Le taux de chômage à La Réunion grimpe de 2,6 points sur un an au premier trimestre 2026, atteignant 19,6 %, alors que l’emploi salarié reste stable sur le territoire.
La situation du marché du travail réunionnais présente une contradiction apparente : le chômage augmente fortement tandis que le nombre d’emplois salariés ne recule pas. Une divergence qui s’explique par l’arrivée massive de nouveaux actifs sur le marché du travail, notamment depuis la mise en Å“uvre de la loi pour le plein emploi début 2025. La Réunion enregistre ainsi la deuxième plus forte hausse régionale du chômage en France, juste après la Guyane.
Les chiffres de l’Insee au premier trimestre 2026 montrent une stabilité de l’emploi salarié dans presque toutes les régions françaises. À La Réunion, cette stabilité masque cependant une réalité plus tendue : davantage de personnes cherchent un emploi, mais n’en trouvent pas. Le taux d’activité progresse, signe que plus de Réunionnais participent au marché du travail, mais l’économie locale ne crée pas suffisamment de postes pour absorber cette nouvelle demande.
Cette situation contraste avec celle de fin 2024, où l’île avait maintenu une dynamique d’emploi salarié plus favorable que le niveau national, portée notamment par le secteur privé. En 2025, l’agriculture, l’industrie et les services aux entreprises avaient contribué à la croissance de l’emploi. Mais ces créations n’ont pas suffi à compenser l’afflux de demandeurs d’emploi.
La loi pour le plein emploi bouleverse les statistiques
La mise en Å“uvre de la loi pour le plein emploi au premier trimestre 2025 joue un rôle central dans cette évolution. Sur les cinq trimestres suivant son application, les bénéficiaires du RSA et les jeunes de 15 à 29 ans inscrits à France Travail contribuent pour près de la moitié de la hausse du taux de chômage au niveau national. Ces publics, désormais obligés de s’inscrire et d’effectuer des démarches actives de recherche d’emploi, gonflent mécaniquement les statistiques du chômage sans que cela reflète nécessairement une dégradation économique.
L’Insee a d’ailleurs adapté son mode de calcul des taux de chômage localisés depuis le premier trimestre 2025 pour tenir compte de cet effet statistique. L’institut ne se base plus sur l’ensemble des demandeurs d’emploi de catégorie A, mais sur un indicateur proxy excluant les bénéficiaires du RSA et les jeunes ayant signé un contrat d’accompagnement vers l’emploi.
En France hexagonale, le taux de chômage atteint 8,1 % au premier trimestre 2026, en hausse de 0,2 point sur le trimestre. Cette augmentation nationale reste modérée comparée à celle observée à La Réunion et en Guyane, où les hausses sur un an dépassent les 2,5 points.
Un taux d’emploi qui reste historiquement bas
Malgré la stabilité de l’emploi salarié, le taux d’emploi réunionnais demeure très inférieur au niveau national. Fin 2024, 52 % des 15-64 ans occupaient un emploi à La Réunion, soit cinq points de plus qu’en 2019. Cette progression est réelle, mais l’écart avec le niveau national reste abyssal : 69 % au plan hexagonal, soit 17 points de différence.
Cet écart se réduit lentement : il était de 20 points en 2019. La dynamique positive se confirme pour certaines catégories de population. Au niveau national, les seniors affichent un taux d’emploi record : 69,4 % pour les 50-64 ans et 45,1 % pour les 60-64 ans, un sommet historique depuis 1975. Les carrières s’allongent, la participation des femmes continue d’augmenter. À La Réunion, ces évolutions structurelles se manifestent également, mais partent d’un niveau plus faible.
La part des emplois non salariés dans l’emploi total augmente sur l’île, passant de 14 % à 16 % entre 2019 et 2024. Cette progression, plus marquée qu’au niveau national (+1 point, de 12 % à 13 %), reflète l’essor des micro-entreprises et des formes d’activité indépendante, qui compensent en partie la faiblesse de l’emploi salarié traditionnel.
| Indicateur | La Réunion | France hexagonale | Écart |
|---|---|---|---|
| Taux de chômage (T1 2026) | ≈ 19,6 % | 8,1 % | +11,5 points |
| Évolution du chômage sur un an | +2,6 points | +0,7 point | +1,9 point |
| Taux d’emploi 15-64 ans (fin 2024) | 52 % | 69 % | -17 points |
| Emplois non salariés (2024) | 16 % | 13 % | +3 points |
Source : Insee
Pourquoi le chômage explose tandis que l'emploi stagne
Des secteurs en recul pèsent sur l’emploi
En 2024, la construction réunionnaise a détruit 1 200 emplois, un repli accompagné de 700 suppressions dans l’intérim, secteur fortement lié aux chantiers. Le recul des mises en chantier de logements, avec seulement 5 400 logements commencés sur un an (soit -4 % sur un an), explique en partie cette contraction. Sur le seul dernier trimestre de l’année, 400 emplois ont disparu dans le BTP.
