Environ 20 milliards d’euros d’exportations d’armements en 2025, plus de 100 milliards de commandes cumulées sur deux ans : l’industrie française de défense enchaîne les résultats records.
La ministre des Armées Catherine Vautrin l’a annoncé en présentant ses vÅ“ux : les prises de commandes à l’export devraient s’établir « autour de 20 milliards d’euros » pour 2025, « dont un tiers sur le continent européen ». Un chiffre qui s’approche des 21,6 milliards enregistrés en 2024, troisième meilleure performance annuelle de l’industrie française de défense après 2022 et 2024.
Le contexte explique en partie ce niveau : les dépenses militaires mondiales ne cessent de progresser, portées par la guerre en Ukraine et la remontée en puissance des armées européennes. La France profite de cette dynamique, mais pas uniquement par effet d’aubaine. Son catalogue (Rafale, frégates FDI, canons Caesar, missiles Mistral) répond à des besoins précis que peu de pays sont en mesure de satisfaire.
Inde, Grèce, Roumanie, Croatie : les contrats 2025 qui font le score
Les grandes signatures de l’année 2025 donnent la mesure de l’empreinte commerciale française. L’Inde a signé pour 26 Rafale Marine, renforçant encore le rôle de l’avion de Dassault comme locomotive des exportations. La Grèce a commandé une quatrième frégate de défense et d’intervention. La Roumanie s’est tournée vers les missiles anti-aériens Mistral, la Croatie vers les canons Caesar. [3]
Ce sont précisément ces programmes phares (Rafale, Scorpène, Caesar) qui tirent les résultats vers le haut. Le SIPRI le confirme dans son étude publiée le 8 mars 2026 : les exportations françaises d’armes ont progressé de 47 % entre les périodes 2014-2018 et 2019-2023, doublant dans le même temps celles de la Russie, en chute de 53 %. La France conforte ainsi sa place de second exportateur mondial d’armement. [1]
| Indicateur | Montant | Année / Période |
|---|---|---|
| Exportations d’armements | 21,6 milliards d’euros | 2024 |
| Exportations d’armements (estimation) | ~20 milliards d’euros | 2025 |
| Commandes DGA (nationales) | ~38 milliards d’euros | 2025 |
| Commandes DGA (nationales, prévision) | ~42 milliards d’euros | 2026 |
| Total commandes nationales + export 2025-2026 | >100 milliards d’euros | 2025-2026 |
Source : La Tribune, Sud Ouest
Plus de 100 milliards de commandes en deux ans pour la BITD

Le délégué général pour l’armement (DGA) a posé les chiffres clairement : 38 milliards de commandes nationales en 2025, 42 milliards attendus en 2026, auxquels s’ajoutent les 20 milliards d’exportations 2025. Soit plus de 100 milliards d’euros de carnet de commandes pour la base industrielle et technologique de défense (BITD) sur deux ans, avant même d’intégrer les contrats export qui pourraient être signés en 2026 avec le soutien de l’État. [2]
« Le langage qui consiste à dire qu’on n’a pas de visibilité, ce n’est pas vrai », a canonné le délégué général pour l’armement. L’argument s’adresse aux industriels qui hésitent encore à investir dans leurs capacités de production.
En 2026, la structure des commandes nationales évolue. Pas de grands programmes neufs à l’image des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins ou du futur porte-avions. La priorité va à la montée en puissance des stocks : missiles Meteor, MICA et Mistral, bombes AASM, munitions téléopérées, obus de 155 mm. À cela s’ajoutent l’achat de 97 véhicules Scorpion (Jaguar, Griffon et Serval) pour l’armée de Terre, la cinquième frégate de défense et d’intervention et le lancement du Rafale F5, pour environ 1,3 milliard d’euros. Le budget du ministère des Armées gagne 6,5 milliards d’euros par rapport à 2025.
Pourquoi le modèle export français est menacé
Bruxelles dans le viseur des exportateurs français
Derrière les chiffres, une bataille de fond se dessine. Un amendement porté par les rapporteurs finlandais Pekka Toveri (PPE) et Anna-Maja Henriksson (Renew) au Parlement européen propose de soumettre les exportations d’armements à une autorisation passant par Bruxelles, après recommandation de cabinets de conseil extérieurs. [5]
Pour Paris, la ligne rouge est claire. Le système français repose sur une chaîne précise : les armées expriment des besoins opérationnels, la DGA les traduit en spécifications techniques, les industriels produisent. L’export n’est pas qu’un levier commercial : il finance l’équilibre économique de ce système, et donc la dissuasion nucléaire, assurée par Naval Group pour la composante océanique et Dassault pour la composante aéroportée. [4]
Si cet amendement aboutissait, il remettrait en cause des partenariats stratégiques construits sur des décennies, comme celui entre la France et les Émirats arabes unis. Il contraindrait Paris à faire valider ses choix diplomatiques par des instances où l’Allemagne, dont les exportations d’armes dépassent désormais celles de la Chine selon le SIPRI, pèse lourd. Une perspective que le gouvernement français entend bloquer.
Un modèle sous pression mais sans concurrent européen crédible
Ce que montrent les chiffres 2025, c’est la concentration du résultat sur un petit nombre de programmes. Le Rafale reste le produit d’appel. Le Caesar s’impose sur les théâtres européens depuis la guerre en Ukraine. Les FDI séduisent des marines qui cherchent une alternative aux plateformes américaines ou britanniques.
Aucun autre pays européen ne dispose d’un catalogue aussi large ni d’une industrie capable de produire de bout en bout des systèmes d’armes complexes. C’est précisément ce monopole de fait que le projet d’amendement européen viendrait fragiliser, au moment où la France affiche ses meilleures performances commerciales depuis une décennie.
Exportations d'armes françaises 2025 : les chiffres clés
- Les exportations françaises d'armements atteignent environ 20 milliards d'euros en 2025, selon la ministre Catherine Vautrin.
- La France est le 2e exportateur mondial d'armements, derrière les États-Unis, selon le SIPRI.
- En 2025, l'Inde, la Grèce, la Roumanie et la Croatie figurent parmi les principaux clients.
- La DGA prévoit 42 milliards d'euros de commandes nationales en 2026, soit une hausse de 6,5 milliards.
- Un amendement européen pourrait soumettre les exportations françaises d'armes à une autorisation de Bruxelles.
- Le lancement du Rafale F5 et la commande de la 5e FDI représentent environ 1,3 milliard d'euros en 2026.
Sources
5 sources · 5 faits sourcés
