Il est 4 heures du matin ce mercredi 22 juillet 2026, et l’entrée de l’usine de Bois-Rouge, à Saint-André, est bloquée. Une cinquantaine de planteurs de canne, rassemblés à l’appel de l’Union des Planteurs du Nord et de l’Est (UPNA), interdisent l’accès aux balances. Leur colère : un système de paiement qu’ils jugent opaque, des richesses de cannes jugées anormalement basses, et une dette qui s’alourdit campagne après campagne face à Tereos, l’industriel qui exploite le site.
La veille au soir, une trentaine d’entre eux s’étaient déjà réunis en urgence sur la plateforme de réception de Beaufond, à Saint-Benoît. L’ambiance était tendue. Dominique Clain, président de l’UPNA et planteur à Sainte-Rose, a mis les chiffres sur la table : sur ses 15 hectares, la richesse enregistrée plafonne à 7,59 points. Largement en dessous du seuil de 11,75 points. Résultat : au lieu de toucher, il doit rembourser. Selon lui, la facture pourrait atteindre 17 000 euros pour la campagne 2025.
Le mécanisme est simple sur le papier. À chaque livraison, Tereos verse une avance de 30 euros par tonne de cannes. Mais si la richesse mesurée est trop faible, une partie de cette somme doit être restituée à l’industriel. Un système censé réguler les variations de qualité, mais qui se retourne contre les planteurs lorsque les cannes peinent à atteindre les taux attendus.
1 320 planteurs dans le rouge, selon l’UPNA
Ce qui inquiète le syndicat, c’est l’ampleur du phénomène. D’après l’UPNA, environ 60 % des 2 200 planteurs livreurs de Bois-Rouge seraient aujourd’hui redevables de sommes liées aux campagnes passées[1]. Une situation qui concernerait donc plus de 1 300 exploitants. Pour beaucoup, impossible de savoir exactement où ils en sont : pas de tableaux d’amortissement détaillés, pas de suivi clair de l’évolution des comptes.
Le syndicat réclame davantage de transparence. Il demande la transmission de documents permettant de comprendre l’évolution des dettes et les modalités de remboursement. Surtout, il conteste les taux de richesse eux-mêmes, jugés anormalement bas cette année, sans explication convaincante de la part de l’industriel.
La CGPER et la FDSEA appelées en renfort
Le mouvement pourrait s’élargir. La CGPER, autre organisation agricole du Nord, a confirmé sa participation au blocage. L’UPNA a également lancé un appel à la FDSEA et aux Jeunes Agriculteurs, dans l’espoir de faire front commun face à Tereos. La filière canne réunionnaise est déjà sous tension depuis plusieurs mois : sécheresse, cyclone Garance, grèves à répétition dans les usines. Cette fois, c’est le modèle économique lui-même qui est remis en cause par ceux qui cultivent.
La campagne sucrière, ouverte le 13 juillet dernier, s’annonçait difficile. Elle l’est encore plus pour ceux qui, au lieu de vendre leur récolte, finissent par devoir de l’argent à celui qui la broie.
Sources
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