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Navamuño : ce que révèle vraiment la « mégabatterie » de 280 MW annoncée par Madrid

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Une petite retenue d’eau devenue « mégabatterie » de 280 mégawatts, capable de sécuriser un réseau électrique national : la formule fait le tour des sites d’actualité. La réalité administrative est plus modeste, et il vaut la peine de la regarder de près, parce qu’elle dit beaucoup de ce qu’est réellement le stockage hydraulique et de ce qu’il n’est pas.

Le barrage de Navamuño, situé sur la commune de Candelario dans la province de Salamanque, figure parmi les sites prioritaires d’un programme national de stockage hydraulique d’énergie encore à l’état de projet. Sur le papier, on lui prête 280 MW de puissance et 2,24 gigawattheures de capacité, soit environ huit heures à pleine puissance. Un beau gabarit. Sauf qu’aucune pelleteuse n’est sur place.

Ce qui a été formalisé, ce n’est pas la construction d’une centrale, mais un contrat d’études. Rien de plus, rien de moins. Distinguer les deux, ce n’est pas jouer les rabat-joie : c’est la différence entre une infrastructure qui produit et un dossier qui commence son parcours.

1,73 million d’euros pour un contrat d’études, pas de béton

La Direction générale de l’eau a attribué le 31 mars 2026 le développement du programme national à un groupement mené par le bureau TYPSA associé à Jesús Granell Ingeniero Consultor, pour un montant de 1 733 463,18 euros et un délai d’exécution de 24 mois[1]. Le cahier des charges est explicite : il s’agit de planifier le programme, d’ordonner les projets et de préparer de futurs appels d’offres publics[2].

Autrement dit, la mission couvre l’évaluation environnementale stratégique, les études de faisabilité et l’appui technique. Le même cahier des charges précise que la sélection reste préliminaire, et que des barrages peuvent être retirés ou remplacés sans modifier le contrat[2]. Le nom de Navamuño est inscrit dans un brouillon, il lui reste tout le chemin technique, économique et environnemental à parcourir.

Comment fonctionne une STEP, cet « ascenseur à eau »

Le principe de la station de transfert d’énergie par pompage n’a rien de révolutionnaire, et c’est justement sa force. Deux bassins situés à des altitudes différentes. Quand le réseau déborde d’électricité, des pompes remontent l’eau vers le bassin supérieur. Quand la demande grimpe ou que la production renouvelable s’effondre, l’eau redescend et fait tourner des turbines[4].

Le pompage ne crée pas d’électricité, il la stocke. Monter l’eau consomme de l’énergie, la faire descendre en restitue une bonne partie, avec des pertes inévitables. C’est un tampon : les excédents solaires de midi ou la production éolienne d’une nuit venteuse ne partent pas en pure perte, ils reviennent au moment du pic de consommation. La puissance dit combien la centrale peut injecter à l’instant T, l’énergie stockée dit combien de temps elle peut tenir. La force du robinet d’un côté, le volume du réservoir de l’autre.

Donnée du projet Navamuño Valeur (avant-projet)
Puissance 280 MW
Capacité de stockage 2,24 GWh
Volume estimé du bassin supérieur 2,89 hm³
Durée de régulation environ 8 heures

Source : OKDiario

L’eau du robinet avant l’électricité

Il y a un point délicat que les titres enthousiastes oublient volontiers. Navamuño est un ouvrage public dont la fonction hydraulique actuelle reste liée à l’alimentation en eau de Béjar et des communes voisines. L’énergie ne peut pas prendre la place de l’eau de consommation. Ce sera l’un des arbitrages sensibles du dossier, au même titre que l’évaluation environnementale stratégique par laquelle le programme doit passer[2].

Le stockage, angle mort de la transition espagnole

Le contexte, lui, est réel. Les épisodes de tension sur le réseau électrique espagnol en 2025 et au début de 2026 ont mis à nu la fragilité d’un système où la production renouvelable est forte et la demande basse[4]. Sans capacité de stockage suffisante, les excédents obligent à débrancher des parcs ou à vendre l’électricité à prix négatif sur le marché de gros. Un gâchis industriel autant qu’économique.

C’est là que le pompage retrouve son intérêt stratégique, à condition de ne pas confondre l’annonce et l’ouvrage. Navamuño n’est pour l’heure qu’une ligne dans un tableau prioritaire, adossée à un contrat d’ingénierie de deux ans. Le reste, il faudra le construire, au sens propre. La leçon vaut au-delà des Pyrénées : le stockage de longue durée est le maillon que les systèmes très éoliens et solaires oublient de financer à temps, et la France, avec son socle nucléaire pilotable et ses propres STEP, joue une partition différente sur la même partition physique.

Sophie Berlu
Sophie Berlu
Journaliste industrie, énergie & innovation Sophie suit l'industrie française, l'énergie et l'innovation. Nucléaire, ferroviaire, réindustrialisation, brevets : elle s'intéresse à ce qui se fabrique vraiment, dans les usines et sur les sites, loin des effets d'annonce.

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