Lundi 3 août, vingt-cinq soldats des Forces armées d’Haïti ont posé le pied à l’aéroport Aimé-Césaire du Lamentin. Direction : le 33e Régiment d’infanterie de marine, caserne Gerbault à Fort-de-France. Combat urbain, tir, secourisme, méthodes d’intervention : le programme est dense, la formation intensive. Ces militaires ne viennent pas là pour du folklore. Haïti les envoie préparer une armée qui doit affronter, chez elle, des groupes armés qui depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse en 2021 ont plongé le pays dans une guerre urbaine meurtrière. Des milliers de morts, des milliers de déplacés. Les soldats formés ici rentreront dans ce chaos.
C’est la Martinique qui accueille cette montée en compétence. Depuis le lancement du partenariat militaire opérationnel SABRE entre la France et Haïti, près de 200 militaires haïtiens sont passés par le 33e RIMA. Ces stages répétés, ces rotations de soldats qui embarquent à Port-au-Prince et débarquent au Lamentin dessinent une coopération qui a pris son rythme. L’ambassade de France en Haïti pilote, le 33e RIMA forme, les Forces armées des Antilles encadrent. L’objectif affiché : renforcer les capacités opérationnelles des FAD’H, échanger de l’expertise, bâtir une armée professionnelle capable de tenir le terrain.
Une armée qui, il faut le dire, revient de loin. Fondée en 1804, un an après la bataille de Vertières où Jean-Jacques Dessalines et François Capois ont fait plier les troupes napoléoniennes de Donatien de Rochambeau, l’armée haïtienne a marqué l’histoire de son pays. Elle l’a aussi parfois fracturé : coups d’État, violations des droits humains. En 1995, sous la présidence de Jean-Bertrand Aristide, elle est dissoute. La sécurité du pays passe à la Police nationale d’Haïti. Pendant trente ans, Haïti n’a plus d’armée. Jusqu’à ce que la violence armée impose son retour.
Le 30 juillet dernier, Antoine Michon, ambassadeur de France en Haïti en fin de mission, a pris position lors d’un déjeuner de presse : la dissolution de l’armée il y a trente ans était « une décision funeste, la pire jamais prise en Haïti ». Une manière de justifier le partenariat SABRE et cette présence martiniquaise dans la reconstruction militaire haïtienne. Une prise de parole qui ne laisse pas indifférent, compte tenu de l’histoire entre les deux pays. Vertières, c’était la capitulation française. Aujourd’hui, c’est l’armée française qui forme l’armée haïtienne à Fort-de-France.
665 nouvelles recrues en formation, 2 000 candidats recherchés
En juillet 2026, 665 nouvelles recrues ont commencé leur formation militaire en Haïti, dont 98 femmes[2]. Le ministère de la Défense haïtien parle de « constitution d’une institution militaire moderne, professionnelle, disciplinée et pleinement opérationnelle ». Les mots sonnent comme un programme politique autant que militaire. L’armée haïtienne recrute dans tout le pays : centres d’inscription ouverts dans les grandes villes, objectif de « représentation équilibrée des différentes régions ». Deux mille candidats supplémentaires sont recherchés pour passer les épreuves d’entrée.
Pendant ce temps, à Fort-de-France, les sessions SABRE enchaînent les promotions. Les soldats haïtiens croisent les soldats français du 33e RIMA, partagent les mêmes installations, les mêmes exercices. Le ministère de la Défense haïtien a remercié le gouvernement français et l’ambassadeur Michon pour l’accompagnement technique, logistique et pédagogique. Côté français, on insiste sur la qualité des relations d’amitié et de coopération entre les deux États, sur l’engagement commun en faveur de la sécurité, de la stabilité et du renforcement des capacités institutionnelles dans la région.
Le 33e RIMA, régiment historique de l’armée de Terre française, constitue la composante terrestre des Forces armées aux Antilles. Il intervient régulièrement dans des missions de préparation opérationnelle, de sécurisation et de gestion de crise dans la région. Pour les soldats haïtiens, c’est un terrain d’entraînement réel, un environnement caribéen proche du leur, une expertise militaire rodée. Pour la Martinique, c’est une visibilité stratégique dans un partenariat régional qui dépasse la seule dimension militaire.
Les vingt-cinq soldats arrivés lundi rejoignent une longue liste. Deux cents, c’est un chiffre qui pèse. C’est une partie d’une génération de cadres militaires haïtiens formés dans la même école, avec les mêmes méthodes, les mêmes références. Une armée qui se reconstruit ne part jamais de zéro : elle se construit sur des hommes, des femmes, des formateurs, des lieux. Pour une part de l’armée haïtienne en 2026, ce lieu, c’est Fort-de-France.
Sources
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