La société française Asman Technology s’apprête à faire voler le DSLR Sentinelle MK1, un drone de moyenne altitude et longue endurance exclusivement consacré à la guerre électronique et aux missions de renseignement, de surveillance et de reconnaissance.
L’entreprise a diffusé le 29 octobre une vidéo montrant l’appareil en essais de roulage sur la piste de l’aéropôle de Jonzac, en Charente-Maritime, ce qui place son premier vol à brève échéance.
Un industriel qui n’était pas sur la liste
Au Salon du Bourget 2025, la direction générale de l’armement a subventionné cinq industriels français pour développer un drone de théâtre : Turgis Gaillard pour l’Aarok, Daher pour l’EyePulse, SE Aviation pour le Driade, Aura Aero pour l’Enbata et Fly’R pour le R2-600. Trois de ces appareils ont déjà volé.
Asman Technology ne figurait pas parmi les bénéficiaires. L’entreprise mène donc son développement sans subvention publique, ce qui est à la fois une contrainte de trésorerie et une liberté de calendrier, puisqu’elle ne dépend d’aucune échéance administrative pour avancer.
Quinze mètres d’envergure, une tonne au décollage
Le Sentinelle MK1 affiche une envergure de 15 mètres pour une masse maximale au décollage de 1 000 kilogrammes, ce qui en fait un poids plume dans sa catégorie. Il emporte 200 kilogrammes de charge utile, vole à 23 000 pieds à une vitesse de croisière de 200 km/h, et affiche une autonomie de 21 heures.
Il décolle et atterrit automatiquement, y compris sur des pistes courtes. Cette dernière caractéristique vaut mieux qu’un supplément de performance : un appareil qui se contente d’un terrain sommaire s’emploie depuis des endroits qu’un drone plus lourd ne peut pas utiliser.

Sans aucun composant américain
L’appareil est assemblé sans le moindre composant soumis à la réglementation américaine sur les exportations d’armement, ce que le secteur désigne par la formule ITAR free.
Cette caractéristique est commerciale autant que technique. Un matériel contenant un composant américain ne peut être exporté sans l’accord de Washington, qui peut le refuser ou le retirer. S’en affranchir ouvre des marchés fermés aux produits soumis à cette règle, et c’est devenu un argument de vente à part entière pour les industriels européens.
Une charge utile signée Eviden
Le drone embarque des modules de renseignement d’origine électromagnétique et de guerre électronique de la gamme Avantix, proposée par Eviden, filiale du groupe Atos.
Le choix révèle la logique du programme. Asman Technology ne vend pas d’abord une cellule volante mais une chaîne complète, du capteur à l’exploitation. « Contrairement aux programmes de drones centrés sur la plateforme, Sentinelle est issu d’une expérience opérationnelle de l’intégration ISR et a été pensé pour répondre à l’ensemble de la chaîne du renseignement, de la détection à l’exploitation », explique l’entreprise.

Un créneau que les cinq autres ne couvrent pas
Les appareils subventionnés par la DGA visent un drone de théâtre polyvalent, capable d’observer et, pour certains, d’emporter de l’armement. Le Sentinelle, lui, est annoncé comme exclusivement dédié à l’écoute et à la guerre électronique.
La spécialisation est un pari. Elle réduit le marché potentiel, mais elle évite la concurrence frontale avec cinq concurrents déjà financés, et elle répond à un besoin que la France connaît bien : le renseignement d’origine électromagnétique aéroporté, dont elle est privée depuis le retrait de ses Transall Gabriel en 2022.
Quinze ans de drones manqués
Le contexte explique l’abondance actuelle de projets français. Il y a quinze ans, faute de solution nationale ou européenne, le remplacement des drones de moyenne altitude donna lieu à un débat entre partisans d’une francisation du Heron TP israélien et tenants de l’achat sur étagère du Reaper américain.
Le programme franco-britannique Telemos n’eut pas de suite, et l’EuroDrone conduit par Airbus prit le relais sans avoir effectué son vol inaugural à ce jour. Le ministère des Armées ne compte plus sur lui, alors qu’il en a commandé quatre systèmes, soit douze appareils, en février 2022. C’est ce renoncement de fait qui a ouvert la porte à la génération actuelle d’appareils plus légers et moins coûteux.
Ce que l’entreprise ne dit pas
Ni la date du premier vol, ni le coût unitaire visé, ni l’existence d’un client ne sont communiqués. Aucune commande publique n’est annoncée, et l’appareil n’entre dans aucun des cinq dossiers subventionnés par la DGA.
C’est la difficulté de cette position. Un drone de renseignement électromagnétique s’adresse à un nombre restreint d’acheteurs, essentiellement étatiques, et son intérêt dépend de capteurs dont la qualification relève justement de l’État. Voler ne suffira pas : il faudra convaincre un client dont la liste des fournisseurs est déjà établie.
Sources principales :
- Direction générale de l’armement, « Le ministère des Armées commande douze Eurodrone (4 systèmes) », 28 février 2022
https://www.defense.gouv.fr/dga/actualites/ministere-armees-commande-douze-eurodrone-4-systemes
Établit la commande française de quatre systèmes Eurodrone, programme sur lequel le ministère ne compte plus.

