Les gaz à effet de serre émis depuis l’adoption de l’accord de Paris ont déjà rendu certaines canicules européennes plus intenses. Une étude publiée dans Geophysical Research Letters estime notamment que ces émissions ont ajouté 0,34 °C à la température moyenne de l’épisode survenu au début de l’été 2025.
Cette hausse peut sembler faible à l’échelle d’une journée. Elle devient pourtant importante pendant une chaleur extrême, lorsque quelques dixièmes de degré supplémentaires peuvent accentuer les conséquences sanitaires, agricoles et environnementales.
- Les émissions de gaz à effet de serre depuis 2015 ont augmenté la température de la canicule européenne de juin 2025 de 0,34 °C.
- En zones méditerranéennes, l'effet dépasse 0,35 °C et ajoute plus de quatre jours de chaleur extrême par an.
- Une intelligence artificielle entraînée sur dix modèles climatiques a permis d'isoler cet impact avec 99 % de certitude.
Dix années d’émissions ont laissé une trace mesurable
Les chercheurs ont cherché à isoler l’effet des émissions mondiales produites depuis l’accord de Paris de 2015. Leur travail montre, avec une probabilité supérieure à 95 %, qu’elles ont renforcé la semaine la plus chaude de chacune des années comprises entre 2021 et 2025 en Europe.
L’effet n’est pas identique partout. Pour certaines zones, en particulier dans le sud et l’est de l’Europe, la contribution médiane dépasse 0,35 °C. Les régions méditerranéennes figurent parmi les plus touchées, ce qui concerne directement la France et ses voisins.
quelques dixièmes de degré supplémentaires peuvent accentuer les conséquences sanitaires, agricoles et environnementales
La canicule de juin 2025 passée au crible

L’équipe s’est concentrée sur l’épisode européen compris entre le 24 juin et le 3 juillet 2025. Elle a comparé deux simulations : l’une intégrant le niveau d’émissions atteint en 2025, l’autre ramenant ce niveau à celui de 2015, tout en conservant les mêmes conditions météorologiques générales.
Le résultat indique une probabilité supérieure à 99 % que les émissions accumulées durant cette décennie aient augmenté la température moyenne régionale. L’estimation médiane atteint 0,34 °C, avec des effets locaux compris entre 0,25 et 0,50 °C. Les chercheurs évaluent également à 95 % la probabilité que le supplément de chaleur ait dépassé 0,11 °C.
Une intelligence artificielle entraînée sur dix modèles climatiques
Pour reconstituer ces scénarios alternatifs, les scientifiques ont utilisé un modèle génératif de diffusion, une famille d’outils d’intelligence artificielle également employée pour produire des images. Celui-ci a été entraîné à partir des simulations de dix modèles climatiques mondiaux.
Le système tient compte de plusieurs éléments, dont la pression atmosphérique, l’humidité des sols et la circulation de l’air. Il peut ainsi estimer ce qui se serait produit avec la même configuration météo, mais avec un volume inférieur d’émissions humaines.
Cette méthode ne prédit pas une météo imaginaire au hasard : elle construit des variantes autour des conditions réellement observées. Elle permet ainsi d’étudier l’influence d’une fraction récente des émissions, alors que les méthodes classiques mesurent plus facilement l’effet global du réchauffement accumulé depuis l’ère préindustrielle.
Davantage de journées de chaleur extrême

Les travaux ne portent pas uniquement sur l’intensité des pics. Les auteurs constatent aussi, avec une probabilité supérieure à 95 %, que les émissions postérieures à 2015 ont augmenté le nombre annuel de journées dépassant un seuil de chaleur extrême entre 2022 et 2025.
Dans certaines zones, surtout près de la Méditerranée, l’écart dépasse quatre jours supplémentaires par an. Cela signifie que les émissions récentes peuvent à la fois relever les températures maximales et prolonger l’exposition des populations à une chaleur dangereuse.
Ce qu’il faut retenir et faire
À retenir : les émissions produites depuis 2015 ne constituent pas seulement un problème pour la fin du siècle. Leur influence est déjà détectable dans les canicules européennes actuelles. Les émissions passées continueront de peser sur le climat, mais chaque réduction future reste utile pour limiter l’intensification supplémentaire des épisodes extrêmes.
Lors d’une alerte canicule en France, il faut suivre les consignes des autorités, limiter les efforts aux heures les plus chaudes, boire régulièrement et prendre des nouvelles des personnes vulnérables. L’étude rappelle surtout qu’en matière climatique, chaque fraction de degré évitée compte.
Questions fréquentes
Comment les chercheurs ont-ils isolé l'effet des émissions post-2015 dans la canicule de 2025 ?
Ils ont utilisé un modèle génératif d’intelligence artificielle entraîné sur dix modèles climatiques mondiaux. Ce système a comparé deux simulations : l’une avec les émissions de 2025, l’autre ramenée au niveau de 2015, en conservant les mêmes conditions météorologiques générales.
Pourquoi 0,34 °C supplémentaires est-il significatif pour une canicule ?
Bien que faible à l’échelle d’une journée, cet ajout de température devient important lors d’une chaleur extrême, car quelques dixièmes de degré supplémentaires peuvent accentuer les conséquences sanitaires, agricoles et environnementales.
Les émissions récentes ont-elles seulement intensifié les pics de chaleur ?
Non. Au-delà de l’intensité, les émissions postérieures à 2015 ont aussi augmenté le nombre annuel de journées dépassant un seuil de chaleur extrême entre 2022 et 2025, dépassant quatre jours supplémentaires par an dans certaines zones près de la Méditerranée.

