Une enquête révèle que 63 % des enseignants japonais ne peuvent plus utiliser librement leur smartphone à l’école, après plusieurs arrestations pour voyeurisme en 2025.
Le débat ressurgit chaque année : faut-il étendre aux adultes les interdictions imposées aux élèves ? Au Japon, la question ne se pose plus vraiment. Plusieurs municipalités ont tranché. Les enseignants, qui n’avaient rien demandé, se voient désormais interdire l’usage de leur téléphone portable personnel dans l’enceinte scolaire. Un sociologue vient de publier les résultats de la première enquête d’envergure sur le sujet. Il a interrogé en ligne plus de 370 professeurs, du primaire au lycée, dans tout le pays.
Le constat est net : près de 40 % des enseignants sondés ont reçu l’ordre de ne plus utiliser leur appareil à l’école. Interdiction totale, sans exceptions. Pour d’autres, ce sont certaines fonctions qui disparaissent, notamment l’appareil photo. En cumulant les deux catégories, on atteint 63 % de professeurs soumis à des restrictions. Il n’existe pas de règle nationale. Chaque commission locale d’éducation décide pour son territoire. Résultat : des régions entières appliquent la ligne dure, d’autres restent plus souples.
Des scandales de voyeurisme en 2025 Ã l’origine du durcissement
Ces interdictions se sont multipliées après une série d’affaires qui ont choqué le pays. En 2025, deux enseignants en école primaire, l’un à Nagoya, l’autre à Yokohama, ont été arrêtés par la police. Ils avaient photographié des élèves dans les vestiaires des filles avec leur smartphone personnel, puis partagé ces clichés sur un forum en ligne. Les médias ont largement relayé les faits. Les associations de parents d’élèves ont mis une pression immédiate sur les autorités locales.
Dans la foulée, des dizaines de municipalités ont pris des arrêtés interdisant le portable aux professeurs. Certaines ont instauré l’interdiction totale, d’autres se sont limitées à l’appareil photo. Le ministère de l’Éducation, de la Culture, des Sports, des Sciences et de la Technologie (MEXT) a publié en mars un projet de révision des directives d’application de la loi visant à prévenir les abus sexuels commis par des enseignants à l’encontre d’élèves[1]. Le texte prévoit notamment un renforcement des mesures contre le voyeurisme et précise que les adultes convaincus de tels actes devront faire l’objet d’un licenciement disciplinaire. La révision devrait être officiellement adoptée au cours de l’exercice fiscal 2026, qui débute en avril, après une période de consultation publique.
L’an dernier, la police a révélé un autre cas dans lequel sept enseignants avaient partagé, dans un groupe de discussion sur les réseaux sociaux, des vidéos filmées en secret d’élèves de sexe féminin. Ces affaires répétées ont accéléré la prise de conscience. Les collectivités ont agi vite, parfois trop vite aux yeux des professeurs eux-mêmes.
Des enseignants qui obéissent sans avoir été consultés
Les professeurs japonais n’ont pas d’autre choix qu’obtempérer. On ne leur demande pas vraiment leur avis. Ils se conforment aux consignes pour ne pas s’exposer à des sanctions. Mais plusieurs d’entre eux expliquent que la mesure complique leur quotidien. Beaucoup se servaient de leur smartphone à des fins pédagogiques : alimenter le blog de la classe en photos, documenter une sortie scolaire, partager un travail avec les parents.
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Autre sujet d’inquiétude : comment gérer les urgences ? Lorsqu’un enfant se blesse ou tombe malade, la réactivité compte. Sans téléphone portable à portée de main, certains enseignants redoutent de perdre un temps précieux. Les commissions locales d’éducation n’ont pas toujours prévu d’alternative pratique. Les écoles disposent de lignes fixes, mais elles ne sont pas toujours accessibles depuis une cour de récréation ou un gymnase.
Pourquoi le Japon durcit le ton face aux enseignants
Le MEXT veut aussi inspecter les locaux et encadrer les appareils fournis
Le projet de révision du MEXT ne se limite pas à l’usage des smartphones personnels. Il prévoit des inspections régulières des salles de classe, des toilettes et des vestiaires, afin de vérifier qu’ils sont correctement aménagés et qu’il est difficile d’y installer des caméras cachées. Le texte souligne aussi la nécessité de clarifier les règles de gestion des données pour les photos prises avec des appareils fournis par les établissements scolaires. Si un professeur utilise un appareil de l’école, les images doivent être stockées et effacées selon un protocole strict.
Cette double exigence (interdire les appareils personnels et encadrer les appareils professionnels) répond à une demande des parents. Ils veulent des garanties, pas seulement des promesses. Les scandales de 2025 ont créé un climat de défiance. Les commissions locales d’éducation ont compris qu’elles devaient agir de manière visible et rapide.
Une mesure qui s’inscrit dans un mouvement plus large de régulation des écrans

Le Japon multiplie les initiatives pour limiter l’usage des écrans, chez les jeunes comme chez les adultes. Une municipalité a récemment pris un arrêté pour réduire le temps d’écran de ses habitants. Le texte invite les élèves des écoles élémentaires à ne pas toucher à leur smartphone après 21 heures, et après 22 heures pour les collégiens. L’objectif affiché est de préserver leur sommeil et leur concentration en classe.
Le gouvernement envisage aussi d’interdire l’usage des téléphones portables dans les lycées à partir de la rentrée 2026. Cette mesure, déjà en vigueur dans les collèges et les écoles primaires, serait étendue aux établissements du secondaire. Les lycéens japonais, qui utilisent massivement leur smartphone pour organiser leurs révisions et communiquer avec leurs camarades, risquent de mal accueillir la décision.
| Type de restriction | Part des enseignants concernés |
|---|---|
| Interdiction totale du smartphone personnel | 40 % |
| Interdiction partielle (notamment appareil photo) | 23 % |
| Total des enseignants soumis à des restrictions | 63 % |
Source : France Info
Des collectivités qui vont plus loin que le cadre national
L’absence de règle nationale laisse la main aux autorités locales. Certaines régions se montrent très sévères, d’autres adoptent une approche plus nuancée. Cette hétérogénéité crée des situations paradoxales. Un professeur peut être libre d’utiliser son téléphone dans une ville voisine, mais se voir interdire tout usage dans son propre établissement. Les syndicats d’enseignants n’ont pas encore pris position publiquement. Ils attendent de voir comment le MEXT finalise sa révision des directives.
La consultation publique, prévue avant l’adoption définitive au cours de l’exercice fiscal 2026, pourrait faire bouger les lignes. Mais les parents d’élèves, eux, ne lâchent rien. Ils veulent des garanties concrètes. Les scandales de 2025 ont laissé des traces. Les commissions locales d’éducation ont compris qu’elles devaient afficher une ligne dure pour regagner la confiance.
Smartphone à l'école au Japon : les chiffres
- 40 % des enseignants japonais ne peuvent plus utiliser leur smartphone personnel à l'école
- 63 % des professeurs sont soumis à des restrictions totales ou partielles
- Deux enseignants arrêtés en 2025 à Nagoya et Yokohama pour voyeurisme
- Le MEXT prévoit des inspections des locaux pour détecter les caméras cachées
- L'interdiction des smartphones dans les lycées pourrait être étendue dès la rentrée 2026
Sources
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