Le Parlement algérien a autorisé le 25 octobre l’envoi de troupes dans le nord du Niger, quatre jours après la signature d’un accord de défense entre Alger et Niamey.
Selon Jeune Afrique, le détachement doit prendre ses quartiers à Madama, l’ancienne base opérationnelle avancée des forces françaises de l’opération Barkhane. Le site est situé à une centaine de kilomètres de la frontière libyenne. La France l’a quitté il y a bientôt trois ans, à la demande de la junte au pouvoir à Niamey.
Ce que le Parlement algérien a autorisé
L’accord de défense a été conclu le 21 octobre, sans que son contenu soit rendu public. Le déploiement qui en découle a été présenté par le parti au pouvoir comme répondant à la nécessité de protéger les intérêts vitaux du pays, compte tenu de l’élargissement des menaces transfrontalières, de la multiplication des conflits au Sahel et de la propagation du terrorisme, de la criminalité organisée, de la contrebande d’armes et du trafic de drogue.
Le portail d’informations Algérie 360 précise que la mission du détachement consistera essentiellement à protéger des infrastructures énergétiques, et non à engager le combat. La nuance a son importance : elle distingue ce déploiement d’une opération de contre-insurrection comme celles que la France a conduites dans la région.
Madama, une base construite pour surveiller la Libye
Ouverte en 2014 dans le cadre de Barkhane, la base de Madama a compté de l’ordre de deux cents à deux cent cinquante militaires français. Sa raison d’être était géographique : contrôler les itinéraires reliant le sud libyen au nord du Niger, par lesquels circulaient armes, combattants et trafics.
C’est cette même géographie qui intéresse aujourd’hui Alger. Une base à cent kilomètres de la frontière libyenne surveille un carrefour, et non un théâtre d’opérations. Elle offre un point d’appui logistique dans une zone où l’autonomie d’une colonne se compte en centaines de kilomètres.

Le départ français, en trois mois
Le retrait a été annoncé le 24 septembre 2023 par le président de la République, pour les 1 500 militaires français alors présents au Niger. Un protocole signé le 19 octobre 2023 a fixé le calendrier de sortie, et la dernière emprise militaire a été restituée le 22 décembre 2023.
Le Niger a par la suite rompu également avec les États-Unis sur le plan militaire. Entre ce double départ et l’installation annoncée d’un détachement algérien, trois ans se seront écoulés, pendant lesquels la menace jihadiste que Niamey ne parvient pas à endiguer s’est maintenue.
Pourquoi Alger, et pourquoi maintenant
Le rapprochement est récent. Les deux pays s’étaient fâchés après la destruction d’un drone malien par l’armée algérienne en avril 2025, avant de se réconcilier en février. Les intérêts énergétiques ont pesé : le projet de gazoduc transsaharien, destiné à acheminer du gaz nigérian vers l’Algérie, a été relancé, et le groupe public Sonatrach a lancé en août le forage d’un puits de pétrole près de Kafra, dans le nord du Niger.
Le volet militaire a suivi le même mouvement. Alger a livré en août quatre hélicoptères aux forces nigériennes, deux Mi-24V et deux Mi-171. Après une mutinerie de militaires nigériens, réprimée par les forces loyales à la junte et par le groupe paramilitaire russe Africa Corps, l’Algérie a dépêché à Niamey quatre chasseurs Su-30 armés de missiles air-air et un ravitailleur Iliouchine Il-78, à la demande des autorités nigériennes.

Une rupture dans la doctrine algérienne
Ce type d’intervention était inédit. Depuis la guerre du Kippour, pendant laquelle elle avait appuyé Le Caire, l’Armée nationale populaire n’était plus autorisée à opérer au-delà des frontières nationales, au nom d’une politique de non-ingérence. Cette règle a été assouplie par la révision constitutionnelle de 2020.
L’installation à Madama constituerait donc la première implantation durable de l’armée algérienne hors de ses frontières depuis des décennies. Le président algérien, Abdelmadjid Tebboune, avait donné le ton début octobre, promettant de protéger le Niger « quoi qu’il arrive » et, en cas de complot contre lui, de se tenir à ses côtés « dans la même tranchée, avec les actes, pas avec des paroles ».
Ce que l’accord ne dit pas
Ni le contenu de l’accord du 21 octobre, ni le volume du détachement, ni la durée du déploiement n’ont été communiqués. L’installation à Madama elle-même repose sur des informations de presse, et non sur une annonce officielle des deux capitales.
Reste une question que ces textes ne traitent pas : celle des infrastructures. Une base opérationnelle avancée en plein désert vit de ses rotations aériennes et de ses convois, et c’est leur tenue dans la durée, bien plus que la signature d’un accord, qui dira la portée réelle de cet engagement.
Source :
- La Nouvelle Tribune, Niger : l’armée algérienne autorisée à s’installer sur l’ancienne base française de Madama, octobre 2026

