, livrables dès 2027 pour boucher les trous, en contrepartie de l’achat d’appareils neufs. Ce jour-là, le ministre suédois de la Défense, Pål Jonson, indiquait que des pilotes ukrainiens étaient déjà en formation sur l’appareil, et que le programme monterait en puissance à l’automne.
Un ordre d’arrivée qui s’inverse sur le neuf
C’est ici que le match se retourne. Le 30 juin, Saab a signé avec l’agence d’armement suédoise un contrat de 16 Gripen neufs destinés à l’Ukraine, pour 24,6 milliards de couronnes, soit environ 2,2 milliards d’euros. Mais l’industriel doit les livrer à l’agence suédoise en 2029 et 2030, et Kiev ne les attend pas avant 2030. Si la commande de Rafale se confirme et que le calendrier tient, l’avion français pourrait donc précéder le Gripen neuf dans le ciel ukrainien :
| Gripen d’occasion | Gripen neufs | Rafale | |
| Nombre | 16, offerts par la Suède | 16 commandés fin juin, 20 annoncés en mai | 16 annoncés en juillet, jusqu’à 100 envisagés |
| Statut | Don prévu | Contrat signé | Commande pas encore confirmée |
| Arrivée prévue | 2027 | À partir de 2030 | 2028 ou 2029 |
| Financement | Don suédois | 2,5 milliards d’euros réservés par Kiev sur le prêt européen | Demandé sur le prêt de soutien européen 2026 et 2027 |
Deux façons très différentes de faire la guerre aérienne
Les deux avions ne racontent pas la même histoire. Le Gripen est un monoréacteur léger, conçu en Suède pendant la guerre froide pour quitter les grandes bases trop exposées : il décolle de tronçons de route et repart en mission après une dizaine de minutes de ravitaillement et de réarmement, avec une petite équipe au sol. Un argument de poids quand les bases aériennes sont dans le viseur des missiles russes. Le Rafale, biréacteur plus lourd, mise sur la charge emportée, avec notamment les missiles SCALP et les bombes AASM que l’Ukraine pourra justement produire chez elle.
Une course contre la montre avant même de décoller
Reste la question du temps d’apprentissage. Les pilotes croates, passés du vieux MiG-21 au Rafale, ont eu besoin d’environ quinze mois de formation de base, entre 2022 et la fin 2023. Des aviateurs ukrainiens rompus au combat pourraient aller plus vite, estime le site spécialisé ukrainien Defense Express. Le chef d’état-major des armées, le général Fabien Mandon, tempère : devant les mêmes députés, il a prévenu que la formation prendrait plusieurs années, tout en assurant qu’aucun Rafale ne serait prélevé sur les escadrons français.
Sources :
- Defense News, France to start training Ukrainian pilots on Rafale warplanes in November, minister says, 8 octobre 2026
- Zone Militaire, Aucun Rafale destiné à l’Ukraine ne sera prélevé dans la dotation des escadrons français, assure le général Mandon, 8 octobre 2026
- Kurs, France has begun training Ukrainian pilots for Rafale fighters, 2 octobre 2026
- Présidence de l’Ukraine, Déclaration commune des présidents de l’Ukraine et de la France, 14 juillet 2026
- Defense News, Ukraine to buy 20 new Gripen jets, Sweden to donate older jets sooner, 28 mai 2026
- The Aviationist, Ukraine to acquire 20 Gripen E/Fs as Sweden pledges donation of 16 Gripen C/Ds, 28 mai 2026
- Saab, Saab signs contract for Gripen E for Ukraine, 30 juin 2026
- Saab, Gripen designed for dispersed air basing system, 7 août 2020
- Defense Express, Ukrainian pilots to begin Rafale training in November: will their training take 15 months, as it did for Croatian pilots?, 9 octobre 2026
- Ukrainska Pravda, First Mirage fighter jets arrive in Ukraine, French defence minister says, 6 février 2025
- Conversion des couronnes suédoises au taux de référence de la BCE du 22 octobre 2026

