Naval Group bascule ses sous-marins conventionnels vers les batteries lithium-ion de Saft. Un contrat structurant signé le 20 juillet pour les Barracuda et Scorpène, vingt ans après les premiers travaux.
Saft, filiale de TotalEnergies, a décroché un contrat auprès de Naval Group pour équiper l’ensemble des futurs sous-marins conventionnels français de batteries lithium-ion. Les familles Barracuda et Scorpène bénéficieront désormais de cette technologie en série, se substituant aux batteries plomb-acide qui équipent encore une large part de la flotte mondiale. Le montant du contrat n’a pas été communiqué, mais l’industriel souligne qu’il consolide sa position dans les programmes de défense européens et valide la demande croissante pour ses systèmes haute performance.
Le choix intervient après deux décennies de développement. Saft et Naval Group ont lancé leurs travaux communs dès 2006, franchissant l’étape de la qualification en 2020. La production s’organise entièrement en France : les cellules sortent de l’usine de Nersac, près d’Angoulême, puis rejoignent Poitiers pour l’assemblage des systèmes complets. Cédric Duclos, directeur général de Saft, y voit « une avancée concrète en faveur de la souveraineté technologique européenne ».
Autonomie en immersion doublée, recharge divisée par deux
Un sous-marin conventionnel fonctionne sur batteries une fois en plongée. Pour les recharger, il doit remonter à la surface (ou s’en approcher via un schnorchel) afin d’alimenter ses moteurs diesel couplés à un générateur. Cette phase expose le bâtiment. Les batteries plomb-acide, technologie éprouvée qui représentait encore plus d’un quart du marché mondial des batteries en 2024, limitent l’endurance et imposent des cycles de charge longs[1].
Le passage au lithium-ion modifie l’équation opérationnelle. Naval Group liste plusieurs gains : autonomie à la mer en hausse de 40 à 50 %, durée de vie des batteries allongée de 40 %, temps de recharge réduit, plage de vitesse élevée maintenue quel que soit l’état de charge. La sûreté progresse également : les batteries plomb-acide produisent de l’hydrogène, source de risque d’accident ; le lithium-ion supprime ce dégagement gazeux[2].
L’armateur ajoute un argument prospectif : la densité énergétique du lithium-ion continuera de croître au fil des évolutions technologiques, réduisant les périodes de charge en mission. Ces avantages compensent, selon Naval Group, le surcoût lié à la nouvelle technologie.
| Critère | Évolution (lithium-ion vs plomb-acide) |
|---|---|
| Autonomie à la mer | +40 à 50 % |
| Durée de vie des batteries | +40 % |
| Temps de recharge | Réduit |
| Production d’hydrogène | Supprimée |
Source : L’Usine Nouvelle
Un partenariat industriel de deux décennies

Naval Group justifie le choix de Saft par un historique partagé et une expertise reconnue. L’équipementier français fournit depuis longtemps des batteries haute performance pour l’industrie, les équipements militaires, les satellites et les voitures de Formule 1. Le partenariat engagé en 2006 a permis de développer des cellules spécifiques aux contraintes navales militaires : vibrations, chocs, confinement, exigences de fiabilité et de sûreté maximales.
La technologie lithium-ion devient désormais l’option proposée par défaut pour tous les futurs programmes de sous-marins conventionnels de Naval Group. Cela concerne les Barracuda, dont le quatrième exemplaire, le De Grasse, a été livré à la Marine nationale début juillet après essais en mer, ainsi que les Scorpène, produits pour l’export. En juin, Naval Group a lancé la construction des deux premiers Scorpène Evolved pour l’Indonésie au chantier PT PAL à Surabaya, avec transfert de technologies et formation d’ingénieurs locaux en France[3].
Ce que change le lithium-ion pour les sous-marins conventionnels
Saft face à la concurrence asiatique sur le lithium naval
Le marché des batteries lithium-ion pour sous-marins se structure à l’échelle mondiale. Le Japon a été pionnier : la Marine japonaise équipe ses sous-marins de classe Soryu de batteries lithium depuis le milieu des années 2010, fournis par GS Yuasa. La Corée du Sud a suivi avec ses KSS-III, recourant à LG Chem et Samsung SDI. La Chine intègre également la technologie sur plusieurs classes récentes.
Saft se positionne sur le segment européen et les programmes d’export portés par Naval Group. L’industriel revendique une maîtrise complète de la chaîne, de la cellule au système intégré, et met en avant la traçabilité et la souveraineté de sa filière française. Le contrat signé ce mois-ci ouvre la voie à d’éventuelles coopérations avec d’autres marines européennes ou clients export de Naval Group, dans un contexte où l’autonomie en immersion devient un critère de différenciation stratégique majeur.
L’année 2026 marque un tournant pour Saft, qui diversifie ses débouchés au-delà de l’aérospatial (où elle fête soixante ans de présence depuis le satellite Spot en 1966) et du ferroviaire, où elle équipe les nouvelles rames TGV-M d’Alstom à partir du second semestre. La défense navale représente désormais un axe de croissance structurel, porté par la demande accrue en discrétion et endurance sous-marine.
Batteries lithium-ion pour sous-marins : les points-clés
- Saft équipe désormais tous les futurs sous-marins conventionnels Naval Group (Barracuda, Scorpène) en batteries lithium-ion
- Partenariat lancé en 2006, qualification obtenue en 2020, contrat industriel signé en juillet 2026
- Autonomie en immersion accrue de 40 à 50 %, durée de vie des batteries +40 %
- Production 100 % française : cellules à Nersac (Charente), assemblage à Poitiers
- Le Japon, la Corée du Sud et la Chine équipent déjà leurs sous-marins de lithium-ion depuis plusieurs années
Sources
3 sources · 3 faits vérifiés

