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Préféré par l’Inde au chasseur américain, le Rafale vient de se poser du premier coup sur son porte-avions sans catapulte, une première pour l’avion français

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Un Rafale M piloté par un pilote d’essais de Dassault Aviation s’est posé le 29 octobre sur le porte-avions indien INS Vikrant.

L’appareil a accroché le brin numéro 3 dès sa première tentative, selon la marine indienne. La performance tient moins à l’appontage lui-même qu’à la configuration du navire : le Vikrant n’a pas de catapulte.

Un porte-avions sans catapulte

L’INS Vikrant est un bâtiment dit STOBAR, pour décollage court mais appontage arrêté. Les aéronefs y décollent grâce à un tremplin et se posent sur des brins d’arrêt, là où les porte-avions français et américains catapultent leurs appareils.

La différence n’est pas cosmétique. Sans catapulte, un avion doit atteindre seul sa vitesse de décollage sur une piste courte, ce qui limite sa masse au départ, donc son carburant et son armement. Un chasseur conçu pour la catapulte doit démontrer qu’il s’accommode de cette contrainte, et c’est l’objet de ces essais.

Ce que montrent les images

D’après les images diffusées par la marine indienne, le Rafale M était en configuration lisse, c’est-à-dire sans emport extérieur. Les conditions météorologiques paraissaient optimales et la mer calme, même si rien n’indique quel vent régnait sur le pont.

Sur une photographie, l’appareil quitte le porte-avions crosse rentrée et sans postcombustion, ce qui suggère la phase finale d’un toucher suivi d’une remise de gaz. Ces précisions comptent : un appontage par mer formée, de nuit et avec emport, reste une autre affaire, et c’est la suite de la campagne qui l’établira.

Un avion de combat gris roule sur une piste oblique de porte-avions, crosse d'appontage sortie
Un Rafale M de la Marine nationale effectue un toucher suivi d’une remise de gaz sur un porte-avions américain. Sur le Vikrant, l’appareil a accroché le brin numéro 3 dès sa première tentative. Photo : US Navy / Wikimedia Commons, Public domain

Trente-trois ans après le Foch

La scène en rappelle une autre. En avril 1993, moins de trois ans après son vol inaugural, le Rafale Marine M01 effectuait ses premiers appontages et catapultages à bord du porte-avions Foch, en Méditerranée, aux commandes du pilote d’essais Yves Kerhervé.

Le seul porte-avions nucléaire français a déjà tiré plus de coups de catapulte que le Foch, et personne ne connaît encore l’état réel de ses deux réacteurs

Entre les deux, le Rafale M s’est posé à plusieurs reprises sur des porte-avions américains lors d’exercices conjoints. Mais tous disposaient de catapultes et de brins d’arrêt, comme le Charles de Gaulle. Le Vikrant est le premier bâtiment à tremplin sur lequel l’appareil se pose.

Le premier porte-avions construit en Inde

L’INS Vikrant est l’un des deux porte-avions de la marine indienne, et le premier conçu et construit dans le pays, ce que New Delhi souligne systématiquement en le qualifiant d’« indigène ».

Qualifier un chasseur étranger sur une plateforme nationale a donc une portée qui dépasse la technique. Pour l’Inde, il s’agit de démontrer que son porte-avions peut accueillir autre chose que les appareils pour lesquels il avait été pensé. Pour le fournisseur, c’est l’occasion d’entrer dans une marine qui construit désormais ses propres coques.

Deux porte-avions naviguent en formation décalée sur une mer sombre, vus d'avion
Les deux porte-avions de la marine indienne naviguant de conserve. Le Vikrant est le premier conçu et construit dans le pays. Photo : Sarvajanik Puralekh / Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.0

Vingt-six appareils déjà commandés

La marine indienne avait évalué le Rafale M et le F/A-18 Super Hornet de Boeing lors d’une série d’essais menés depuis la base navale d’INS Hansa, à Goa, pour vérifier lequel pouvait être mis en œuvre depuis un porte-avions à tremplin.

Le chasseur français l’a emporté. En avril 2025, New Delhi a notifié à Dassault Aviation une commande de vingt-deux Rafale M et de quatre Rafale B biplaces. Depuis, il a été avancé que l’aéronavale indienne envisageait l’acquisition de trente et un appareils supplémentaires.

Ce que l’Inde apporte à la filière

Pour Dassault Aviation, l’Inde est devenue le principal client export du Rafale, toutes versions confondues. La commande navale de 2025 ouvre en outre un marché que le Rafale n’avait jamais pénétré, celui des porte-avions non catapultés.

L’enjeu dépasse les vingt-six appareils. Un chasseur qualifié sur un bâtiment à tremplin devient candidat partout où ce type de porte-avions existe, et ils sont plus nombreux que les porte-avions à catapultes, que seules la France et les États-Unis mettent en œuvre aujourd’hui.

Ce que les essais ne disent pas encore

La marine indienne parle de premières étapes vers la mise en service opérationnelle, sans calendrier. Ni le nombre d’appontages réalisés, ni les configurations testées, ni les masses au décollage ne sont communiqués.

Un détail d’exploitation manque également : la manière dont ces appareils seront soutenus. Un chasseur embarqué suppose des rechanges, des bancs de test et des mécaniciens formés, à bord comme à terre, et cette partie du contrat pèse souvent autant que les avions eux-mêmes.

C’est pourtant la masse au décollage depuis un tremplin qui déterminera l’usage réel de l’appareil. Un chasseur qui ne peut emporter qu’une fraction de son armement ou de son carburant depuis le pont perd une partie de l’intérêt qu’il présente. Les campagnes à venir, avec emport et par mer réelle, diront où se situe exactement ce compromis.

Source principale :

  • Dassault Aviation, « Rafale, le dernier-né des avions de combat de la société Dassault Aviation », 6 août 2012
    https://www.dassault-aviation.com/fr/defense/rafale/
    Présente l’appareil dont la version embarquée est en essais sur le porte-avions indien.

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