Ces destructions dans la construction ont été à peine compensées par des créations dans le secteur social, notamment dans l’aide à domicile et les services à la personne. Le secteur public, lui, stagne au quatrième trimestre 2025 et décroît sur l’ensemble de l’année. L’industrie et les services aux entreprises ont montré plus de résistance : l’emploi industriel a progressé de 1,5 % sur un an au quatrième trimestre 2025 (+300 emplois), tandis que les services aux entreprises gagnaient 1,8 % (+500 emplois) sur la même période.
Le tourisme offre un tableau contrasté. La fréquentation des hébergements collectifs touristiques n’a augmenté que d’un point sur l’année 2025. Au quatrième trimestre, elle a progressé de 11 % dans les établissements de l’Ouest, portée par une hausse de l’offre de chambres (+7 %), mais a reculé de 3 % dans le Nord-Est et de 3 % dans le Sud, en raison d’une baisse du taux d’occupation. Les établissements classés de 3 à 5 étoiles ont vu leur fréquentation augmenter de 6 %, tandis que les non classés et les 1-2 étoiles stagnaient.
Davantage de Réunionnais cherchent un emploi sans en trouver
Le paradoxe réunionnais tient à une réalité simple : le nombre d’actifs augmente plus vite que le nombre d’emplois créés. Au niveau national, le taux d’activité des 15-64 ans atteint désormais 75,6 %, son plus haut niveau historique. À La Réunion, cette dynamique se traduit par l’arrivée sur le marché du travail de personnes qui en étaient auparavant exclues ou découragées.
Par ailleurs, 10 % de la population réunionnaise souhaiterait travailler mais n’effectue pas de démarches actives de recherche d’emploi ou n’est pas immédiatement disponible. Cette part reste stable depuis 2014, signe d’un halo persistant autour du chômage officiel.
Le taux de chômage national, lui, masque des évolutions contrastées selon les sexes. Au premier trimestre 2026, il atteint 8,5 % pour les hommes, son plus haut niveau depuis le premier trimestre 2021, contre 7,7 % pour les femmes. Sur un an, la hausse est plus marquée pour les hommes (+1,0 point) que pour les femmes (+0,3 point). À La Réunion, fin décembre 2024, le chômage concernait 62 100 personnes pour 293 300 salariés, soit un taux d’environ 17 %. Un an plus tard, ce taux dépasse 19 %.
Les économistes Gilbert Cette et Richard Robert, analysant la situation française dans Telos, soulignent que le taux de chômage est un indicateur relatif. Il rapporte le nombre de chômeurs au nombre total d’actifs. Ainsi, lorsque davantage de personnes entrent sur le marché du travail, le chômage peut augmenter même si l’emploi progresse ou demeure stable. C’est précisément ce que montrent les chiffres récents à La Réunion : l’emploi salarié ne recule pas, mais le chômage explose parce que l’offre de travail croît plus vite que la demande.
Le taux d’emploi, indicateur complémentaire, reste donc plus pertinent pour apprécier la santé du marché du travail. Il mesure la proportion de personnes en âge de travailler qui occupent effectivement un emploi, sans être affecté par les variations du nombre de demandeurs d’emploi. À La Réunion, ce taux progresse lentement, mais demeure structurellement bas, reflet d’une économie qui peine à créer suffisamment d’emplois pour une population jeune et en croissance.
Chômage et emploi à La Réunion : les chiffres du T1 2026
- Le taux de chômage à La Réunion bondit de 2,6 points en un an au T1 2026, deuxième plus forte hausse régionale après la Guyane
- L'emploi salarié reste stable sur l'île au premier trimestre 2026, malgré la flambée du chômage
- La loi pour le plein emploi, appliquée depuis début 2025, fait entrer massivement bénéficiaires du RSA et jeunes sur le marché du travail
- Le taux d'emploi réunionnais atteint 52 % fin 2024, soit 17 points de moins que le niveau national (69 %)
- La construction a détruit 1 200 emplois en 2024 à La Réunion, accompagnée de 700 suppressions dans l'intérim
- 10 % de la population réunionnaise souhaite travailler mais n'effectue pas de démarches actives, une part stable depuis 2014
