En France, 824 accidents du travail mortels ont été recensés en 2024. La Bretagne concentre une part disproportionnée de ces drames, avec les Côtes-d’Armor en tête des départements les plus touchés.
Le paradoxe est têtu : le nombre total d’accidents du travail baisse depuis des décennies, mais la mortalité, elle, ne suit pas la même courbe. En 2024, on comptait encore environ 549 600 accidents pour le régime général et 43 800 pour le régime agricole. Pourtant, 824 personnes sont mortes au travail cette même année, dont 764 relevant du régime général et 60 du régime agricole, une majorité de malaises mortels survenus sur le lieu de travail. Ces chiffres placent la France en mauvaise posture à l’échelle européenne.
La Bretagne s’inscrit dans cette tendance avec une acuité particulière. Les Côtes-d’Armor concentrent les accidents graves et mortels à un niveau supérieur à la moyenne nationale. En 2023, le département avait enregistré 257 accidents graves et six décès. L’année 2024 a été plus meurtrière encore : l’inspection du travail y a dénombré 11 morts sur le lieu de travail. Une progression qui tranche avec la tendance générale à la baisse du nombre d’accidents.
Manutention, chutes, électricité : les causes qui ne changent pas
Les facteurs déclencheurs restent les mêmes depuis des années. La manutention manuelle représente à elle seule 50 % des accidents, devant les chutes de plain-pied (autour de 15 à 2 % selon les sous-catégories), les chutes de hauteur (plus de 10 %) et l’outillage à main (8 %). Les secteurs les plus exposés sont l’agriculture, la construction, l’hôtellerie-restauration, l’industrie et les transports.
Un cas illustre la lenteur des procédures judiciaires qui suivent ces drames. Deux électriciens électrocutés en 2014 ont vu leur procédure civile s’achever en 2026, soit douze ans après les faits, selon la CGT. Pour Patrick Mercy, secrétaire régional CGT Construction, bois, ameublement en Pays de la Loire, la suppression des CHSCT en 2017 a aggravé la situation : “Le CHSCT pouvait aller sur un chantier, voir que la sécurité n’était pas respectée, et arrêter le chantier. Depuis, c’est fini dans le privé.” Moins d’heures de délégation, moins de membres, moins de capacité d’intervention : le syndicat établit un lien direct entre cette réforme et la hausse des accidents mortels [2].
La CGT alerte par ailleurs sur une sous-estimation structurelle du phénomène : le nombre réel d’accidents du travail serait deux fois supérieur aux chiffres officiels, selon l’organisation syndicale.
| Régime | Décès |
|---|---|
| Régime général | 764 |
| Régime agricole | 60 |
| Total | 824 |
Source : La Tribune
Le plan 2026-2030 cible les moins de 25 ans
Face à ce bilan, le ministère du Travail a présenté le cinquième plan “santé au travail”, qui couvre la période 2026-2030. La protection des jeunes salariés figure en tête des priorités, aux côtés de la santé des femmes au travail, de la santé mentale, des risques liés aux chaleurs intenses et des transformations numériques [5].
Le constat qui motive ce focus est brutal : plus de la moitié des décès au travail de salariés de moins de 25 ans survient dans la première année suivant la prise de poste. Pour y répondre, le plan prévoit d’expérimenter des signes distinctifs visuels, un casque ou une veste d’une couleur différente, destinés à signaler les nouveaux arrivants et à renforcer la vigilance collective de l’ensemble des collègues. “Un seul accident du travail mortel est déjà de trop”, a déclaré Jean-Pierre Farandou sur France 2.
Depuis 2004, ces plans quinquennaux sont établis en concertation avec les partenaires sociaux. Le cinquième opus marque un glissement : là où les précédents s’attachaient surtout à faire baisser le volume global des accidents, celui-ci admet implicitement que la mortalité reste hors de contrôle et que les jeunes constituent la population la plus vulnérable à court terme.
Pourquoi la mortalité au travail ne recule pas en France
Côtes-d’Armor : un département sous surveillance
Dans les Côtes-d’Armor, la progression de la mortalité entre 2023 et 2024 (de six à onze décès) place le département en première ligne des territoires prioritaires. La structure économique du département, avec une forte présence de l’agriculture, de l’industrie agroalimentaire et du BTP, correspond précisément aux secteurs identifiés comme les plus accidentogènes à l’échelle nationale.
Ce sont systématiquement les salariés qui démarrent dans l’entreprise, quel que soit leur statut, qui sont les plus exposés. La conjonction d’un tissu industriel dense, d’une surreprésentation des secteurs à risque et d’une main-d’œuvre jeune ou nouvellement embauchée explique en partie pourquoi la Bretagne concentre davantage d’accidents graves que d’autres régions françaises, selon l’inspection du travail locale [1].
Accidents mortels au travail en Bretagne : les chiffres 2024
- 824 accidents du travail mortels recensés en France en 2024, un chiffre stable malgré la baisse du nombre total d'accidents.
- Les Côtes-d'Armor ont enregistré 11 décès sur le lieu de travail en 2024, contre 6 en 2023.
- La manutention manuelle est à l'origine de 50 % des accidents du travail en France.
- Plus de la moitié des décès de salariés de moins de 25 ans survient dans la première année après la prise de poste.
- Le plan quinquennal 2026-2030 prévoit des signes distinctifs visuels pour signaler les nouveaux arrivants en entreprise.
Sources
3 sources · 3 faits sourcés
