ActualitésAlta Ares signe avec General Cherry en Ukraine après Airbus et MBDA...

Alta Ares signe avec General Cherry en Ukraine après Airbus et MBDA : IA embarquée, deux nouveaux intercepteurs, montée en cadence européenne

Date:

La start-up française Alta Ares annonce un protocole d’entente avec l’industriel ukrainien General Cherry pour doter ses intercepteurs de drones de logiciels d’IA embarquée.

Le protocole porte sur deux briques logicielles : C2 Cyclop pour le guidage à mi-parcours, Pixel Lock pour le guidage terminal. Les deux systèmes seront intégrés au drone intercepteur Bullet, fabriqué par General Cherry et déjà engagé en production série. L’objectif affiché tient en trois mots : détection, identification, suivi de cible, avec pour horizon la neutralisation de menaces aériennes rapides dans un environnement saturé.

Pour Alta Ares, l’accord ukrainien s’inscrit dans une séquence industrielle intense. Quelques semaines plus tôt, la société avait signé avec Airbus lors du salon ILA Berlin, puis avec MBDA à Eurosatory. Les trois coopérations visent le même segment : la lutte anti-drones, secteur où la demande opérationnelle européenne explose depuis que les drones Shahed ont figé les lignes de front à l’Est.

En chiffres
50 M€
levée de fonds d'Alta Ares
juin 2026, Air Street Capital
30 km
portée du Black Bird
intercepteur à turboréacteur
670 km/h
vitesse maximale Black Bird
6 kg sans charge
2027
début production X-Lock
plusieurs centaines/mois avec MBDA

Deux logiciels, un intercepteur

271 millions pour l’AEGIS de Raytheon : ce que ce contrat sans appel d’offres dit du verrou américain

Le Bullet de General Cherry reçoit donc deux couches d’intelligence artificielle française. C2 Cyclop pilote la phase intermédiaire du vol, entre le lancement et l’approche finale. Pixel Lock prend le relais à courte distance pour verrouiller la cible et ajuster la trajectoire malgré les contre-mesures électroniques. L’ensemble forme une chaîne logicielle autonome, conçue pour fonctionner sous brouillage.

General Cherry n’a pas communiqué de calendrier de livraison ni de volume de production, mais le terme « production série » indique que le Bullet dépasse le stade du prototype. L’industriel ukrainien cherche à renforcer ses capacités d’interception face à une menace aérienne qui ne faiblit pas[1].

Trois accords en six semaines

Début juin, Alta Ares signait avec Airbus Defence and Space à Berlin pour intégrer ses intercepteurs dans les réseaux de commandement et de contrôle de l’avionneur. L’idée : relier détection, identification et interception dans une seule chaîne opérationnelle, sans passer par des missiles sol-air onéreux pour traiter des cibles lentes et peu coûteuses.

Quelques jours plus tard, à Eurosatory, la start-up officialisait un partenariat avec MBDA sous le programme ELISA, piloté par la DGA. L’accord porte sur l’intercepteur X-Lock d’Alta Ares, combiné à l’expertise armement du missilier. Objectif : produire plusieurs centaines d’intercepteurs par mois dès début 2027, entièrement en Europe, pour contrer les drones de type Shahed[4].

L’étage supérieur d’un Falcon 9 percutera la Lune à 8 700 km/h ce mercredi : cratère attendu, opportunité scientifique

La séquence Airbus-MBDA-General Cherry montre une stratégie d’encerclement industriel : Alta Ares ne vend pas seulement des systèmes finis, elle fournit des briques logicielles que d’autres intègrent dans leurs plateformes. C’est le pari de l’IA comme composant, plutôt que comme produit autonome.

Pourquoi ces partenariats successifs comptent pour la défense européenne

Stratégie de briques logicielles
Alta Ares ne vend pas que des systèmes finis : elle fournit l'IA embarquée que d'autres intègrent dans leurs plateformes. C'est le pari du composant logiciel contre le produit clé en main.
Accès direct au théâtre ukrainien
L'accord avec General Cherry offre un banc d'essai opérationnel en conditions réelles, là où les systèmes se prouvent ou échouent sous le feu.
Défense anti-drones à bas coût
Le marché cherche des solutions peu chères face aux menaces peu coûteuses. Alta Ares mise sur l'IA pour abaisser le coût unitaire de l'interception, sans mobiliser de missiles lourds.
Montée en cadence industrielle
Avec MBDA, l'objectif de plusieurs centaines d'intercepteurs par mois dès 2027 suppose une chaîne d'approvisionnement européenne stabilisée, pari difficile dans le contexte actuel.

50 millions d’euros levés en juin

Début juin, Alta Ares bouclait un tour de table de 50 millions d’euros mené par Air Street Capital, avec la participation de Cherry Ventures, OTB Ventures et Harpoon Ventures. La levée finance l’industrialisation, le développement produit et l’expansion internationale, notamment des capacités de production à Toulouse et en Ukraine[3].

Le conseil consultatif de la société réunit Philippe Lavigne, ancien chef d’état-major de l’armée de l’Air et de l’Espace et ancien commandant suprême pour la Transformation de l’Otan, ainsi que le général Corentin Lancrenon. La présence de deux officiers généraux français renforce la crédibilité opérationnelle d’une entreprise fondée en 2024.

