Thales et Eviden ont annoncé ce 28 juillet l’intégration de la technologie Galileo PRS au récepteur militaire P3TS de l’armée de terre française, pour résister au brouillage GPS en opération.
Sur les théâtres d’opérations actuels, la navigation par satellite des véhicules militaires peut être brouillée ou falsifiée par des adversaires dotés de moyens de guerre électronique. Le récepteur P3TS, déjà en service dans l’armée de terre, se voit aujourd’hui doté d’une capacité renforcée : il intègre désormais le signal militaire chiffré Galileo PRS, développé par Thales. Ce signal européen réservé aux forces armées est bien plus difficile à brouiller ou à falsifier que le GPS classique ouvert.
L’objectif affiché par les deux groupes est clair. Les véhicules équipés de ce récepteur amélioré doivent pouvoir garder une position fiable même sous le feu des brouilleurs adverses, avec des données de localisation impossibles à truquer. Le système ne se limite pas à afficher une position : il alimente directement les systèmes d’information de combat du programme SCORPION, développés par Eviden, ainsi que les postes radio tactiques utilisés sur le terrain. Un rouage discret mais essentiel de la chaîne de commandement.
Deux versions du récepteur, avec ou sans fonction anti-brouillage dédiée
Pour tenir en guerre électronique, l’armée de Terre intègre Galileo PRS sur 6 000 récepteurs P3TS
Deux configurations seront proposées aux forces. La première, baptisée TopStar Galileo PRS Core Module, ouvre l’accès aux signaux Galileo PRS et aux signaux ouverts Galileo et GPS[1]. La seconde repose au choix sur un GPS classique ou sur le TopStar Smart Receiver. Ce dernier, présenté en avril par Thales, embarque en plus une fonction anti-brouillage dédiée, capable de réduire significativement les interférences des brouilleurs grâce à une antenne adaptative de type CRPA.
Cette technologie permet aux unités de s’approcher jusqu’à trente fois plus près d’un brouilleur que ne le permet un récepteur GPS classique[3]. Les deux versions embarquent une horloge ultraprécise, capable de maintenir la synchronisation des radios tactiques jusqu’à 48 heures après la perte totale du signal GNSS, contre seulement 30 minutes avec un équipement traditionnel.
Le P3TS n’est pas une initiative industrielle classique. Il a été porté par la Section technique de l’armée de terre, avec le soutien de la Cellule innovation participative de l’Agence de l’innovation de défense. Sa mission première : limiter les tirs fratricides en donnant aux soldats débarqués et aux véhicules non numérisés une vision partagée et fiable du terrain.
Un choix stratégique pour réduire la dépendance au GPS américain

L’enjeu dépasse la seule prouesse technique. Aujourd’hui, la grande majorité des systèmes de navigation, civils comme militaires, s’appuient sur le GPS américain, un signal contrôlé par les États-Unis. En cas de tension géopolitique, ce signal pourrait être coupé ou dégradé selon la décision de Washington. En misant davantage sur Galileo, le système satellite européen, Thales et Eviden offrent aux armées françaises une solution qu’elles maîtrisent de bout en bout.
Cette autonomie devient d’autant plus stratégique que les tentatives de brouillage et de leurrage se multiplient sur le terrain. Le récepteur P3TS renforcé combine un récepteur GNSS bi-constellation, capable de capter simultanément les signaux militaires Galileo PRS et civils GPS. Cette double réception assure une résistance accrue aux tentatives de leurrage et améliore la précision et la disponibilité du positionnement dans les zones dégradées.
| Caractéristique | Valeur |
|---|---|
| Réduction de portée du brouilleur | Jusqu’à 30 fois |
| Autonomie de synchronisation radio sans GNSS | 48 heures |
| Autonomie équipement traditionnel | 30 minutes |
| Technologie anti-brouillage | CRPA (antenne adaptative) |
Source : Aerocontact
Pourquoi Thales greffe Galileo PRS sur le récepteur de l'armée de terre
Une filière souveraine portée par Thales depuis trente ans
TopStar Smart Receiver concentre trente ans d’expertise de Thales dans la navigation militaire. L’équipement est conçu et assemblé en France, sur le site Thales de Valence, dans le cadre d’une filière industrielle 100 % européenne[1]. Pour les armées du continent, c’est une garantie de ne pas dépendre de technologies étrangères pour des équipements aussi stratégiques. Thales est actuellement le seul industriel en France autorisé à utiliser la technologie Galileo PRS[4].
Le groupe, qui a affiché un chiffre d’affaires de 22,1 milliards d’euros en 2025, consacre chaque année 4,5 milliards d’euros à la recherche dans des domaines stratégiques, dont la navigation militaire. En 2026, Thales a annoncé un plan de recrutement de 9 000 personnes, dont 3 300 en France, principalement dans l’ingénierie logicielle, la cybersécurité et l’intelligence artificielle[2]. Une partie de ces recrutements vise à renforcer les capacités de production et de développement dans le domaine de la navigation résistante.
La solution TopStar Smart Receiver est conçue pour équiper véhicules terrestres, drones et munitions. Elle intègre les toutes dernières avancées en matière de technologies embarquées et assure une continuité de positionnement, de navigation et de temps, même dans les environnements de guerre électronique les plus contestés. L’équipement est déjà disponible pour des tests sur le terrain.
Galileo PRS sur P3TS : les capacités clés
- Thales et Eviden intègrent Galileo PRS au récepteur militaire P3TS de l'armée de terre française
- Galileo PRS est un signal satellite militaire chiffré, réservé aux forces armées européennes
- Le récepteur amélioré résiste 30 fois mieux au brouillage qu'un GPS classique
- Il maintient la synchronisation des radios tactiques 48 heures sans signal GNSS, contre 30 minutes en standard
- Conçu et assemblé en France, sur le site Thales de Valence, dans une filière 100 % européenne
Sources
4 sources · 5 faits vérifiés

