Une note de la direction nationale de la police judiciaire, rédigée en 2025, révèle l’emprise mafieuse de vingt bandes criminelles réparties en deux blocs rivaux, infiltrant l’économie corse.
Vingt équipes criminelles exercent une emprise de type mafieux en Corse. Elles ont pénétré les secteurs les plus rentables de l’île : BTP, immobilier, restauration, hôtellerie, batellerie. Cette analyse figure dans une note confidentielle du Sirasco, le service information, renseignement et analyse stratégique sur la criminalité organisée, dépendant de la direction nationale de la police judiciaire. Le document a été consulté par Le Monde puis par l’AFP.
Selon les policiers, la majorité de ces groupes ont infiltré les milieux politiques, sociaux et économiques insulaires. Objectif : dominer les activités légales qui rapportent le plus. Ces bandes fonctionnent de manière autonome, mais pas isolée. Elles développent des stratégies d’alliance, se rendent des services mutuels pour éviter les conflits ouverts.
Le rapport pointe un paysage instable depuis quelques mois. Les équilibres locaux se recomposent, et cette recomposition fait craindre une escalade des tensions. Sept homicides, dont six règlements de compte, ont été commis dans l’île depuis le début de l’année.
Deux blocs rivaux identifiés par les enquêteurs
Les analystes du Sirasco distinguent deux coalitions principales[1]. Ce schéma pourrait annoncer un nouvel équilibrage des forces criminelles dans l’île.
Le premier bloc s’articule autour de la bande du Petit Bar. Son noyau dur vient d’être condamné à Marseille à des peines de 10 à 13 ans de prison. Mais le groupe reste très influent, à la tête d’une manne financière conséquente. Il dispose de nombreuses connexions dans les milieux politiques et économiques, et a développé des ramifications en France comme à l’étranger.
Le Petit Bar est allié à des groupes qualifiés de mafionalistes, néologisme mêlant mafia et nationalistes. Pierre Paoli, cadre du parti indépendantiste Nazione et chef présumé du mouvement clandestin FLNC UC pour la Corse-du-Sud, serait à la tête de l’une des équipes les plus puissantes actuellement. Selon le Sirasco, ce groupe cherche à dominer certains secteurs, en particulier le BTP et la restauration, par des méthodes illégales.
Ce premier bloc comprend aussi les équipes baptisées du nom de leurs chefs locaux présumés : Lucchini, Pantalacci, Carboni et Costa. Alain Lucchini, ancien militant indépendantiste, est présenté comme le patron occulte de la chambre de commerce et d’industrie d’Ajaccio. Le rapport le décrit comme suffisamment discret pour ne pas être trop inquiété judiciairement.
La première équipe maghrébine du banditisme insulaire
Originalité de ce premier bloc : l’émergence d’une équipe construite autour d’individus issus de la communauté maghrébine et des gens du voyage. Son leader présumé, Yassine Akhazzane, est incarcéré avec une vingtaine de condamnations à son casier. Son groupe a étendu son influence de Propriano à Ajaccio. Selon le Sirasco, il pourrait profiter des connexions d’Akhazzane avec les milieux marseillais et niçois, notamment la DZ Mafia, pour poursuivre son développement[2].
Face à cette première coalition, le second bloc rassemble les clans Mattei, Luciani, Sisti, Germani et Codaccioni. En Haute-Corse, le clan Mattei est présenté comme l’une des équipes les plus puissantes du moment, en particulier dans les stupéfiants. Ce groupe est connu depuis des décennies pour sa vendetta historique avec la famille Costa.
Le rapport ayant été rédigé il y a plusieurs mois, il ne prend pas en compte le possible affaiblissement de la bande Mattei par une série d’arrestations fin juin, dans l’enquête sur l’assassinat de Camille Orsoni en janvier. Orsoni était considéré comme proche des Costa.
Autre allié de ce second bloc : la bande dite des Africains, surnommés ainsi pour leur lien entre le Gabon et la Corse, autour de l’homme d’affaires corse Michel Tomi.
Pourquoi l'emprise mafieuse se renforce en Corse
Un précédent rapport comptait vingt-cinq bandes
Ce type de note n’est pas nouveau. En mars 2022, un premier document du Sirasco listait non pas vingt mais vingt-cinq bandes criminelles dans l’île[5]. Le nouveau rapport, daté de février 2025, évoque une emprise qui opère dans le trafic de stupéfiants mais aussi dans l’économie légale : marchés publics, commerces, tourisme. Les policiers soulignent que cette emprise a pénétré la politique.
Le Sirasco dépend de la direction de la police judiciaire. Sa mission consiste à collecter et analyser les renseignements pour produire des analyses qui servent d’appui aux enquêteurs. Ces notes permettent de mieux comprendre les logiques criminelles sur un territoire donné.
Nazione récuse toute connivence avec la criminalité
En réponse au rapport du Sirasco, le parti indépendantiste Nazione a organisé une conférence de presse le 8 juillet à Ajaccio. Selon le parti, les militants cités sont des militants politiques qui n’ont ni connivence ni complaisance pour les dérives de type mafieuse que connaît la Corse. Aucune procédure judiciaire n’a à ce jour étayé l’implication de Pierre Paoli dans une affaire de droit commun.
Le rapport du Sirasco décrit ces vingt bandes criminelles opérant dans différents domaines illicites. L’instabilité actuelle, selon les analystes, laisse craindre une escalade des tensions dans les mois à venir.
Vingt bandes criminelles en Corse : ce qu’il faut retenir
- Une note confidentielle du Sirasco, rédigée en 2025, révèle l’emprise de vingt bandes criminelles en Corse
- Ces groupes ont infiltré le BTP, l’immobilier, la restauration, l’hôtellerie et la batellerie
- Deux blocs rivaux structurent le paysage criminel : le premier autour du Petit Bar et de Pierre Paoli, le second autour des clans Mattei, Luciani, Sisti, Germani et Codaccioni
- Sept homicides, dont six règlements de compte, ont été commis depuis janvier 2026
- Le parti Nazione, dont Pierre Paoli est cadre, récuse toute connivence avec la criminalité organisée
- Un précédent rapport de 2022 comptait vingt-cinq bandes criminelles dans l’île
Pourquoi l’emprise mafieuse se renforce en Corse
Vingt bandes criminelles en Corse : ce qu'il faut retenir
- Une note confidentielle du Sirasco, datée de 2025, recense vingt bandes criminelles en Corse structurées en deux blocs rivaux
- Ces groupes ont infiltré le BTP, l'immobilier, la restauration, l'hôtellerie et la batellerie, avec des connexions politiques
- Sept homicides, dont six règlements de compte, ont été commis dans l'île depuis janvier 2026
- Le premier bloc s'articule autour du Petit Bar et de Pierre Paoli, cadre de Nazione, le second autour des clans Mattei, Luciani, Sisti, Germani et Codaccioni
- Yassine Akhazzane a constitué la première équipe du banditisme insulaire construite autour d'individus issus de la communauté maghrébine et des gens du voyage
- Un précédent rapport de 2022 comptait vingt-cinq bandes criminelles dans l'île
Sources
3 sources · 3 faits sourcés
