Deux Mirage 2000 ont été transformés en bancs d’essai pour l’intelligence artificielle sur la base aérienne de Mont-de-Marsan.
Ils servent le projet HypAIRion, lancé en juillet 2026, qui rassemble toutes les initiatives d’IA de l’armée de l’Air et de l’Espace autour d’un objectif : faire voler des drones de combat collaboratifs aux côtés des Rafale. Le programme est porté avec la Direction générale de l’armement et l’agence ministérielle pour l’intelligence artificielle de défense. Il est présenté comme expérimental, ce qui situe honnêtement son stade de maturité.
Le point de départ est un problème de quantité
Le colonel Cédric, chef du bureau développement capacitaire de l’état-major de l’armée de l’Air et de l’Espace, pose le constat sans détour : « en haute intensité, la qualité ne dispense jamais totalement de la quantité ». Autrement dit, une flotte excellente mais réduite reste une flotte réduite.
Le Rafale « restera le cœur du combat aérien », mais il s’agit de « l’épaissir » avec des drones de combat collaboratifs, décrits comme « un avion de chasse simplifié et sans pilote, plus simple et surtout moins cher ». Ces plateformes doivent permettre de voir plus loin en forçant l’adversaire à se dévoiler, et de faire prendre des risques au seul vecteur inhabité.
Le second problème est le temps
« Celui qui prend l’ascendant est celui qui détecte, comprend, décide et agit plus vite que son adversaire », insiste le colonel. Dans cette lecture, l’IA sert à « transformer l’abondance de données en avantage opérationnel », pas à remplacer le pilote.
S’y ajoute une contrainte de rythme industriel. L’officier cite le drone russe Geran, déjà à sa cinquième version, pour justifier le recours à des architectures ouvertes et modulaires. Sa formule résume l’intention : « demain, nos plateformes seront de véritables ordinateurs qui volent ».

Deux Mirage 2000 en bancs d’essai
La partie la plus concrète de l’annonce tient en une phrase : deux Mirage 2000 sont d’ores et déjà transformés en bancs d’essai IA sur la base de Mont-de-Marsan. Utiliser un appareil en fin de carrière comme plateforme d’expérimentation est une pratique éprouvée, qui évite d’immobiliser un Rafale opérationnel.
Mont-de-Marsan n’est pas choisie au hasard : la base abrite le centre d’expertise aérienne militaire, dont le métier est précisément d’évaluer en vol ce que les bureaux d’études proposent. C’est là que se tranche la différence entre une démonstration en laboratoire et un équipement qu’un pilote accepte d’emporter en mission.
Une IA revendiquée comme souveraine
Le colonel Thibault, sous-directeur « emploi de l’IA » à l’AMIAD, décrit l’apport de son agence : des « technologies d’IA souveraines » pour l’autonomie des plateformes et pour le système de commandement et de contrôle. L’objectif affiché est l’autonomie de mission, définie comme le fait d’« aider toutes les capacités cognitives de nos pilotes pour toujours avoir un temps d’avance sur la menace ».
L’agence s’appuiera sur le projet Pendragon, mené avec l’armée de Terre depuis dix-huit mois. Trois défis sont identifiés : l’entraînement des modèles sur des données opérationnelles, l’architecture distribuée entre plateformes et la sécurité de l’IA elle-même. Deux facteurs de réussite sont cités, l’implication des pilotes et « une démarche itérative par expérimentation ».

La première brique arrive en 2027
Côté industriel, l’ingénieur général de l’armement Sébastien, directeur du programme Rafale à la DGA, part d’un constat ergonomique : la « charge cognitive absolument phénoménale » qui pèse sur l’équipage. L’objectif est de « simplifier la vie de l’équipage tout en améliorant son efficacité opérationnelle ».
La première application concrète est le pod de désignation laser TALIOS, dont l’IA détecte et catégorise automatiquement les cibles au sol, avec une livraison prévue dès 2027. Ces expérimentations doivent nourrir le standard F5 du Rafale, attendu en 2033.
Ce que le calendrier laisse entendre
Entre une première brique en 2027 et un standard F5 en 2033, l’écart dit où en est réellement le sujet. L’automatisation de la détection sur un pod existant est à portée de main ; faire voler un drone de combat en équipier d’un Rafale relève encore de l’expérimentation.
Le ministère ne communique ni budget, ni nombre de drones envisagés, ni date d’entrée en service d’une capacité opérationnelle. HypAIRion est pour l’instant un cadre qui rassemble des travaux, pas un programme d’armement doté.
Source :
- Ministère des Armées, HypAIRion : l’IA au service du combat aérien français, 1er octobre 2026

