MarineLe seul porte-avions nucléaire français a déjà tiré plus de coups de...

Le seul porte-avions nucléaire français a déjà tiré plus de coups de catapulte que le Foch, et personne ne connaît encore l’état réel de ses deux réacteurs

Date:

Un second porte-avions de nouvelle génération coûterait environ 30 % de moins que le France Libre, hors infrastructures.

Le chiffre vient de l’avis budgétaire du député Yannick Chenevard, rapporteur pour avis sur le programme 178 consacré à la Marine, pour le projet de loi de finances 2027. Encore faudrait-il commander ce second bâtiment avant 2029, faute de quoi l’économie annoncée disparaît.

Pourquoi la question revient

Depuis le retrait du Clemenceau et du Foch, la Marine nationale ne dispose que d’un seul porte-avions. Le chef d’état-major des armées, le général Fabien Mandon, a reposé le problème devant les sénateurs en termes opérationnels : « Un outil de combat qui est disponible 65 % du temps, ce n’est pas l’idéal. »

La permanence d’alerte aéronavale suppose en effet deux coques. Avec une seule, chaque arrêt technique ouvre une fenêtre pendant laquelle la France n’a pas de groupe aéronaval disponible, quelle que soit la situation internationale.

Deux porte-avions, mais pas avant 2036

Le chef d’état-major de la Marine, l’amiral Christophe Cluzel, situe entre 2036 et 2038 le moment où ce format de deux bâtiments serait atteint, c’est-à-dire quand le porte-avions de nouvelle génération France Libre entamera ses essais à la mer.

Cette fenêtre suppose que le Charles de Gaulle soit encore là. Son état réel ne sera connu qu’après son prochain arrêt technique majeur, qui permettra d’évaluer les cuves de ses deux réacteurs K15 et les structures les plus exposées à l’usure et à la corrosion.

Un avion de combat quitte la piste oblique d'un porte-avions, train sorti au-dessus de la mer
Un Rafale M de la Marine nationale catapulté depuis un porte-avions américain, lors d’un échange entre marines. Le Charles de Gaulle a déjà tiré plus de coups de catapulte que le Foch en vingt-cinq ans de service. Photo : Brandon Morris / Wikimedia Commons, Public domain

Ce que le Charles de Gaulle a déjà encaissé

Le rapporteur avance un argument peu connu : parce qu’il est unique, ce navire a déjà tiré plus de coups de catapulte que le Foch et parcouru une plus longue distance que le Clemenceau, vingt-cinq ans après son admission au service actif.

L’industrie française promet de fabriquer jusqu’à 100 munitions téléguidées par jour, mais l’État n’en commande que quelques centaines, soit à peine quelques jours de production

L’usure d’un porte-avions ne se mesure donc pas en années de service mais en sollicitations. Un bâtiment seul encaisse ce que deux se partageaient, et c’est exactement ce que le format à une coque impose depuis un quart de siècle.

Deux milliards pour quelques années

Prolonger le Charles de Gaulle au-delà de 2040 supposerait un quatrième arrêt technique majeur, dont le coût est estimé à 2 milliards d’euros. Le bénéfice serait mince.

Le précédent cité est éclairant. Quand il a fallu prolonger le sous-marin nucléaire d’attaque Rubis au-delà de 2018, en raison du retard du programme Barracuda, la prolongation n’a été que de quatre ans. Et ce qui a été possible pour un sous-marin ne l’est pas forcément pour un porte-avions, dont les chaufferies sont davantage sollicitées. La permanence d’alerte « ne serait pas véritablement réglée par la prolongation du Charles de Gaulle, laquelle ne serait qu’une solution très temporaire et particulièrement coûteuse », conclut le rapporteur.

La superstructure d'un porte-avions et ses radars, détaillée de près sous un ciel clair
L’îlot du Charles de Gaulle et ses antennes radar. Son prochain arrêt technique majeur doit révéler l’état des cuves de ses deux réacteurs K15. Photo : Rama / Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.0 fr

Un troisième porte-avions n’est pas dans la discussion

La question posée n’est pas celle d’un groupe aéronaval permanent en opération, qui exigerait trois bâtiments, mais celle d’une alerte tenue sans interruption, qui en demande deux.

C’est une nuance de format, et elle change l’ordre de grandeur budgétaire. Deux coques permettent qu’un bâtiment soit toujours en mesure d’appareiller pendant que l’autre est en entretien ou en entraînement, sans garantir pour autant une présence continue sur un théâtre éloigné.

Trente pour cent de moins, et pourquoi

Reste donc la construction d’un second bâtiment de nouvelle génération. Son coût « devrait être inférieur à celui du France Libre pour deux raisons », selon l’avis budgétaire : l’ensemble des coûts de développement du programme est supporté par le premier exemplaire, et l’effet de série entraîne des économies d’échelle sur la construction, les chaufferies et les systèmes d’armes.

D’où l’estimation d’environ 30 % de moins, hors infrastructures. La précision compte : les quais, les bassins et les installations à terre d’un porte-avions nucléaire ne bénéficient pas du même effet de série, et ne sont pas inclus dans ce calcul.

Ce que le calendrier impose

Pour profiter de cet effet de série, la commande devrait être notifiée en 2029 au plus tard, afin que la construction prenne la suite de celle du France Libre. Le rapporteur indique avoir obtenu confirmation qu’elle serait tout à fait possible pour les Chantiers de l’Atlantique dans ces conditions.

Le chiffre de 30 % reste toutefois à préciser, et ce sont les études de coûts que le gouvernement doit remettre au Parlement en 2028, conformément à la loi de programmation militaire, qui le feront. Autrement dit, la décision se joue dans un intervalle d’un an : des études en 2028, une commande en 2029. Passé ce créneau, l’argument de l’économie d’échelle tombe, et le débat redevient celui d’un programme neuf.

Source principale :

  • Vie publique, « Loi du 1er août 2023 de programmation militaire 2024-2030 », 1er août 2023
    https://www.vie-publique.fr/loi/300330-loi-du-1er-aout-2023-programmation-militaire-2024-2030-lpm
    Fournit l’obligation faite au gouvernement de remettre au Parlement des études de coûts en 2028.

Sur le meme sujet

Derniers articles