La France conserve son rang de deuxième exportateur mondial d’armement, avec 9,8 % du marché sur 2021-2025. Un bond de 21 % par rapport à la période précédente.
Le rapport annuel du SIPRI, publié le 8 mars, pose les jalons du nouveau paysage mondial de l’armement. Sur la période 2021-2025, la France se maintient au deuxième rang des fournisseurs, derrière les États-Unis mais devant la Russie, dont les exportations s’effondrent. L’Allemagne, elle, effectue une percée spectaculaire et ravit la quatrième place à la Chine. Contexte : une hausse globale des transferts d’armes de 9,2 %, portée par la guerre en Ukraine et le réarmement européen.
Les chiffres français témoignent d’une dynamique solide. Les exportations hexagonales ont progressé de 21 % entre 2016-2020 et 2021-2025, soit un rythme plus soutenu que la moyenne mondiale. Les prises de commande de l’industrie française ont atteint 21,6 milliards d’euros en 2024. Selon Catherine Vautrin, ministre des Armées, le niveau 2025 avoisine 20 milliards. Un niveau qui correspond à une montée en puissance continue depuis 2019.
La France a livré 63 États pendant la période. L’Inde reste le premier client, avec 24 % du total, suivie de l’Égypte (11 %) et de la Grèce (10 %). Le Rafale joue un rôle central dans ces performances : les contrats indiens, égyptiens et grecs reposent en grande partie sur cet appareil. À cela s’ajoutent des ventes significatives de frégates, de missiles et de systèmes antiaériens.
L’Europe, nouveau marché majeur pour Paris
Fait notable : les livraisons françaises vers les pays européens ont quintuplé (+452 %) entre les deux périodes de référence[1]. La guerre en Ukraine a bouleversé les équilibres. Les pays d’Europe centrale et orientale, autrefois équipés de matériel soviétique, se tournent vers des fournisseurs occidentaux. La France bénéficie de cette bascule, bien qu’elle reste un acteur de second plan par rapport aux États-Unis en Europe.
Malgré cette hausse, près de 80 % des exportations françaises continuent de se faire hors d’Europe. Le Moyen-Orient, l’Asie-Pacifique et l’Afrique du Nord demeurent les zones privilégiées. Cette répartition traduit une stratégie diversifiée, moins dépendante d’une seule région.
| Rang | Pays | Part mondiale | Évolution vs 2016-20 |
|---|---|---|---|
| 1 | États-Unis | 42 % | +27 % |
| 2 | France | 9,8 % | +21 % |
| 3 | Russie | 6,8 % | -64 % |
| 4 | Allemagne | 5,7 % | +15 % |
| 7 | Israël | 4,4 % | +42 % |
Source : SIPRI
Les États-Unis dominent, la Russie décroche

Les États-Unis consolident leur position hégémonique. Avec 42 % du marché mondial en 2021-2025, contre 36 % cinq ans plus tôt, Washington pèse sur tous les continents. L’Europe a absorbé 33 % des importations mondiales sur la période, en hausse de 210 %. Les livraisons américaines vers le Vieux Continent ont explosé : +217 % entre les deux périodes. L’Ukraine représente une part significative de ces flux, mais les pays membres de l’Otan contribuent largement à cette dynamique.
Pieter Wezeman, chercheur au SIPRI, résume : « Les États-Unis ont encore davantage consolidé leur domination en tant que fournisseur d’armes, même dans un monde de plus en plus multipolaire. » L’administration Trump a affiché une stratégie de transfert d’armes baptisée « America First », qui fait des exportations un levier de politique étrangère et un soutien direct à l’industrie nationale.
À l’opposé, la Russie subit un recul historique. Ses exportations ont chuté de 64 % entre 2016-2020 et 2021-2025. Sa part de marché tombe à 6,8 %, contre 21 % auparavant[5]. Moscou a fourni 30 États et un acteur non étatique pendant la période. Trois clients concentrent 74 % du total : l’Inde (48 %), la Chine (13 %) et la Biélorussie (13 %). La guerre en Ukraine mobilise une part croissante de la production russe, laissant moins de capacités pour l’export. La réputation des matériels russes, notamment sur le plan technologique, a aussi souffert des déboires du conflit.
Ce que révèle la nouvelle carte de l'armement mondial
L’Allemagne ravit la quatrième place à la Chine
L’Allemagne effectue une percée remarquée. Avec 5,7 % du marché mondial, elle se hisse au quatrième rang, devant la Chine, et affiche une hausse de 15 % par rapport à 2016-2020. L’initiative « Ringtausch » (« échange d’anneaux ») a joué un rôle moteur : Berlin a proposé à plusieurs pays d’Europe centrale de remplacer leurs équipements d’origine soviétique envoyés en Ukraine par du matériel allemand moderne. Près d’un quart des exportations allemandes (24 %) sont destinées à l’Ukraine sous forme d’aide militaire, 17 % vont à d’autres États européens.
L’Italie connaît également une progression spectaculaire : +157 % entre les deux périodes. Elle passe du dixième au sixième rang mondial. Plus de la moitié de ses livraisons (59 %) sont dirigées vers le Moyen-Orient, 16 % vers l’Asie-Pacifique et 13 % vers l’Europe.
Israël, de son côté, dépasse pour la première fois le Royaume-Uni. Septième exportateur mondial, Tel-Aviv détient désormais 4,4 % du marché, contre 3,4 % pour Londres. La montée en puissance de l’industrie israélienne, nourrie par l’expérience opérationnelle et l’innovation technologique, se confirme.
Le réarmement européen redessine les rapports de force. Les pays qui approvisionnent l’Ukraine gagnent des parts de marché. Ceux qui dépendent de leurs propres besoins, comme la Russie, reculent. La France, elle, maintient son cap : deuxième exportateur, elle bénéficie d’un portefeuille de clients large, d’une offre diversifiée et d’une réputation éprouvée sur les théâtres d’opérations. Une position solide, mais que l’Allemagne pourrait contester si Berlin poursuit sa montée en puissance.
Exportations d'armes 2021-2025 : les positions françaises
- La France reste 2ᵉ exportateur mondial d'armes, avec 9,8 % du marché sur 2021-2025
- Les exportations françaises ont augmenté de 21 % par rapport à 2016-2020
- L'Inde capte 24 % des ventes françaises, l'Égypte 11 %, la Grèce 10 %
- Les livraisons françaises vers l'Europe ont quintuplé (+452 %)
- L'Allemagne ravit la 4ᵉ place à la Chine, portée par le soutien à l'Ukraine
- Les exportations russes s'effondrent de 64 %, passant de 21 % à 6,8 % du marché
Sources
2 sources · 2 faits vérifiés

