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Apprentissage dans le Grand Est : l’État réduit les aides, 6 millions d’euros en jeu, les CFA sous tension

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Le gouvernement table sur 849 000 nouveaux contrats d’apprentissage en 2026, mais réduit les aides aux employeurs après un pic historique de plus d’un million d’alternants fin 2025.

L’objectif d’Emmanuel Macron est atteint avec trois ans d’avance. Fin décembre 2025, 1 037 200 personnes occupaient un poste en contrat d’apprentissage en France. Le président avait promis un million d’alternants en dix ans lors de son premier quinquennat en 2017. Mais la facture grimpe : 16,5 milliards d’euros consacrés par l’État en 2023, et le gouvernement change de cap. Les primes à l’embauche, jusqu’ici accessibles à la quasi-totalité des employeurs, vont être recentrées sur les profils les plus fragiles et les niveaux de diplôme inférieurs.

Cette bascule intervient après plusieurs années d’explosion des contrats, portées par la loi « Avenir professionnel » de 2018. Le nombre d’entrées en apprentissage a diminué de 4,9 % en 2025, une première depuis onze ans. Pour 2026, l’exécutif anticipe une légère reprise, mais dans un contexte budgétaire tendu. La région Grand Est, où le taux de chômage des jeunes atteint 17 %, soit un point au-dessus de la moyenne nationale, lance un programme européen de 6 millions d’euros pour soutenir l’insertion professionnelle et l’alternance sur la période 2026-2028.

En chiffres
1 037 200
Apprentis en contrat fin 2025
Objectif du million atteint avec 3 ans d'avance
16,5 Md€
Budget État pour l'alternance en 2023
Coût qui pousse à la rationalisation
849 000
Objectif nouveaux contrats 2026
Légère reprise après la baisse de 2025
−4,9 %
Chute des entrées en apprentissage en 2025
Première baisse depuis 2014
6 M€
Enveloppe FSE+ Grand Est 2026-2028
Soutien européen à l'insertion des jeunes

Un million d’alternants, 16,5 milliards de coût public

Le cap symbolique du million d’alternants masque une réalité financière qui pousse l’État à réviser son modèle. En 2023, l’apprentissage représentait 16,5 milliards d’euros de dépenses publiques. Les aides exceptionnelles mises en place pendant et après la crise sanitaire ont été prolongées, mais leur généralisation a fait exploser la facture. Depuis mars 2026, un décret publié au Journal officiel le 7 mars modifie les conditions d’attribution des primes pour les contrats conclus à partir du 8 mars 2026 et débutant avant le 1er janvier 2027[4].

Le nouveau dispositif distingue désormais les entreprises selon leur taille et le niveau de diplôme préparé par l’apprenti. Les primes ne sont plus universelles : elles ciblent en priorité les jeunes sans qualification ou avec un niveau inférieur au bac, là où l’insertion reste la plus difficile. Les employeurs de moins de 250 salariés conservent un soutien, mais les grands groupes voient leurs aides réduites. L’objectif affiché par le gouvernement : passer d’une logique de quantité à une logique de performance et de soutenabilité financière[1].

Cette rationalisation budgétaire s’accompagne d’un objectif chiffré pour 2026 : 849 000 nouveaux contrats d’apprentissage, soit une légère hausse par rapport à 2025[5]. Mais Yves Hinnekint, président de l’association Walt, alerte sur les conséquences concrètes du recul des aides. « Pour la première fois depuis la réforme de 2018, nous pourrions voir, dès 2026, des jeunes ne pas trouver d’employeur à l’issue des trois mois de recherche autorisés au sein de leur centre de formation d’apprentis », déclare-t-il[3]. Selon Walt et le cabinet Quintet, l’année 2025 a constitué « une année de bascule » pour l’alternance, et 2026 s’annonce comme « une année de rupture ».

Évolution du nombre d’apprentis et du budget public
Indicateur Valeur
Apprentis en contrat fin décembre 2025 1 037 200
Budget État pour l’alternance en 2023 16,5 milliards €
Objectif nouveaux contrats 2026 849 000
Variation entrées en apprentissage 2025 -4,9 %

Source : Centre Inffo, AEF info

Le Grand Est mobilise 6 millions d’euros du FSE+

Face à la contraction des aides nationales, les régions prennent le relais. Le Grand Est lance un appel à projets doté de 6 millions d’euros sur la période 2026-2028, financé par le Fonds social européen (FSE+)[2]. Ce programme vise à améliorer l’accès à l’emploi et à renforcer l’alternance pour les jeunes, avec une priorité donnée aux publics les plus éloignés du marché du travail.