Deux intercepteurs maison

Detailed shot of Mirage F1 fighter jet showcasing aircraft design and military aviation.
Detailed shot of Mirage F1 fighter jet showcasing aircraft design and military aviation. — Photo : kwnos Iv / Pexels

Alta Ares développe aussi ses propres systèmes. Le Black Bird, intercepteur à voilure fixe de 6 kg, atteint 670 km/h grâce à un turboréacteur fourni par l’alsacien ALM Meca. Portée annoncée : 30 km ou 20 minutes de vol. Le système a été testé dans un cadre Otan en février avec les forces estoniennes, par -17 °C au sol et -25 °C en altitude, avec validation du guidage terminal sous brouillage, de la transmission vidéo et du verrouillage Pixel Lock[3].

Le X-Lock, plus court, affiche une portée de 15 km. Il cible les menaces type Shahed, drones lents mais difficiles à abattre économiquement avec des missiles classiques. C’est ce système qu’Alta Ares co-produira avec MBDA dans le cadre d’ELISA, avec une montée en cadence prévue dès 2027.

Une stratégie européenne face à la saturation

Le marché de la défense anti-drones connaît une tension inédite. Les armées européennes cherchent des solutions peu coûteuses, rapidement déployables, capables de traiter des essaims ou des cibles isolées sans mobiliser des systèmes lourds comme le SAMP/T ou les Patriot. Le conflit ukrainien a démontré que les drones lents saturent les capacités de défense aérienne classique.

Alta Ares mise sur l’IA embarquée pour réduire le coût unitaire de l’interception et autoriser un engagement autonome. Le guidage terminal Pixel Lock permet au drone intercepteur de poursuivre sa cible même sous contre-mesures électroniques, condition sine qua non dans un environnement brouillé.

L’accord avec General Cherry ouvre un accès direct au théâtre ukrainien, où les systèmes se testent en conditions réelles. Pour Alta Ares, c’est un laboratoire d’endurance. Pour General Cherry, c’est un gain de capacité immédiat sur un segment où chaque amélioration compte.

Les trois partenariats d’Alta Ares en 2026
Partenaire Date Objet
Airbus Defence and Space Juin 2026 (ILA Berlin) Intégration d’intercepteurs dans les réseaux C2 Airbus
MBDA Juin 2026 (Eurosatory) Co-production X-Lock sous programme ELISA (DGA)
General Cherry (Ukraine) Août 2026 Intégration logiciels C2 Cyclop et Pixel Lock dans Bullet

Source : Air & Cosmos

Alta Ares affiche désormais des implantations à Paris, Toulouse, Kyiv, Abou Dhabi, Athènes, New York, Munich et Londres. La start-up revendique des déploiements opérationnels en Europe, au Moyen-Orient et en Asie, sans détailler les pays ni les volumes.

La montée en puissance reste à confirmer. Les centaines d’intercepteurs mensuels promis avec MBDA dès 2027 nécessitent une chaîne d’approvisionnement industrielle européenne stabilisée, condition difficile à tenir dans un contexte de tensions sur les composants et les capacités de production. Mais l’enchaînement des accords montre qu’Alta Ares a trouvé un segment porteur : celui de la défense aérienne de masse à bas coût, où personne n’a encore de solution industrielle mature à l’échelle européenne.

Alta Ares et General Cherry : les points clés de l'accord

  • Alta Ares signe avec l'ukrainien General Cherry pour intégrer deux logiciels d'IA (C2 Cyclop, Pixel Lock) dans le drone Bullet
  • Troisième accord en six semaines après Airbus (juin) et MBDA (juin)
  • Levée de 50 millions d'euros début juin menée par Air Street Capital
  • Black Bird testé en février 2026 en Estonie par -17 °C avec validation du guidage sous brouillage
  • Production X-Lock prévue dès début 2027 avec MBDA : plusieurs centaines d'unités par mois
  • Alta Ares fondée en 2024, implantée à Paris, Toulouse, Kyiv, Abou Dhabi, Athènes, New York, Munich, Londres
Hélène Vasseur
Hélène Vasseur
Correspondante défense & militaire Hélène couvre l'industrie de défense et les questions militaires. Contrats export, programmes d'armement, budgets : elle décrypte un secteur où l'industriel et le politique sont indissociables, en s'en tenant aux faits. Naval Group, Dassault, Thales, MBDA, KNDS, elle en connaît les dossiers.

Sur le même sujet

30 ans après, on se souvient que Pepsi avait choisi le Concorde, joyau de l’ingénierie française, pour tourner la campagne publicitaire la plus chère...

Imaginez la scène. Nous sommes en 1996 et l'un des avions les plus reconnaissables de la planète sort...

Porte-avions John F. Kennedy : la Navy vise mars 2027, pendant que la France prépare le sien

Un porte-avions de 100 000 tonnes qui prend la mer pour ses ultimes essais, c'est le genre d'événement...

Piratage du fisc en juin : 678 000 contribuables français exposés, Bercy confirme l’intrusion deux mois après

Le ministère de l'Économie confirme qu'un acteur malveillant a consulté et extrait des données fiscales de particuliers et...

Détenu un mois par l’ICE pour un visa non renouvelé, Julien Pereira rentre en France interdit de territoire pour cinq ans

Julien Pereira, manager de tennis français installé aux États-Unis depuis huit ans, a été détenu un mois par...