Le dispositif couvre l’ensemble de la région, où le taux de chômage des jeunes s’établit à 17 %, contre 16,8 % au niveau national. Quatre départements du Grand Est affichent des taux inférieurs à la moyenne régionale et nationale : le Bas-Rhin, le Haut-Rhin, la Meurthe-et-Moselle et la Haute-Marne. Mais les autres territoires accusent des difficultés persistantes, avec une surreprésentation des jeunes dans les chiffres du chômage.

Les projets éligibles doivent s’inscrire dans une logique d’insertion professionnelle et d’accompagnement renforcé vers l’alternance. Le FSE+ finance jusqu’à 60 % du coût total des opérations, avec un montant minimum de 30 000 euros par projet et une durée comprise entre 12 et 36 mois. La date limite de dépôt des candidatures est fixée au 5 mars 2026. Les porteurs de projets peuvent être des associations, des organismes de formation, des missions locales ou des acteurs de l’insertion.

Ce soutien européen intervient dans un contexte où l’apprentissage reste un débouché de première importance pour les jeunes, mais où les employeurs deviennent plus sélectifs. Moins d’aides à l’embauche signifie potentiellement moins d’offres de contrats, ou une concentration sur certains profils jugés plus rapidement opérationnels. Les centres de formation d’apprentis (CFA) se retrouvent eux aussi fragilisés financièrement, leur modèle économique dépendant du nombre de contrats conclus.

Pourquoi l'apprentissage entre en zone de turbulences

Coût budgétaire explosif
L'apprentissage coûtait 16,5 milliards d'euros à l'État en 2023. Le gouvernement recentre les aides sur les profils les plus fragiles pour rationaliser la dépense.
Première baisse depuis 2014
Les entrées en apprentissage ont chuté de 4,9 % en 2025, une rupture après des années de croissance continue depuis la réforme de 2018.
Risque de jeunes sans employeur
Les CFA redoutent que des apprentis ne trouvent pas de contrat dans les trois mois autorisés, faute d'aides suffisantes pour inciter les entreprises.
Le Grand Est à 17 % de chômage jeune
La région mobilise 6 millions d'euros du FSE+ sur 2026-2028 pour compenser le recul des aides nationales et soutenir l'insertion des jeunes.
Objectif 2026 : 849 000 contrats
Le gouvernement table sur une légère reprise en 2026, mais dans un cadre budgétaire contraint qui privilégie la performance à la massification.

Qui est concerné par la réforme de 2026

La loi apprentissage 2026 touche l’ensemble des acteurs de l’alternance. Les apprentis sont en première ligne : les nouvelles conditions de financement impactent directement leur parcours. Si les aides se concentrent sur les niveaux de diplôme inférieurs, les jeunes préparant des diplômes de niveau bac+3 ou supérieur risquent de voir leurs opportunités se réduire, faute d’employeurs prêts à embaucher sans prime.

Les entreprises, surtout celles de plus de 250 salariés, doivent arbitrer entre maintenir leur volume de recrutements en alternance ou réduire leurs effectifs d’apprentis. Certaines ont déjà amorcé ce recalibrage dès 2025, anticipant la baisse des soutiens publics. Les CFA, de leur côté, doivent s’adapter à un marché moins porteur. Plusieurs structures ont alerté sur le risque de ne plus pouvoir garantir à tous leurs inscrits une place en entreprise dans les trois mois réglementaires.

Le gouvernement mise sur un rééquilibrage, avec des aides recentrées sur les publics prioritaires et une responsabilisation accrue des employeurs. Mais la transition entre le modèle massifié de 2018-2025 et ce nouveau cadre plus sélectif s’annonce délicate. Les chiffres de 2026 diront si l’objectif de 849 000 nouveaux contrats est atteignable sans casser la dynamique de l’emploi des jeunes, ou si la rupture redoutée par les acteurs de terrain se confirme.

Apprentissage 2026 : les chiffres qui basculent

  • L'objectif d'un million d'alternants fixé par Emmanuel Macron en 2017 est atteint fin 2025, avec trois ans d'avance.
  • Le gouvernement vise 849 000 nouveaux contrats d'apprentissage en 2026, après une baisse de 4,9 % des entrées en 2025.
  • Depuis le 8 mars 2026, les aides à l'embauche sont recentrées sur les entreprises de moins de 250 salariés et les niveaux de diplôme inférieurs.
  • Le Grand Est lance un appel à projets de 6 millions d'euros sur 2026-2028, financé par le FSE+, pour l'insertion des jeunes.
  • Yves Hinnekint, président de Walt, alerte : en 2026, des jeunes pourraient ne pas trouver d'employeur dans les trois mois réglementaires.
Brigitte Müller
Brigitte Müller
Brigitte Müller, rédactrice régional(e) — La Voix de France. Textes produits avec l'assistance de l'IA et relus par notre équipe éditoriale.

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